dimanche 29 janvier, 2023

INTERVIEW – Serge Babary : « je veux bâtir une ville »

Ce lundi 9 février il y a conseil municipal à Tours et on va surtout parler du budget. L’occasion de faire un tour d’horizon des gros sujets locaux avec le maire de Tours : subventions, impôts, wifi, aéroport, architecture, St Martin, élections départementales… Serge Babary prend le temps d’argumenter.

On approche doucement du terme de votre première année de mandat… Auparavant, on vous connaissait en temps que chef d’entreprise. Qu’est ce qu’il y a de différent entre diriger une société et une ville ?

Quand j’étais patron de PME, je prenais des décisions à longueur de journée avec effet immédiat. Il y a une souplesse de gestion qui s’appuie sur la rapidité de réaction. Ici on a une institution lourde avec beaucoup de services et d’opérateurs donc les décisions ne son pas suivies d’effets immédiats. Il y a beaucoup de lenteurs. Ce n’est pas difficile à apprendre mais parfois un peu frustrant ou agaçant. Alors il faut changer de façon de faire, anticiper, découvrir des canaux plus rapides pour ne pas se laisser coincer. J’essaie d’être pragmatique, je ne veux pas rester au niveau de la réflexion et toujours aller dans l’action le plus vite possible sinon on peut se noyer dans des discours. Il faut savoir le faire mais surtout agir, transformer les bonnes réflexions en actions concrètes efficaces.

Au conseil municipal ce 9 février vous allez mener votre premier débat d’orientation budgétaire… L’objectif annoncé c’est d’économiser 8 à 10 millions d’euros. Comment avez-vous travaillé pour y arriver ?

J’ai découvert la masse des charges qui tombait sur nous, un taux très important par rapport à d’autres villes ce qui limite nos possibilités. Il y a 66% de charges incompressibles. Il faut travailler sur les 33% qui restent et – chacun s’y attend – il y aura des restrictions des participations de la ville sur un certain nombre d’événements et d’activités. J’espère qu’elles seront comprises même si elles peuvent paraître désagréables. Mais le fait que l’Etat diminue ses dotations de 3,5 millions d’euros c’est aussi désagréable pour moi. Je ne peux pas faire comme si la vie continuait tranquillement. Oui ça va être douloureux. Le mécanisme financier est tel que si on a pas de capacité à équilibrer les frais de fonctionnement on a peu d’autofinancement pour financer l’investissement qui est impératif.

« Si je peux éviter d’augmenter les impôts, je le ferai »

En 2014 à Tours, les investissements c’était 28 millions d’euros. Maintiendrez-vous ce montant ?

Non, on ne pourra pas. On fera notre possible pour maintenir la capacité la plus haute. Je ne peux pas vous donner de chiffre, l’analyse n’est pas terminée. J’ai demandé des efforts aux services une première fois puis j’ai fait une autre demande de cadrage. La marge est tellement étroite qu’il faut creuser davantage le sillon. Ils ont joué le jeu mais il y a des services ou c’est plus difficile que d’autres. Il y a néanmoins eu de bonnes idées, chacun a fait des efforts, tout le monde est solidaire. On peut travailler sur les recettes, chercher des financements extérieurs, solliciter l’Europe, le grand public comme pour la basilique St Martin, mettre à la vente de l’immobilier. On fera sur ce dernier point un effort supplémentaire car il y a beaucoup d’immobilier que la ville n’utilise pas ou plus. Il faut cependant établir la liste des biens, puis voir si c’est le bon moment pour vendre.

Il y a une question qui se pose évidemment : allez-vous augmenter les impôts ?

Ca fait partie des possibilités. Mais on ne le dira qu’au moment de la proposition budget. Si je peux l’éviter je le ferai. J’ai encore un mois et demi devant moi.

Quelle sera la nouvelle politique de la ville pour le versement des subventions aux associations ?

Il faut d’abord une connaissance précise de la diversité des avantages qu’elles reçoivent sinon on travaille au coup par coup sans connaissance réelle de la situation des bénéficiaires. Ainsi il n’y a pas que les subventions mais aussi un certain nombre d’avantages à lister : la mise à disposition de locaux, la prise en charge de l’électricité ou du chauffage… Par souci d’équité, il faut savoir exactement ce qu’on donne ou ce qu’on peut valoriser comme frais. On a mis en place une grille d’analyse (pour le sport en particulier). Elle tient compte d’une dizaine de critères de valorisation des interventions de la ville : formation, implication dans la vie municipale, résultats sportifs, nombre de membres du club… Quand on explique la situation, chacun comprend qu’il faut maîtriser les dépenses et sans doute baisser les dotations. Ceux qui ne veulent pas comprendre font la sourde oreille.

« Je ferai un premier bilan de mon programme de campagne en avril »

Entre les rythmes scolaires et le dossier de la Rue Nationale, depuis votre arrivée à la mairie, vous avez surtout eu à gérer des dossiers initiés par l’ancienne municipalité. Est-ce que 2015 sera l’année où on va commencer à voir la trace de la « patte Babary » dans la politique municipale ?

Il y a 120 objectifs dans mon projet politique. On en a lancé toute une myriade et je ferai le point début avril via une conférence de presse pour indiquer ce qui a été fait et reste à faire. Il y a par ailleurs, dans mon cabinet, une personne dont le boulot est de suivre tous ces projets au jour le jour et leur évolution. Ca ne se fait jamais ça.

