jeudi 8 décembre, 2022
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« Le livre numérique ne va pas tuer le livre papier »

A l’occasion du premier salon du livre numérique « Le Futur du Livre » à Tours ces 11 et 12/09, analyse de ce nouveau mode de lecture avec Elisabeth Sutton, conseil indépendante en édition numérique et fondatrice du site idboox.com.

Pouvez-vous nous dresser un tableau du marché du livre numérique aujourd’hui ?

Il est en pleine expansion. Après un décollage difficile, il représente aujourd’hui 7 à 10% du marché du livre en France et les prévisions sont toutes optimistes. Désormais les lecteurs sont plus équipés de smartphones, tablettes ou liseuses et ils prennent conscience de l’existence de l’offre. Par exemple toutes les nouveautés de la rentrée littéraire sont présentes en numérique. En France, tous les grands éditeurs et même les plus petits sortent les livres en version papier et numérique quasiment en simultané.

Quels sont les avantages pour les éditeurs ?

Ca permet de déployer une force de frappe beaucoup plus importante. On peut trouver le livre dans les librairies, les supermarchés, le commander en version papier sur le web ou en version numérique. Celle-ci peut même être téléchargée à 3h du matin. Et en cas de gros succès littéraire, comme Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler l’an dernier (en rupture de stock 24h après sa sortie), le livre peut quand même être acheté dans sa version numérique

En plus pour eux l’investissement est moindre…

Il y a notamment moins de stockage. On a certes besoin d’espace sur les clouds pour stocker les livres mais c’est bien moins cher que stocker du papier dans les entrepôts. C’est pour ça qu’aujourd’hui ¾ des éditeurs français proposent leurs livres numériques 20 à 30% moins cher que le papier.

Est-ce que ça a permis à de nouveaux auteurs d’émerger ?

Je pense que les éditeurs ont peut-être été moins frileux pour publier des auteurs qu’ils n’auraient pas publié en papier. Certains éditeurs ont donc développé des filiales qui publient en numérique puis en papier en cas de succès. Le numérique a par ailleurs permis à des auteurs systématiquement refoulés par les éditeurs ou qui n’osaient pas envoyer leurs manuscrits d’autoéditer leurs textes. Ca change complètement le visage de l’auteur tel qu’on l’imaginait il y a encore dix ans. Il est désormais capable d’écrire mais aussi de produire le livre, le mettre en vente et faire son marketing pour se faire connaître. Certains ont du succès, sont repérés par des éditeurs dits traditionnels qui rachètent leurs manuscrits. Et puis certains se font connaître parce qu’ils ont réussi à fédérer une communauté de lecteurs qui n’ont pas eu peur de lire leur livre à 1€99 ou 2€99. Ils ont réussi à convaincre par la qualité de leur travail et certains font des best sellers. Ils vendent alors beaucoup plus de livres que certains grands auteurs.

Ca a aussi permis de se rendre compte que les Français écrivaient beaucoup…

Fin 2014, une enquête du Figaro disait que les Français avaient environ 250 000 manuscrits dans leurs tiroirs. C’est énorme et ça pourra permettre à ces auteurs là de se dévoiler et peut-être de devenir des auteurs à succès.

Quel est l’avenir du livre papier ?

Je ne suis pas inquiète. Ca ait 12 ans que je travaille dans le domaine du livre numérique et on se rend compte à travers des études que le livre numérique prend une place différente. Par exemple, le livre de poche n’a pas tué le livre relié. Le livre numérique convient en fait à d’autres types de lecteurs. Ainsi de nombreux lecteurs achètent des livres en numérique et en papier pour le lire chez-eux et sur leur smartphone. Il y a aussi des auteurs autoédités qui ont la possibilité de faire imprimer des exemplaires de leurs ouvrages quand il y a une demande des lecteurs.

Mais est-ce que ce n’est pas un coup dur de plus pour les libraires après le succès de sites comme Amazon ou la Fnac ?

Effectivement les libraires sont en train de se remettre en question. Ils doivent repenser la librairie. Mais aujourd’hui on a déjà 400 libraires indépendants qui proposent des livres numériques à partir de leurs sites Internet. C’est juste que les lecteurs ne le savent pas. On n’a pas le conseil du libraire face à face mais on peut profiter de sa sélection et de ses mises en avant. Il faut donc imaginer de nouvelles choses pour refaire venir le lecteur en librairie. Par exemple dans certains magasins on trouve des bornes qui permettent de télécharger des ebooks ou d’acheter l’édition papier. Les lecteurs peuvent alors repartir avec l’ouvrage ou recevoir un lien de téléchargement par mail.

Propos recueillis par Olivier COLLET

« Le Futur du Livre, » salon du livre numérique de Tours, un événement grand public ce samedi 12 septembre à l’Institut de Touraine de Tours et organisé par l’école ESTEN Sup’Edition. Plus d’infos sur www.lefuturdulivre.com et plus d’infos sur www.idboox.com

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