« Il faut qu’Auchan reconstruise complètement son magasin de Chambray »

Interview avec Christian Gatard, un maire près de ses sous mais ambitieux.

Le président de l’agglomération Tour(s)Plus Philippe Briand passe son temps à le surnommer « Macron-Gatard » en « hommage » au ministre de l’économie. Maire (PS) de Chambray-lès-Tours et chargé des finances dans l’assemblée communautaire, Christian Gatard n’est pas du genre à laisser passer les dépenses superflues.

Dans sa commune, la capacité de désendettement est étrangement basse quand les grandes villes de l’agglo se disent étranglées par leurs dettes. Cette année encore, et comme c’est le cas depuis 7 ans, il n’augmentera pas les impôts. Pas de hausse non plus pour les tarifs municipaux et son budget principal ne prévoit « pas un centime d’emprunt. » Ca ne l’empêche pas d’avoir des projets (près de 7 millions d’investissements) et de vouloir faire en sorte que sa ville de 10 000 habitants soit un moteur dans le département, pour ne pas dire un modèle…

Qu’est-ce qui vous permet d’afficher ce bon bilan financier malgré la baisse des dotations de l’Etat ?

Depuis 2001 j’ai maîtrisé les dépenses de fonctionnement qui ont augmenté en moyenne de moins de 0,5% par an avec des recettes supérieures : +1,2 à +1,3%. C’est notamment sur les charges de personnel que nous faisons des économies car nous avons toujours été vigilants sur les effectifs en réorganisant les services. Et aujourd’hui encore nous continuons les économies pour faire en sorte de compenser les augmentations obligatoires comme la hausse du point d’indice pour les fonctionnaires (+0,6% cette année, ndlr). Ce qui n’empêche pas des créations de postes car nous avons obtenu une ouverture de classe cette année à la maternelle Maryse Bastié. Au total, la mairie de Chambray c’est un peu moins de 180 emplois Equivalent Temps Plein, c’était 210 en 2001 (mais plusieurs agents ont été transférés à l’agglomération, ndlr).

Autre facteur d’économie : nous allons externaliser éclairage public l’an prochain. Il faut toujours comparer ce que l’on peut faire nous-mêmes en régie et ce la prestation que peut proposer une entreprise locale. Si le résultat est de qualité et la prestation meilleure en faisant appel au privé il ne faut pas hésiter. Car avec une régie, on est dépendants des lourdeurs d’organisation du public. Ce n’est pas un problème idéologique car la priorité c’est d’offrir un service public de qualité. Ce sont des questions que toutes les collectivités devraient se poser, et je me les suis posées bien avant que l’Etat ne baisse ses dotations.

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La dette se réduit d’année en année… Est-ce qu’à la fin de votre mandat Chambray aura remboursé tous ses emprunts ?

Non, la dette résiduelle devrait courir pendant encore quinze ans. Elle est actuellement de 5 millions d’euros. En fait, quand on dit que le ratio de désendettement est d’1,5 ans – comme c’est prévu pour 2016- cela signifie que l’autofinancement de la commune peut permettre de rembourser la dette en un an et demi mais si on le fait alors on n’investit plus. Par ailleurs, il y aura cette année un emprunt de 4 millions d’euros pour l’aménagement de l’écoquartier de la Guignardière mais les frais de remboursement ne seront pas à la charge des contribuables car ils seront compensés par la vente des logements. A terme, l’opération pourrait même être excédentaire.

Vous voyez Chambray comme une ville moteur de l’agglomération ?

Clairement oui, c’est une des plus dynamiques. D’autant que la ville investit dans des opérations considérées comme de la compétence de l’agglomération comme le pont des Touches sur l’A10 que l’agglo ne voulait pas financer suite à ma demande sur le précédent mandat en 2008 et 2014 et que la municipalité a financé. Si nous procédons ainsi, c’est parce que nous avons plus marge de manœuvres avec nos finances que n’en a l’agglo et je suis bien placé pour le savoir en tant que vice-président chargé des finances à Tour(s)Plus. De plus, je ne veux pas qu’on dise que je me sers.

Vous vous préparez aussi à accueillir un nouveau centre commercial avec La Petite Madeleine : c’était vraiment nécessaire, il n’y avait pas encore assez de commerces à Chambray ?

Je me suis longtemps posé la question : le site est en entrée de ville, sur un espace en friche car c’est celui d’une ancienne station service et il est entouré d’espaces verts, à proximité de l’hippodrome et du lac. Cela dit, sur les 16 enseignes (Nika, La Halle, Casa, Maisons du Monde… ndlr) il y en a la moitié qui sont transférées de l’espace actuellement situé autour d’Auchan, dans la zone de la Vrillonnerie. C’est d’ailleurs ce qui nous laisse l’opportunité de requalifier aussi cet espace. Et la Petite Madeleine montre ce qu’il faut faire avec ses 580 arbres. Sur 14 hectares urbanisés, 7 seront paysagés et ce à la charge de l’aménageur. J’aimerais la même chose autour d’Auchan, que l’entreprise se donne les moyens de reconstruire le magasin en totalité dans un espace paysager intégrant les enseignes commerciales.

