Tours

Sifflets, regards, attouchements… 97% des Tourangelles déjà harcelées dans la rue

Un plan d’action va être mis en place en 2017.

Le chiffre est particulièrement éloquent : une enquête réalisée auprès de 268 Tourangelles (en majorité des 18-30 ans) a montré que 97% de ces femmes avaient déjà subi du harcèlement dans la rue ou dans les transports en commun, une vingtaine de cas d’exhibition sexuelle ont même été recensés cette année dans le département. « Il est urgent de changer des comportements que certains considèrent comme normaux alors qu’ils sont inacceptables » s’alarme Nadine Lorin, la déléguée départementale en charge des droits des femmes. On parle là de femmes sifflées, suivies, bousculées, à qui on a touché les seins ou les fesses ou encore qui ont subi des remarques déplacées…

Le comité tourangeau qui lutte contre les violences faites aux femmes (et qui rassemble 110 partenaires, soit 4 fois plus qu’au moment de sa création) a également voulu savoir comment les victimes de harcèlement réagissaient : « elles essaient d’éviter les agressions, marchent vite (surtout la nuit), gardent leurs clefs dans la main à la façon d’un poing américain pour se défendre au cas où, font semblant de téléphoner ou de connaître une personne qui arrive en face… Elles sont obligées d’avoir des stratégies et de préparer des parades parce qu’elles ont la peur au ventre » poursuit Nadine Lorin.

Que faire pour lutter contre ce fléau ? La question a également été posée à ces 268 femmes et plusieurs pistes de travail ont été envisagées comme l’ajout de caméras de surveillance ou le renforcement des patrouilles de police à la sortie des boîtes de nuit. Les médiateurs seront également plus nombreux dans les transports en commun de l’agglo de Tours et les conducteurs de Fil Bleu spécialement formés aux questions de harcèlement dès le mois de février. « Ces femmes demandent également des cours de self-défense, nous allons donc recenser ceux qui existent en Indre-et-Loire » ajoute encore la déléguée aux droits des femmes qui se rend par ailleurs dans des établissements scolaires comme des lycées pour expliquer quelles sont les différences entre drague et harcèlement. Les Tourangelles souhaitant également plus d’espaces de parole, des groupes vont se mettre en place à La Riche, Joué-lès-Tours et Tours, en partenariat avec le Planning Familial. L’idée : « communiquer pour stopper l’indifférence. »

Si la lutte contre le harcèlement dans les lieux publics est une priorité, les actions restent très nombreuses pour soutenir les victimes de violences conjugales. 1 500 plaintes ont déjà été recensées entre janvier et novembre, soit autant que sur toute l’année 2015. 2 500 femmes victimes d’Indre-et-Loire ont été accueillies par les différentes structures pour se faire aider. « Nous devons encore améliorer le maillage du réseau pour disposer de plus de points relais notamment en zone rurale » reconnait le directeur de cabinet du préfet, Loïc Grosse. Autrement dit : toujours plus de personnes formées pour entendre les témoignages et accompagner les femmes à porter plainte, « ce qui devient la règle » soulignent les autorités. Des actions sont également en réflexion pour aider les victimes à se réinsérer dans le monde du travail et pour épauler les femmes d’origine étrangère.

Dernier grand axe, une mesure symbolique : le Téléphone Grand Danger, ces portables qui permettent d’alerter les forces de l’ordre si un conjoint violent qui n’a pas le droit d’entrer en contact avec la victime se manifeste tout de même auprès d’elle. Il y en a 4 en Indre-et-Loire, et 6 femmes ont pu en bénéficier ces derniers mois. Un 5ème appareil, financé par le Conseil Départemental, complétera le dispositif très bientôt. Un dispositif qui a été utile et qui fonctionne selon le parquet de Tours, les appels étant traités en priorité dès qu’ils sont émis. Il reste néanmoins limité aux femmes les plus en danger.

Olivier COLLET

L’Indre-et-Loire pourrait également être le 1er département dans lequel les médias locaux s’engagent à respecter une charte pour ne plus minimiser les actes de violences faites aux femmes ou la responsabilité des hommes violents. Une dizaine de médias nationaux l’ont déjà signée dont France Télévisions ou Libération.