Revenons sur le dossier du Haut de la Rue Nationale… Ce n’est pas vous qui l’avez engagé mais aujourd’hui vous le défendez. Est-ce que vous le faites contraint et forcé ou alors il vous plait vraiment ce projet ?

Ce projet était engagé et il n’y avait aucune raison de le remettre en cause. Il y aura le Centre de Création Contemporaine, les hôtels, les commerces… Il est tellement diverse qu’on va avoir un ensemble de qualité très attractif et ça me convient bien. Ca sera de toute façon mieux que l’école des Beaux Arts qui n’était pas du meilleur intérêt avec ces constructions d’après guerre. On gardera juste la partie haute de 8m pour les œuvres monumentales.

« Déjà des donateurs intéressés pour financer la rénovation de St Martin »

Vous ne perdez jamais une occasion de dire tout le mal que vous pensez des immeubles « cubes »… Selon vous elles doivent ressembler à quoi les nouvelles constructions de Tours ?

J’ai rencontré tous les promoteurs et je leur ai dit que je voulais de l’imagination mais surtout une architecture en harmonie avec la ville. Ce n’est pas compliqué ça ! Beaucoup de villes ont laissé faire les choses, c’est un peu ce qui s’est passé ici… Le résultat n’est pas satisfaisant et ça a joué au moment des élections. Je ne l’ai pas inventé car je ne m’étais jamais intéressé à ce problème. Je l’ai découvert en discutant avec les associations qui dénonçaient le bétonnage. Donc s les promoteurs veulent continuer à travailler au développement de la ville – et je le souhaite – ils doivent faire un travail d’imagination et de cohérence, ne pas construire d’immeuble avec une base différente de celle de l’immeuble concurrent d’à côté. Je veux bâtir une ville, pas seulement additionner des constructions qui ressemblent à ce qu’on faisait en région parisienne dans les années 70. Même si on repeint les murs en orange !

Le financement participatif de la rénovation de la Basilique St Martin sera officiellement lancé en mars… Est-ce que vous commencez à avoir des retours ?

On a des financeurs intéressés. De gros donateurs locaux. Mais des marques d’intérêt ne suffisent pas. Il faut des preuves d’amour. Cela dit, je ne suis pas du tout inquiet sur le résultat.

Est-ce que ça vous agace que l’on cherche à avoir la peau de l’aéroport de Tours ?

Il faut être responsable sur ce sujet. J’ai vu l’évolution des interventions. Les plus radicaux ne sont plus opposés à l’aéroport, c’est bien L’activité civile se porte bien : +68% d’augmentation en 5 ans, 185 000 passagers. En pleine crise, ça en fait un bel aéroport de tourisme. L’aéroport c’est aussi 600 vols privés par an. Est-ce qu’on veut se priver de la venue de gens qui voyagent de cette façon dans le Val de Loire ? Est-ce qu’on veut aussi se priver de l’usage sanitaire de l’aéroport pour les transplantations d’organes ? On est fiers d’avoir un CHU de très haut niveau où les chirurgiens font des miracles parfois en scindant un foie de donneur pour deux patients. Alors est-ce que c’est raisonnable de fermer l’aéroport ? Évidemment non. Ce débat m’énerve car on ne va jamais dans le fond de l’argumentation.

« Il faut le wifi public à Tours »

Un mot sur le projet de développement du wifi dans les lieux publics… Y’aura-t-il des débats comme le réclament les Verts ?

Les Verts adorent les débats mais y participent peu quand on en propose. Il y a une réglementation précise sur les ondes que l’on appliquera. Dans ce domaine Tours est exemplaire, ça a été récemment reconnu par une députée ici. Je ne peux pas être plus vert que les Verts ! Tout le monde est satisfait du wifi, verts y compris car ils téléphonent. J’ai été en réunion publique tout le mois de janvier et j’ai entendu des citoyens qui se plaignent de ne pas avoir de réseau de téléphone donc il faut bien continuer à mettre en place des antennes relais. Quant au wifi, le problème c’est qu’il faut du temps pour négocier avec les propriétaires pour équiper les bâtiments. On va essayer de le faire plus vite sur des bâtiments publics mais on ne peut pas le faire partout comme dans les écoles. On va se laisser un an ou deux, ce sera donc sans doute pour 2016 2017. Il le faut ce wifi : les gens ont un besoin auquel je réponds. Il faut adapter son mode de vie aux exigences, c’est un élément d’attractivité. On ne peut pas avoir une grande université sans wifi !

Parlons enfin des départementales. Pour respecter votre engagement vous allez quitter votre poste au Conseil Général mais nombre de vos adjoints sont candidats. Vous ne souhaitez pas des élus 100% adjoints ?

Qui peut se permettre de critiquer ça ? Ca a toujours été comme ça. Je ne suis pas un caporal. A l’époque de Jean Royer, les cantons étaient tenus par ses adjoints. Certes on ne peut pas être président du département et avoir une fonction importante dans la ville. Question de temps. Mais on peut cumuler deux mandats, je n’ai jamais interdit de le faire. Ceux qui critiquent ça sont gonflés. C’est une méconnaissance absolue des fonctions et des mandats qui peut permettre de dire ça. Ils ne sont même pas élus ! On ne va pas s’interdire d’être candidat juste parce que l’on est adjoint. De plus, les adjoints de quartiers sont sur le terrain et peuvent doubler ce poste avec celui de conseiller départemental. Louis Alluchon à Tours Est, il n’a pas de bureau, il est toujours à Tours Est. Le Conseil Départemental en plus ça change quoi ? Pourvu juste qu’il ne soit pas président ou vice président…

Propos recueillis par Olivier COLLET

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