samedi 28 mai, 2022
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« Mon Souvenir de 2016 » : Mickael Achard

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Co-président du Centre LGBT de Touraine.

Une nouvelle année touche à sa fin… En Touraine comme ailleurs, 2016 a été riche en actualité. Chacun l’a vécue à sa manière. Comme l’an dernier, nous avons donc proposé aux Tourangeaux de nous raconter ce qui a été important pour eux ces derniers mois… Qu’ils soient artistes, engagés en politique, sportifs ou issus du monde économique, nous les avons tous croisés au cours d’un reportage, d’une interview ou d’un événement. C’est l’occasion de prendre de leurs nouvelles mais aussi de mieux les connaître. Leurs textes seront publiés tout au long de ce mois de décembre…

 

Engagé depuis longtemps dans la lutte contre l’homophobie, le Tourangeau Mickael Achard co-préside le Centre LGBT de Touraine, association très active qui organise notamment la Marche des Fiertés de Tours chaque mois de juin. Cette année, elle avait réuni près de 2 000 personnes, quelques jours seulement après l’attentat dans une boîte gay à Orlando, aux Etats-Unis…

« Les attentats homophobes d’Orlando font partie des quelques rares événements qui vous prennent aux tripes, qui vous déchirent, qui vous bouleversent. Au même titre que les attentats de Charlie Hebdo ou du 13 novembre 2015, il s’agissait pour les terroristes d’attaquer les valeurs qui nous sont chères : la démocratie, la liberté d’expression, les
libertés individuelles, l’égalité, l’émancipation… Ces 49 jeunes qui ne faisaient rien d’autre que s’amuser, danser, s’embrasser, ont été massacrés à cause de leur différence.LGBT* ou gayfriendly, leur crime fut celui de ne pas répondre à des codes hétéronormés, imposés par des sociétés patriarcales. Chacune des victimes portait un nom.

Ils s’appelaient Amanda, Simon, Eric, Valentin… Tous avaient une famille, des amis, faisaient des études. Ils étaient nos frères, nos sœurs, mais ont été assassinés au nom d’une idéologie mortifère. Cette haine de l’autre atteint un paroxysme rarement connu et nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. Elle s’inscrit dans un système mondialisé en plein bouleversement, dans un monde en constant changement. Pour certaines personnes, le
rejet de l’autre est une réponse facile et primaire qui vient, l’espace d’un instant, étouffer leurs propres angoisses, leur incapacité à envisager la diversité, la complexité des rapports humains, les transformations de nos sociétés.

Cette haine de l’altérité n’est pas récente. Elle n’est pas non plus soudaine. N’oublions jamais ces héros qui ont tant apporté à l’humanité et que l’humanité a assassiné à petit feu ou d’une simple balle. N’oublions jamais Alan Turing qui, après avoir décrypté les codes nazis et sauvé des millions d’européens d’une mort certaine, a été condamné à la
castration chimique parce qu’homosexuel. Pensons à Oscar Wilde, condamné à 2 ans de travaux forcés pour « grave immoralité » et mort dans le dénuement le plus total. Songeons à Tchaïkovski, Federico Garcia Lorca ou encore Harvey Milk, assassinés parce qu’homosexuels.

N’oublions pas non plus ces dizaines de milliers d’anonymes, homosexuels ou supposés, déportés dans les camps de concentration. Il aura fallu 60 ans avant que l’Etat français ne les reconnaisse. Aujourd’hui encore, certains refusent cette reconnaissance*. Ces réalités d’une violence parfois extrême nous font perdre de vue une chose essentielle : nous sommes la majorité. Touchée en plein cœur par les attentats, nous sommes ceux qui refusons de rejeter nos enfants parce qu’homosexuels, qui comprenons le désir d’égalité des couples homosexuels, qui soutenons les familles homoparentales.

Demeure une question : comment est-il possible qu’en 2016 nous puissions encore mourir à cause de sa sexualité* ou de son identité ? »

 

*lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres

*ce n’est qu’en 2016, après 8 années de combat, que le Centre LGBT de Touraine(Délégation départementale du Mémorial de la Déportation Homosexuelle), a été autorisé à participer officiellement aux commémorations de la déportation.

*2 ème cause de mortalité chez les jeunes, le suicide est 15 fois plus élevés chez les LGBT que dans le reste de la population.

SOS Homophobie a dénombré 1318 témoignages rapportant des actes ou propos à caractère homophobe en 2016.

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