samedi 10 décembre, 2022
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REGIONALES : Comment refaire campagne après les attentats ?

Alors que débute la campagne officielle pour le premier tour du 6 décembre, quelle est l’humeur des candidats et de quelle manière réagissent-ils aux événements ?

Dix jours après les attentats de Paris, l’actualité ne pense encore qu’à ça : à cette horreur, à ces vies brisées, à ces terroristes peut-être encore dans la nature. La France se relève petit à petit mais cela n’a rien de facile. C’est d’ailleurs pour cela que quelques heures après les attaques dans la capitale, la campagne des élections régionales s’est arrêtée, au moins le temps du deuil national fixé par le président de la République. « Il est évident que comme tous les Français, nous avons été assez affectés par ce coup dur porté à une certaine idée de la démocratie » commente à froid la tête de liste des Verts en Indre-et-Loire Benoit Faucheux. « Le contexte était d’une telle gravite que cela aurait été indécent de poursuivre la campagne, ce n’était pas imaginable. Il fallait exprimer notre émotion et se laisser le temps du recueillement » commente pour sa part Ouassila Soum, candidate sur la liste PS de François Bonneau.

Pourtant, cette trêve a fait polémique. Une semaine après, la chef de file des Républicains ne digère toujours pas le comportement de plusieurs élus le samedi 14 décembre. Claude Greff évoque « une attitude malhonnête » de la gauche qui a fait selon elle « une campagne massive » en se rendant à l’inauguration de Ferme Expo à Tours ce qu’elle qualifie « d’honteux ». Plusieurs candidats étaient en effet présents dont François Bonneau, Jean-Patrick Gille ou encore le jocondien Mohamed Moulay, conseiller régional sortant : « Nous n’étions pas sur un temps de campagne, mais dans le cadre de nos missions d’élus. Nous abstenir des représentations officielles, ce serait une forme de capitulation au terrorisme ! » se défend-il.

Des campagnes à réorganiser de fond en comble

Du coup, l’équipe PS-PRG-UDE ne reprend vraiment sa campagne que ce lundi tandis que la plupart des autres candidats sont de nouveau sur le terrain depuis mercredi ou jeudi : « y retourner 3 jours après cela aurait été lamentable et mal venu » estime Ouassila Soum, « les socialistes veulent nous dicter le rythme de la campagne ! » s’agace pour sa part Claude Greff pour la liste UDI-LR.

Quel que soit l’agenda choisi, les candidats sont en tout cas d’accord : les deux semaines de campagne qui nous séparent du 1er tour du 6 décembre seront bien différentes d’avant les attentats. Mais il est important que le programme régional s’invite de nouveau dans l’actualité : « c’est une raison pour résister, pour que la démocratie soit la plus vivante possible » estime Benoit Faucheux dont le parti (EELV) a repris des réunions dès mercredi soir, avec dans un premier temps des discussions où il a beaucoup été question de l’après-attentats. « Ca va forcément être différent dans le sens où tout le monde est marqué mais il faut continuer à défendre la vie démocratique » ajoute Ouassila Soum.

Alors comment faire ? « La première difficulté c’est que les professions de foi ont été rédigées et validées avant les attentats » explique Benoit Faucheux pour les écologistes. Son parti a bien tenté de demander à ce qu’on courrier expliquant le contexte soit ajouté aux enveloppes envoyées aux électeurs mais la préfecture a refusé. A droite, « dans un premier temps, j’ai demandé à ce que chaque candidat soit respectueux et n’aille pas vers les gens pour leur donner le programme » explique Claude Greff. « Nous avons poursuivi les visites d’entreprises ou d’associations mais pour nous présenter, sans y aller avec le programme ce qui aurait été malvenu alors que le temps était encore à l’abattement. Nous n’avons repris les marchés que ce dimanche et allons désormais faire une campagne classique. »

Des propositions à trouver pour lutter contre le sectarisme

A gauche, Ouassila Soum fait une anayse semblable de la situation : « il faut continuer à défendre notre bilan, notre programme est basé sur des thématiques du quotidien : la jeunesse, la formation, l’emploi… Est-ce que finalement ce n’est pas à la région d’apporter une pierre à l’édifice ? A St-Pierre-des-Corps où je suis élue je lutte au quotidien pour accroître le vivre-ensemble, la tolérance. Il faut absolument travailler à une unité derrière les valeurs républicaines. »

Pour Les Républicains, Claude Greff ajoute : « je peux comprendre que l’on ne s’intéresse pas à ce que l’on va dire mais notre devoir c’est d’expliquer que si l’on veut plus de sécurité et combattre le sectarisme il faut proposer quelque chose pour l’emploi, l’éducation ou le respect de la culture. Il y a un appauvrissement de notre société. La citoyenneté est mise à mal et notre culture est tellement diversifiée que l’on n’arrive plus à retrouver le sens de notre culture française. Par ailleurs, quand quelqu’un n’a pas d’emploi, il est d’office fragilisé et se sent hors de la société. C’est cette porte ouverte dans laquelle s’engouffrent les sectes comme Daesh pour les amener à elles. »

Après les attentats, moins d’abstention ? Plus de vote FN ?

Bref, comme la région n’a pas de compétence en matière de sécurité, les candidats ont dû trouver un autre moyen d’accrocher les électeurs pour leur montrer que leur action au conseil régional pourrait, par petites gouttes, avoir des effets dans le cadre d’une lutte globale contre le terrorisme. Exemple aussi avec Benoit Faucheux pour les Verts qui affirme qu’à long terme, la transition énergétique peut asphyxier Daesh : « ce groupe est financé par le pétrole. Si on arrive à s’en passer, on donnera moins de prises à ce type de mouvement. »

Restent deux questions majeures : d’abord, ces attentats vont-ils entraîner un sursaut citoyen pour ce scrutin qui mobilise assez peu d’ordinaire ? « J’espère un sursaut citoyen » avance Ouassila Soum, « je pense que la participation ne sera pas si faible que cela car ce drame nous a rassemblé » parie pour sa part Claude Greff. Deuxième interrogation : le FN avec ses thèses sécuritaires et hostiles à l’immigration va-t-il en profiter ? « Vous dire que non ne serait pas honnête » estime la tête de liste UDI-LR tandis que Ouassila Soum du PS appelle « à lutter contre les amalgames » prenant en exemple les propos de Marion-Maréchal Le Pen qui estime que les musulmans ne peuvent pas avoir exactement le même rang que les catholiques. Des petites phrases de ce genre qui n’aident pas à recentrer le débat sur des propositions concrètes : « mais déjà avant je trouvais que l’on arrivait difficilement à avoir un débat sur les projets. La pause de campagne n’a rien arrangé » analyse Benoit Faucheux pour les Verts.

Olivier COLLET

PS : Comme le FN avait très vite réagi après les attentats du 13 novembre avec une bonne dose de récupération, nous avons voulu lui donner la parole sur ce sujet. D’abord nous n’avons pas eu de réponse, puis on nous a posé un lapin sans jamais nous rappeler derrière. Donc tant pis.

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