Tours

Chaises de jardin, huile, serpent et poutre : ce que vous verrez au CCCOD de Tours

Le Centre de Création Contemporaine débute son histoire avec un voyage vers la Norvège. On l’a visité pour vous.

« Ce lieu est à vous, vous l’avez payé » nous dit son directeur Alain-Julien Laferrière. Le CCCOD, construit pour 15 millions d’euros, s’ouvre définitivement au public ce week-end en haut de la Rue Nationale à Tours. Entouré de son jardin François Ier qui remplace le parking qui portait le même nom, érigé en lieu en place de l’ancienne école des Beaux-Arts dont on a gardé la Nef historique, ce bâtiment peut devenir le nouveau lieu culturel incontournable de la ville, du département d’Indre-et-Loire voire de la région Centre-Val de Loire. Il en a l’ambition avec la volonté d’accueillir 100 000 visiteurs à l’année, plus que le nombre poussant actuellement la porte du Musée des Beaux-Arts ou du Château de Tours.

Ce Centre de Création Contemporaine va avoir droit à un premier week-end sous le feu des projecteurs avec la visite du président Hollande et de la reine Sonja de Norvège ce vendredi, avant deux jours de gratuité pour que tous les Tourangeaux puissent se l’approprier. Accessible ensuite pour 6€, l’institution (présente à Tours depuis plusieurs décennies, mais qui était jusqu’ici bien plus confidentielle) a déjà réussi un premier tour de force : 2 000 personnes ont leur pass annuel pour les expositions.

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Que l’on soit – ou non – amateur d’art en général et d’art contemporain en particulier, ce CCCOD posé à quelques mètres de la station Anatole France du tramway et des quais de la Loire est une curiosité dont il serait dommage de se priver. Tout en géométrie, le bâtiment des architectes portugais Aires Mateus est à la fois cubique et linéaire, sombre et lumineux, grandiose et étroit. Il se joue de vous, quitte à vous déstabiliser. Modulable, il changera d’aspect presque à chacune de vos visites. Il pourrait aussi devenir un repère d’habitués grâce à son café au premier étage ou sa librairie. De l’extérieur, on pourra en permanence voir ce qu’il se passe dans la Nef. En ce moment, on y découvre un immense tapis d’huile imaginé par Per Barcley, spécialiste de ce type d’installation qui nous confronte à un vide imaginaire.

D’ailleurs, à quelle proposition artistique doit-on s’attendre en poussant la porte et en parcourant cette Nef puis les galeries blanches et noires ? Dans un premier temps, on va comprendre pourquoi c’est la reine de Norvège qui coupera le ruban ce 10 mars : ce pays auquel on ne pense pas forcément en premier lorsque l’on évoque l’art, ne fait par exemple pas partie de l’Union Européenne. Son histoire est pourtant intimement liée à celle de Tours, et en particulier à la carrière du peintre tourangeau Olivier Debré (décédé en 1999) qui donne son nom à ce CCCOD. Longtemps, il a peint à sa manière les paysages norvégiens en toutes saisons. Les orages, la neige, les soirées d’été… Ces tableaux (et des croquis en petit format) sont accrochés dans la galerie blanche, l’espace lumineux du 1er étage du Centre.

Quand on y entre, ce n’est pourtant pas une figuration du Grand Nord qui happe notre regard mais une toile géante de 4m sur 9m représentant la Loire. La Loire peinte par Debré en grand format, voilà ce qui l’a rendu célèbre. Cette production marquante dialogue ensuite avec son travail à l’étranger. Coloré, figuratif, élégant… Mais aussi un peu déstabilisant dans cet écrin parfois un peu froid, trop grand ou trop exigu.

Autre style au rez-de-chaussée. Et soudain, on développe beaucoup plus de passions pour l’exposition réunissant les jeunes talents de la scène contemporaine norvégienne. Des artistes ayant la nationalité de ce pays, mais aussi d’autres qui y ont émigré depuis le Liban ou la Lituanie. Ils ont pris possession de la galerie noire. Avant l’installation, elle était totalement à construire : des murs modulables ont été érigés au milieu de l’espace pour créer un parcours. Au nord, un échafaudage nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps ce lieu était encore en chantier, et qu’on l’a vu s’assembler pierre par pierre. Plus au sud, une poutre de pin norvégien à priori négligemment posée au sol est en fait installée là précisément en rapport avec la lumière qui peut entrer dans la pièce quand ses fenêtres ne sont pas obscurcies.

Sans explications, la compilation d’œuvres de ce groupe d’artistes (réunie sous la bannière Innland, en norvégien dans le texte) peut paraître difficilement accessible et compréhensible. En s’y penchant de plus près, on constate qu’elle regorge d’inventivité, d’espièglerie, de créativité ou de modernité. Les sens sont en éveil : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher… Ici, avec des blocs de pierre qui avaient auparavant été exposés en extérieur en Norvège et qui ont une dimension politique puisqu’ils font écho à la crise des réfugiés selon leur créatrice. Là, ce sont des photos graphiques avec une peau de serpent ou des circuits informatiques en premier plan. Plus loin, une pile de chaises de jardin en mauvais état sur du bois noir, entourée de photos artistiques mettant en scène cet objet du quotidien pouvant paraître inintéressant, mais qui prend finalement vie devant nos yeux. « Il faut fouiller et gratter pour comprendre » dit très justement la commissaire d’exposition.

Cet art contemporain à la fois loin et proche de notre quotidien, utilisant les codes de la décoration intérieure ou ceux de la nature, inspirant la proximité ou la promiscuité mais aussi le vide et l’immensité a, on le pense, le pouvoir de parler à chacun d’entre vous pour peu que vous y prêtiez un regard attentionné. Avec ses deux galeries d’expositions et sa grande installation événementielle, le CCCOD voyage entre les époques et les territoires : dans le passé avec Olivier Debré, dans le présent et l’avenir avec les jeunes norvégiens (ils ont entre 25 et 40 ans). Et le bâtiment, extension de l’ancienne Nef historique de l’école des Beaux-Arts, suit le même parcours. C’est symbolique et bien pensé. L’équipe d’Alain-Julien Laferrière se devait de marquer le coup pour sa première, on considère que c’est réussi. C’est à découvrir en images ci-dessous…

Olivier COLLET

Expositions : Olivier Debré, un voyage en Norvège : jusqu’au 17 septembre. Per Barclay, chambre d’huile : jusqu’au 3 septembre. Innland, jusqu’au 11 juin avec Ahmad Gossein, Ignas Krunglevictus, Kamilla Langeland, Lars Laumann, Solveig Lanseth, Ann Catherin Novvember Hoibo.