samedi 13 août, 2022

En Touraine, la lutte contre le réchauffement climatique se heurte aux intérêts économiques climato-sceptiques

Ce vendredi, une conférence lève le voile sur ces entreprises tourangelles qui préfèrent nier l’évidence pour préserver leurs profits.

Intitulée « Climato-sceptiques, à qui profite la clim’ ? » la conférence que donne le biologiste Sébastien Moreau ce vendredi à de quoi faire parler. Donnée dans le cadre du programme de l’Université François Rabelais pour promouvoir le sommet COP21 sur le climat de Paris qui débute le 30 novembre, elle titre à boulets rouges sur ces entreprises qui préfèrent promouvoir des produits polluants en défendant des thèses climato-sceptiques, plutôt que de chercher à investir pour commercialiser des produits plus respectueux de l’environnement. Et des gens comme ça, il y en a en Touraine.

« L’idée de cette conférence m’est venue il y a un an, lorsque j’ai assisté à une conférence de l’association Clim’Touraine au Vinci » raconte Sébastien Moreau, qui a filmé ledit événement pour construire sa réflexion. Dans l’assistance : les forces de vente de nombreux acteurs économiques de la région devant qui on allait prêcher la bonne parole : Cofély, Daikin, Dalkia, Val Touraine Habitat, le Lycée St Gatien… Et ce jour-là, l’invité principal était Gérard Gallas se présentant comme expert-physicien et intervenant sur le thème « le changement climatique, mythe ou réalité ? ». « En 1h30, l’aspect réalité n’a pas du tout été abordé » pointe aujourd’hui l’universitaire : « il a débuté sa présentation en disant que les scientifiques étaient des idiots utiles, convoqués par les politiques afin de justifier la pression fiscale accrue sur les entreprises, ou faire passer en douce des politiques de contrôle de la natalité. »

30% de climato-sceptiques en France

Ces arguments, Sébastien Moreau les a déjà entendus : « ce sont les mêmes depuis 22 ans. Sauf qu’il oublie que depuis, les climatologues ont répondu aux critiques et pris en compte certaines objections pour améliorer leurs discours. C’est un mélange d’arguments pertinents et farfelus. » « Il est normal que notre démocratie permette l’expression publique des oppositions à des mesures politiques. Toutefois, il faut rester attentif à ce que les milieux climato-sceptiques ne deviennent pas des minorités de blocage, surtout s’ils sont amenés à disposer de moyens financiers considérables. Que le « non » climato-sceptique reste une objection constructive et pas un « non » paralysant toute action collective, à l’instar de ce qui se passe aux Etats-Unis » explique-t-il pour sa conférence. « Les climato-sceptiques ne peuvent pas communiquer par la presse, même de droite. Alors ils utilisent d’autres canaux comme les milieux économiques où ils profitent de rencontrer des gens moins informés. » Avec 40 ans d’industrie du caoutchouc derrière lui, Gérard Gallas a donc le profil de l’homme qui a réussi,à qui l’on s’identifie, que l’on veut écouter. Logique que son discours plaise aux industries de la climatisation qui n’est pas vraiment l’équipement le plus écolo que l’on connaisse.

« Il y a une demande pour des discours conservateurs » ajoute Sébastien Moreau qui estime à 30% le nombre de climato-sceptiques en France. « Ca se comprend et se justifie car le bien-être compte dans notre vie ». Mais même si lui a désormais un mode de vie ultra-écolo, le biologiste nuance de suite : « ça ne sert à rien d’être écolo pur et dur si c’est pour avoir une vie peu enviable. Mais les partis écologistes ne veulent pas de ça. » Il plaide donc pour une adaptation du mode de vie de chacun, en fonction de ses possibilités. « Les impacts du changement climatiques seront bien pires si l’on ne fait rien. Les entreprises manqueront d’énergie, il y aura des impacts sur le tourisme ou la santé… » D’où selon lui l’importance d’adapter la réflexion économique : « l’Allemagne s’est déjà positionnée sur les énergies renouvelables. Si nous ne faisons rien, bientôt on ne pourra plus consommer qu’allemand. C’est des emplois qui vont partir bêtement. Il faut du courage, multiplier les partenariats avec les centres de recherche, mettre un terme progressif vis-à-vis de certaines activités avec de la programmation pour pouvoir anticiper et transférer les emplois vers d’autres secteurs. »

« je ne produis plus que 2kg de déchets par an »

Mais non, en ce moment l’industrie préfère aller au plus facile et faire blocage : « par exemple, cet été, la grande distribution s’est opposée en toute discrétion à un amendement de la loi sur la transition énergétique qui lui aurait imposé un programme pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre, notamment sur le transport. Elle a profité d’une faille pour qu’il soit censuré par le Conseil Constitutionnel. Il y a un jeu de lobbys pour favoriser cela ce qui paralyse notamment les Etats-Unis. En face, les lobbys environnementaux ne sont pas encore assez bons pour lever le doute semé par les climato-sceptiques qui utilisent la théorie du complet, ce qui est bien plus vendeur que de simplement s’opposer à une mesure » analyse Sébastien Moreau qui – à son échelle – tâche de convaincre petits bouts par petits bouts avec des conférences baptisées « Adieu Poubelle » : « je ne produis plus que 2kg de déchets par an, je vis sans poubelle et j’ai économisé 1 400€ à l’année. » Désormais, il va par exemple acheter son beurre au marché en le ramenant dans un Tupperware plutôt que dans un emballage papier.

Sans aller jusqu’à cet extrême qu’il pratique et dans lequel on le sent épanoui, le biologiste estime que « les réformes climatiques ne passeront que si elles simplifient la vie des gens. Ceux que l’on peut convaincre d’abord, ce sont ceux qui cherchent à faire des économies. » Et pour conclure, il prend l’exemple de ce qui se fait ailleurs : « à budget égal, une collectivité engagée dans une politique zéro-déchet crée de l’emploi, comme en Italie avec des éboueurs devenus agents de ressourcerie. Même de grandes villes comme Seattle et San Francisco se sont engagées dans de tels projets. »

Olivier COLLET

Conférence ce 13 novembre à 19h à l’Amphi 1 de la Fac des Tanneuirs à Tours. Gratuit sur réservation ici.

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