Un centre-ville méconnaissable à Tours ce dimanche 18 octobre. Dès le début de matinée, des commerçants et soutiens sont venus nettoyer les dégâts issus des débordements de la manifestation de la veille. Si plus de 12 000 personnes ont défilé dans le calme contre la vie chère, les violences policières ou le manque de perspectives de la jeunesse (une mobilisation très exceptionnelle pour la ville), quelques centaines d’individus ont méthodiquement entrepris de mener des violences, avec des feux de poubelles, des dégradations de caméras de surveillance et surtout des commerces pillés voire incendiés, en particulier Rue de Bordeaux.

Selon la préfecture d’Indre-te-Loire, ce sont une vingtaine de magasins qui ont subi les foudre des casseurs, dont H&M, Sephora, Edgard Opticiens ou Adidas. Des dégâts également Avenue de Grammont et Place de la Liberté. « Ce ne sont pas des multinationales, nos commerces. On a des employés, des familles. Ça met en danger autrui » déclare Caroline de l’association commerçante Tous à Tours auprès d’Info Tours. Les dégâts s’annoncent très importants. « On n’accuse personne, mais on en a marre d’être des dommages collatéraux » ajoute-t-elle.

D’après un communiqué des autorités donné dimanche midi, 32 personnes avaient été interpellées pour 14 membres des forces de l’ordre blessés alors que les troubles ont duré jusqu’aux environs de 2h du matin. Un bilan conséquent qui fait réagir : « Dégrader les biens publics, saccager et piller des commerces ou affronter les forces de sécurité intérieure sont des faits graves. De tels agissements exposent leurs auteurs à des poursuites et de lourdes sanctions » déclare le préfet Thomas Campeaux qui a remercié les forces de l’ordre et apporté son soutien aux commerçants et usagers touchés.
Les responsables politiques ont également commenté ces événements exceptionnels, également observés dans de nombreuses autres villes. « Défendre le droit de manifester, c’est aussi refuser qu’il soit détourné par ceux qui choisissent la violence » estime par exemple le député Renaissance d’Amboise Daniel Labaronne. « Le droit de manifester n’est pas le droit de piller » complète l’ancien candidat centriste aux élections municipales de Tours Benoist Pierre.

Certains propos se font accusatoires : « L’extrême gauche et leurs alliés sèment le vent depuis trop longtemps, nous récoltons désormais la tempête… » déclare le conseiller municipal d’opposition Les Républicains Olivier Lebreton, également conseiller départemental, tandis que l’élue RN-UDR Céline Ballesteros appelle à la démission du maire écologiste Emmanuel Denis et à « soutenir fermement l’usage légitime de la force ».
La municipalité de Tours a justement réagi dans un long texte dimanche matin : « cette journée a été marquée à Tours par des violences, des incendies, des pillages et des dégradations d’une gravité exceptionnelle, que je condamne sans ambiguïté. Je veux exprimer toute ma solidarité avec les commerçants, leurs salariés, les habitants et l’ensemble des personnes qui en subissent les conséquences. Je tiens également à remercier les agents municipaux, les forces de l’ordre et les services de secours mobilisés » écrit Emmanuel Denis qui a mobilisé des équipes dès 5h pour nettoyer, et des élus en matinée pour aller à la rencontre des victimes.
L’élu qui espère tout de même recentrer le débat sur le message initial de la mobilisation du 17 octobre : « Je refuse l’amalgame qui consisterait à confondre les milliers de citoyens mobilisés pacifiquement avec les auteurs de pillages et de dégradations. Je refuse tout autant que cette journée soit instrumentalisée pour disqualifier une mobilisation sociale d’une ampleur historique. »
Olivier Collet / Photos : Pascal Montagne


