Tours

Nourredine El Ouardani, le sauveur du Tours FC ?

Nommé il y a deux mois, l’entraîneur a réussi à sortir les ciel et noir de la zone rouge et vise le maintien. Portrait.

16ème de Ligue 2 à 6 journées de la fin du championnat, le Tours Football Club est-il à sa place ? Sans doute pas si l’on écoute le président Jean-Marc Ettori, qui rêve de voir l’équipe remonter en Ligue 1. Sans doute pas non plus si l’on analyse la qualité de l’effectif tourangeau, jeune mais dynamique, offensif et volontaire. Mais 16ème du championnat après avoir passé de longues journées scotché à la dernière place du classement ce n’est finalement pas si mal. Cette remontée, pour l’instant symbolique mais peut-être bientôt salvatrice, elle s’est enclenchée après l’arrivée d’un homme : Nourredine El Ouardani. Il n’a pas encore tous les diplômes pour être entraîneur principal sur le papier mais c’est bien lui qui coache l’équipe pro après 3 ans passés à s’occuper des jeunes U17.

El Ouardani, on l’aime parce qu’il permet actuellement à son groupe d’afficher une série de 6 matchs sans défaite (sur 7 dirigés), dont un bon nul à Brest (1-1) vendredi 7 avril. Parfait pour le moral avant d’affronter Sochaux à la Vallée du Cher ce vendredi (une équipe de milieu de tableau), pas mal non plus aussi avant d’aller défier Auxerre, les Bourguignons luttant aussi pour rester en deuxième division. El Ouardani, on l’aime donc pour ses résultats, et même parce que depuis quelques matchs le public tourangeau revient progressivement dans les tribunes (vu l’affluence depuis plusieurs saisons, c’est un petit miracle). A-t-il un secret, lui qui semble réussir là où Fabien Mercadal a échoué, c’est-à-dire dans sa mission de conduire une équipe avec des valeurs venues du foot amateur ? On l’a rencontré pour mieux comprendre…

Formé en Corse dans un village de 3 000 habitants

Le petit Nourredine a touché son premier ballon de foot a 6 ans, dans son petit village de Sartène, en Corse-du-Sud. C’était en 1984 : « mon frère avait commencé les sports de combat, j’étais donc plus axé sur le judo. Puis mes copains de classe m’ont incité à venir avec eux en club, et j’ai pris ma première licence. » Le début d’une longue histoire : « aujourd’hui je conçois le foot comme une aventure humaine, et c’était déjà ça à l’époque : il y avait l’esprit d’équipe, les amis… ça me plaisait. Il me fallait un sport collectif. »

Dernier arrivé dans l’équipe, le jeune garçon finit défenseur, les postes d’attaquants étant déjà tous pris, car très convoités. Il y est resté et a gravi progressivement les échelons. En 1994, il croise la route de Dominique Morabito, un ancien Tourangeau (un hasard de l’histoire) qui le lance en Division d’Honneur. Puis c’est Olivier Pantaloni (oui, l’ancien coach de Tours) qui lui fait confiance dans la réserve d’Ajaccio qu’il fallait alors faire monter en CFA2. Il y passe 4 ans, bosse en parallèle dans la grande distribution, et finit par revenir sur ses terres, au sein du club de Propriano qui a fusionné avec Sartène : « j’avais 28 ans et je suis devenu entraîneur-joueur. »

Des débuts de coach réussis

Une première expérience d’encadrement sérieuse mais Nourredine El Ouardani est éducateur depuis ses 18 ans : « quand j’étais en terminale je ne travaillais pas le mercredi matin, c’est pour ça qu’on me l’avait proposé. » Auprès des poussins, il embrasse cette vocation qui l’amènera plus tard à jouer dans la même équipe que des garçons qu’il a coachés : « et même sur le terrain j’ai toujours beaucoup parlé, je corrigeais, je guidais mes coéquipiers… Ma position de défenseur me permettait de bien voir le jeu. » Une âme de capitaine. Cette expérience et cette longévité ont permis au jeune coach d’obtenir ses premiers résultats remarquables : « on est monté en CFA2, pour un petit village de 3 000 habitants c’était extraordinaire. » Même si cela n’a duré qu’un an, avec une descente qui s’est jouée en toute fin de championnat.

Tout cela nous amène en 2013. Propriano-Sartène évolue donc de nouveau en DH et Nourredine El Ouardani reçoit un coup de fil de l’ancien des bleus Jean-Luc Ettori (Corse aussi) qui l’invite à le rejoindre à Tours où il vient lui-même de débarquer : « c’était assez brutal. Ca s’est passé le 15 juillet et si j’étais intéressé je devais être là-bas le 28 juillet pour reprendre le championnat le 1er août avec les U17 nationaux. Je venais d’avoir les diplômes, je savais que je pouvais potentiellement aller ailleurs. C’était donc une opportunité à saisir. »

Le coach tourangeau résume la situation ainsi : « à part pour les vacances, c’était la première fois que je quittais mon île. On m’avait mis en garde sur le climat, heureusement c’était l’été et j’ai été agréablement surpris. » L’adaptation en Indre-et-Loire se fait tranquillement, les infrastructures lui plaisent, le staff le met « à l’aise », Nourredine retrouve en plus le joueur vedette de Tours à l’époque, Andy Delort, qu’il avait connu à Ajaccio… « il y avait plein de signaux positifs, donc je me sentais bien. » Marié, père d’un petit garçon, il envisage donc sérieusement de s’implanter dans « la douceur tourangelle », jette un œil appuyé sur ce qu’il se passe chez les pros alors dirigés par Olivier Pantaloni (le monde est petit) : « on apprend tous les jours en regardant les autres… »