Il faut une deuxième Petite Madeleine à Auchan : c’est une grosse enseigne et ils ont leur lourdeur mais ça commence à mûrir de leur côté. Avec deux ponts pour les accès et l’A10 ils ont la plus belle façade commercial de la région… Et ils ne feraient rien ? Alors ils se feront tailler les croupières par Leclerc qui investit à Joué. Il faut leur rappeler tout ça. Il ne faut pas qu’ils investissent 2 millions d’euros mais entre 10 et 15 car ils ont un gros chiffre d’affaire. S’ils ne bougent pas ils vont avoir des soucis. Les autres montrent l’exemple comme Castorama qui reconstruit lui aussi son magasin entièrement.

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Vous faîtes part de nombreuses actions en matière de biodiversité : abandon des pesticides, bio à la cantine, rucher communal au parc René Messon…

On n’utilise plus de pesticides dans les jardins publics et j’ai demandé à ce qu’on arrête les pesticides dans les cimetières. Il y aura de l’herbe dans les allées mais les gens peuvent le comprendre. Concernant le bio : en janvier, février et mars cette année on est à 30% de composants bio dans les repas soit un repas complet bio sur les 4 de la semaines et dans les autres au moins un composant bio. Ce que je souhaite c’est qu’on passe à deux repas bio complets par semaine et un composant bio sur les autres pour 2017. Donc on arrivera à 50% de bio dans nos 4 restaurants scolaires.

Entre l’A10 et la D910, Chambray est un lieu de passage incontournable et forcément sujet à la pollution… Prévoyez-vous de réduire la place de la voiture en ville ?

Il faut développer les transports. Chambray-lès-Tours est concerné par le projet de prolongement du tram jusqu’à l’hôpital Trousseau avec plusieurs scénarios possibles mais il y a aussi l’étude du développement de l’étoile ferroviaire en direction de Veigné et Monts. On peut imaginer des parkings relais avec des lignes de bus sur la RD910 pour amener les gens jusqu’au tram. On pourrait aussi aménager un grand parking relais sur la Route de Loches, décongestionner la sortie du périphérique en élargissant le rond-point à 2×2 voies. Concernant l’écoquartier de la Guignardière, toutes les rues seront construites de façon à pouvoir accueillir des bus et on travaille avec le vice-président de l’agglo chargé des transports Frédéric Augis pour créer une ligne entre l’écoquartier, le pôle santé Vinci et Joué-lès-Tours via la Vallée Violette.

L’agglo de Tours envisage de devenir une métropole… vous en pensez quoi ?

J’y suis très très favorable, et même l’un des plus favorables depuis que l’on a commencé à en parler il y a un an ou deux alors que beaucoup de mes collègues étaient réticents. Cela va apporter une stratégie de groupe très puissante entre les communes et de nouvelles compétences.

Qu’est-ce que ça changerait pour les Chambraisiens ?

Ca peut permettre d’accélérer le processus de création de nouveaux réseaux de transports ou accélérer de grands projets économiques structurants comme celui d’Auchan. Idem pour les politiques environnementales. Ca peut permettre une plus grande mutualisation des services publics de l’agglo avec la garantie de ne pas avoir d’augmentations imprévisibles. Bref, c’est très intéressant et rassurant de savoir que l’on s’inscrit dans une stratégie de puissance.

Le président de l’agglo Philippe Briand vous surnomme souvent « Macron-Gatard » en référence au ministre de l’économie et à votre poste de vice-président en charge des finances à Tour(s)Plus… Politiquement vous êtes plus proche d’Emmanuel Macron ou de Philippe Briand ?

Je suis socialiste mais je suis plus proche de Macron et Valls que de l’extrême gauche du parti. Ainsi, la loi El Khomri va dans le bon sens et donne beaucoup de visibilité à certains égards. Quand j’étais étudiant à science po j’ai appris une formule : entre le fort et le faible c’est la loi qui libère et c’et la liberté qui opprime. C’est un prêtre du XIXème qui l’a dit. Cette loi va définir des choses qui sont aujourd’hui de la seule compétence du juge. Il y a tout un pan code du travail qui relève du juge et ça donne une invisibilité totale aux entreprises et aux salariés. C’est donc une loi nécessaire mais le travail n’a pas été très bien engagé avec des erreurs de communication, une fois de plus. Ca manque de dialogue social et ça a mis le feu une fois de plus, c’est dommage.

Propos recueillis par Olivier COLLET

Photo : Ville de Chambray-lès-Tours.

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