Nous publions ici le billet d’un blogueur Tourangeau qui raconte comment il a vécu la grande marche blanche qui a réuni 35 000 Tourangeaux dimanche suite aux attentats de la semaine dernière.
Le texte initial (avec des vidéos) est à lire sur le blog de Jean-Michel, Trois ou quatre choses.
Dimanche 11 janvier 2015, 15 heures, Tours.
Trois journées folles, une tuerie d’abord, sur des gens, un peu comme tout le mode, cette sensation d’être copains depuis toujours. On ne croit pas trop en la nouvelle, et pourtant, c’est bien ce qui vient d’arriver. Nos amis, qu’ils soient épistolaires, qu’ils soient de toutes les
semaines, ces amis là, nous ne les reverrons plus. Abasourdis du choc, le réveil le lendemain est tout autant incrédule. Puis, on apprend que dans la journée d’hier, en plus de la tête décimée de journalistes dessinateurs, il y a les policiers, il y a les visiteurs, et même
ceux dont le prénom, évoque le moyen orient, et, pour le coup, la thèse d’assassinat ciblé, reste qu’un mot dans le vide, bien plus que nos amis de Charlie, ce sont des policiers, des personnes de passage, ou simples employés.
Puis le lendemain de la tuerie, encore tétanisés par la folie de la veille,puisque les auteurs sont en fuite. Stupeur une seconde prise d’otage intervient dans une épicerie Casher. Il est aussi l’homme de Montrouge. Quant aux frères Kouachi, ils sont ciblés par la gendarmerie, une traque qui embarquera l’actualité jusqu’à Dammartin-en-Goële, ou le patron de l’imprimerie, déjouera les terroristes en étant un moment caché au second étage sous un évier.
Pendant la scène d’otages dans l’épicerie, le scénario pour les élites des forces de l’ordre est plus corsé. Il y a beaucoup de clients. Comme un témoin le confiera plus tard, les otages déjà victimes, l’ont été avant l’assaut. Il semble que la prière de Coulibaly ait initié pour le GIGN / GIPN / RAID, qu’il fallait passer à l’action. Un accord tacite prévoit que les caméras soient éloignées, n’offrant plus de direct aux otages. L’assaut est une simultanée entre les deux prises d’otages. Considérant que l’exécution des tireurs sortant de leurs cachettes l’arme au poing, est un succès, la plupart des français pensent enfin ouf !!
Dimanche, un peu partout en France, on assiste depuis les communes jouxtant la périphérie des métropoles une affluence importante vers les manifestations principales, à un effet de masse déjà fort impressionnant. Sur place pas loin de la place de la liberté, la bien nommée, tout les français sont surpris de l’ampleur des participants. De fait en souvenir, je n’ai que 16 ans, je vois défilé mai 1968, de très grand cortèges, mais là, nul doute que depuis la libération, c’est un mouvement historique, et pour les dernières décennies , sans précédents.
Ainsi les Français sont venus dans leur diversité, dire oui aux journalistes et à la liberté de la presse, dire non à ses folies meurtrières et sectaires. Et prêcher sans le dire, un unanime besoin de vivre ensemble. De fait pas de bannières ostentatoires, juste les symboles de liberté, les drapeaux de la république. République pour laquelle les français via ces masses record de foule, les français sont venus donner leur très profond attachement. Beaucoup de journaux ont a juste titre évoqué l’élan unanime, et par la surprise à se voir si nombreux, après la très grande tristesse, vient le moment d’une fierté justement acquise ce dimanche. L’appel de deuil national du président a été entendu, bien au delà des espérances de tous, et il faudra aux hommes politiques, prendre la juste valeur, de la puissance de ce dimanche si particulier.
Personnellement, il faut reconnaitre que toutes les années Charlie, ont été depuis des décennies, avec ses enfants terribles et remuants, que la politique de droite comme de gauche n’aura jamais écarté, en excluant** le jour de la mort de De Gaulle, un Hara-Kiri et une naissance Charlie, jolie bébé, un poil turbulent ( bref très français ). Des numéros qui passent, certains lecteurs qui s’étouffent à la lecture, et pourtant, c’est bien sous les gouvernements successifs que Charlie grandit, et ça si nous pouvons ce dimanche être fier d’être français, nous pouvons aussi être fier de notre république.
** Typiquement il s’agissait de parler du drame du dancing le 5/7.
Entendus des voix étrangères venus manifester avec nous, de la place de la Liberté jusqu’à Jaurés, aperçus les échanges de SMS de ville en ville, ou tous nous parlions de nos avenues de tout l’hexagone, noires de monde. Pour le principe, les représentants de gouvernements étrangers, au delà de la cuisine politique, ont été bienvenus, tout comme l’ont été les reprises de ce dimanche, dans les grandes capitales du monde, de je suis Charlie.
Salut à vous amis d’il y a si longtemps, ne vous inquiétez pas de trop, les français ont la culture du poil à gratter par la très ancienne tradition des guignols. Cela va de la maréchaussée que les marionnettistes d’alors brocardent , mais français aujourd’hui se souviennent aussi qu’il a vers eux, de quoi applaudir. Entre le prêt à porter du coup de dessin cinglant et révélateur, et de l’autre un coeur gros comme ça.
Merci à tous pour ce très grand moment.
– Jean Cabut, dit « Cabu« , 76 ans Dessinateur
– Stéphane Charbonnier, dit « Charb« , 47 ans Dessinateur
– Philippe Honoré, dit « Honoré« , 73 ans Dessinateur
– Bernard Verlhac, dit « Tignous », 57 ans Dessinateur
– Georges Wolinski, dit « Wolinski« , 80 ans Dessinateur
– Bernard Maris, « Oncle Bernard », 68 ans Economiste
– Elsa Cayat, 54 ans, psychiatre et psychanalyste,
– Mustapha Ourrad, correcteur de Charlie Hebdo.
– Michel Renaud, fondateur du festival « Rendez-vous du carnet de Voyage »
– Frédéric Boisseau, 42 ans, agent de maintenance de la société Sodexo.
– Franck Brinsolaro, 49 ans. Ce brigadier, marié et père de deux enfants, était chargé de la protection de Charb.
– Ahmed Merabet 42 ans, policier du commissariat
A tous leurs proches, mais aussi aux blessés.
Et a ceux qui restent la mission d’utiliser plus le crayon que la gomme !