« Quand je suis arrivé, plus grand monde ne croyait au maintien »

Mais après une saison passée à observer des choses qui vont bien, les difficultés commencent : Pantaloni s’en va, Alex Dujeux sauve la saison, Marco Simone prend la suite avec des résultats convenables mais un sacré psychodrame en coulisses… Puis vient la saison actuelle… Bref, un ensemble particulièrement chaotique : « ce n’est pas facile de construire un projet à moyen terme dans cette situation, avec les difficultés financières du club qui ont entraîné la vente d’Andy Delort et contraint le recrutement » commente sobrement Nourredine El Ouardani.

Propulsé entraîneur en février, le voici cette fois au premier rang, sous les feux des projecteurs, avec une certaine pression dans le staff et de la part des supporters : « quand je suis arrivé, plus grand monde ne croyait au maintien, même dans le club. Est-ce que j’ai eu peur ? Non. Ce que j’ai voulu c’est me prouver à moi-même que je pouvais mettre en application mes principes à une équipe pro. Ce sont les principes de jeu que j’avais en étant gamin, à base de possession, de jeu court, de bloc très haut. Il faut du spectacle pour fidéliser le public. Aujourd’hui ça fonctionne, et il revient à la Vallée du Cher. Il y a un engouement pour les matchs et même en dehors. » De fait on est passé de moins de 5 000 personnes par match à environ 7 000 (avec des offres promos, certes, mais quand même).

Du spectacle, donc, et des résultats, surtout : une victoire contre Orléans, par exemple, ou ce nul à Brest. De quoi devenir meilleur entraîneur du championnat en mars. « Pour l’instant le défi est réussi mais il ne le sera que si il y a maintien. Bien sûr que c’était important de gagner contre Orléans, mais voici ce que j’ai dit aux joueurs juste avant : ‘est-ce que si on gagne on est maintenu ? Non. Est-ce que si on perd on est condamné ? Non plus.’ Ce championnat est homogène, tout le monde peut battre tout le monde. Il reste 6 matchs à jouer, 18 points à prendre. On sait qu’on vient de très loin, on est sûr de nos forces mais on est pas en surconfiance ni en prétention. On a encore des travers comme contre le Red Star. Ca a été une alerte. On n’a pas le droit de se relâcher. »

« J’ai voulu faire la même chose avec les pros qu’avec les enfants »

On note tout de même la différence de discours : on est passé d’un besoin indispensable de transcender l’équipe pour garder l’espoir à un besoin de consolider des atouts pour ne pas perdre le bénéfice engrangé par cette fameuse série de 6 matchs sans défaite (et de 3 victoires consécutives). Mais alors, qu’est-ce qui a fait le déclic ? Comment on est passé d’un groupe presque à l’agonie à une équipe qui retrouve du plaisir et de la force ?

Nourredine El Ouardani se défend d’être le sauveur, le messie ou tout ce que vous voulez : « j’ai amené ma touche personnelle, une partie technique, un plan de jeu, une idée précise de ce que je veux. Mais surtout, un entraîneur doit s’adapter aux joueurs. J’ai voulu faire la même chose avec les pros qu’avec les enfants. Mes premières paroles ça a été de dire que l’on n’avait pas une équipe de derniers, qu’avec nos qualités on ne pouvait pas être derniers, qu’il fallait partager ce projet ensemble. Maintenant sur le terrain, on ne doit plus subir mais faire subir. »

Concours de circonstances ou réel talent pour remotiver les troupes, le message passe : « peut-être que mes principes allaient mieux avec l’effectif… » suppose seulement Nourredine El Ouardani. Sa plus grande exigence : « il ne faut pas que le projet individuel passe avant le collectif. Il y a certes des joueurs jeunes, prêtés ou en fin de contrat mais je leur ai dit que si le collectif fonctionnait, les individualités ressortiraient. Et c’est le cas avec Bouanga, Cissé, Diarra… Ils ont été plusieurs comme ça à être mis en lumière. »

Cette philosophie, cette méthode de travail, le coach tourangeau la dit inspirée du foot espagnol : « ce que je peux reproche au foot français c’est qu’il manque d’identité de jeu. Dans France-Espagne récemment, on a vu une équipe espagnole complètement dans ses principes, et ça aujourd’hui ça nous manque. On forme de bons joueurs, mais pas forcément de bonnes équipes. » On voit donc où est la fierté de Nourredine El Ouardani : que l’on parle aujourd’hui de Tours comme d’une équipe cohérente et plaisante : « on est des compétiteurs, on a notre destin entre nos mains. »

A 39 ans, lui joue aussi le sien, d’avenir. Son diplôme ultime d’entraîneur il ne pourra pas le repasser avant un an, pas forcément de quoi lui offrir la gestion des pros sur la durée donc mais il exprime clairement le désir de rester à Tours alors qu’il arrive en fin de contrat. Pour continuer à vivre des émotions avec un club qui lui a offert son deuxième meilleur souvenir de football : son premier match pro à Strasbourg, malgré la défaite.

Olivier COLLET

Tours-Sochaux, vendredi à 20h à la Vallée du Cher.