Vie locale

« Je ne sais pas ce que les automobilistes ont dans la tête »

Le préfet d’Indre-et-Loire hausse le ton face à la hausse de la mortalité sur les routes : plus de contrôles, plus de radars, et des suspensions de permis plus longues.

Depuis plusieurs mois, on a l’impression d’écrire de plus en plus souvent sur les questions de sécurité routière. Il y a un lien de cause à effet avec les chiffres que nous relations encore le week-end dernier : 11 morts sur les routes d’Indre-et-Loire du 1er janvier au 31 mars, déjà 2 de plus en avril, une hausse globale du nombre d’accidents et de blessés… C’est pareil au niveau national : les chiffres sont (très) mauvais. Mais le ministère de l’intérieur exige des préfets des bilans en baisse (moins de 30 morts en 2016 en Indre-et-Loire après les 37 de 2014 et les 35 en 2015), Louis Le Franc a choisi de taper du poing sur la table pour stopper l’hémorragie.

Devant la presse ce mardi, le représentant de l’Etat dans le département a enchaîné les phrases choc : « 13 morts ça ne peut pas continuer comme ça. Il n’y en avait que 6 à la même époque l’an dernier. Je ne sais pas ce que les automobilistes ont dans la tête. Il faut mettre un terme à cette hécatombe d’autant que les victimes sont des Tourangeaux, des gens du cru. Je pense que les gens ont d’autres perspectives dans la vie que de finir contre un poteau électrique ou un platane. Ils ont des méthodes de conduite inappropriées et sont inconscients. »

Les causes des accidents les plus graves sont identifiées : vitesse et alcool, « 35% d’inattention » pour l’agglo de Tours. On sait aussi où ça se passe : essentiellement dans le Sud-Ouest de l’Indre-et-Loire, en tout cas en zone rurale, et souvent sur des axes connus comme étant accidentogènes : D910 e D943, par exemple. « Je n’explique pas cette hausse » ajoute le préfet qui, sans forcément aller aussi loin que les propos rapportés ci-dessus, a déjà tenu ce type de discours récemment. Manifestement ça ne suffit pas. Alors Louis Le Franc promet des actes répressifs forts, « puisqu’il n’y a que cela qui marche. »

Depuis le début de l’année, le nombre de contrôles va crescendo : 235 en janvier, 251 en février, 275 en mars, sans doute plus de 300 en ce mois d’avril (pour un bilan de 653 permis de conduire confisqués), « et ce malgré les missions liées à l’état d’urgence » soulignent les représentants des forces de l’ordre. La gendarmerie a par exemple lancé une campagne de recrutement de réservistes qui ne seront plus seulement affectés à la lutte contre les cambriolages mais désormais aussi aux contrôles routiers, « et ils seront placés sur les axes les plus accidentogènes. » Vous êtes prévenus.

Il a beau indiquer qu’il n’est pas là « pour ruiner » les conducteurs, le préfet va aussi parier sur les radars automatiques : les 5 radars embarqués (3 à la gendarmerie, 2 à la police) seront sur la route plus souvent, deux radars de chantier sont opérationnels depuis fin mars sur l’A10 à Chambray-lès-Tours (70km/h max dans la zone de travaux) et sur l’A85 à Langeais (50km/h pour le passage de la Roumer). Ajoutez à cela les radars autonomes : sur la D952 depuis le 29 mars, afin de sécuriser la zone autour de Vouvray. Il s’agit d’une machine qui sera régulièrement déplacée afin que les automobilistes ne s’habituent pas à sa présence. Idem pour un radar prévu sur la D943 en septembre ou encore pour la D910 (demande à faire).

Mais vu que la peur du gendarme et de la contravention ne semble pas suffire, le préfet – soutenu par le procureur de Tours – veut durcir le barème des sanctions administratives en cas d’infraction au code de la route. « Un PV c’est moins efficace que lorsque l’on touche au permis de conduire. Alors les délais de suspension du papier rose devraient être rallongés : on passerait par exemple de deux à 3 mois pour un conducteur contrôlé avec 0,45g d’alcool dans le sang (le maximum c’est 6 mois, 3 ans sur décision d’un juge).

« Je vois toutes les semaines des gens qui perdent leur travail parce qu’ils n’ont plus de permis. Pour eux c’est la catastrophe mais c’est encore plus une catastrophe quand les pompes funèbres doivent se rendre dans une famille » argumente le procureur Jean-Luc Beck. Les immobilisations de véhicules risquent également d’être plus fréquentes, notamment pour dissuader ceux qui roulent sans permis. Et pour les multirécidivistes, il n’y aura aucune complaisance : « ils composent 20 à 25% de la population de la maison d’arrêt de Tours » dixit le parquet même si l’on concède que « ce n’est pas une solution ».

Et la prévention dans tout ça ? Le préfet compte en faire un argument, un atout, pour ne pas avoir uniquement le vilain rôle : « je pensais que l’association de Prévention Routière n’existait pas mais si, elle existe. Nous allons renforcer ses crédits et organiser des actions dans toutes les classes de terminale et à l’université. » Ce mardi soir, des prix ont également été remis en préfecture pour récompenser des clips originaux faisant la promotion de la sécurité routière. Ils seront prochainement diffusés dans les cinémas tourangeaux. Au total 48 étudiants se sont mis en scène.

Olivier COLLET

Photo : le préfet d'Indre-et-Loire commente la carte des accidents mortels.