Tours

« Les Paratonnerres » : un rayon de Soleil

Une création tourangelle à découvrir au Théâtre Olympia.

Il y a parfois des phrases qui vous marquent, que vous avez envie de retenir longtemps. « Les Paratonnerres » en est truffée. Cette pièce de la compagnie tourangelle Jabberwock est présentée depuis vendredi dernier au Théâtre Olympia de Tours (dernière ce mardi soir, avant une date à Vendôme puis Paris). « Il parait qu’ailleurs on pleure devant la télévision au lieu de pleurer devant sa vie » dit ainsi Solène, dans l’une des premières scènes du spectacle. Solène vit au Liban, un pays frappé par les bombes. Pour elle, ses parents rêvent d’un monde meilleur. Elle pense à l’amour, et vit un coup de foudre à l’arrivée de Siméon, un écrivain qui s’installe durablement dans l’auberge familiale. Une rencontre qui va faire ressurgir de lourds secrets.

Dans cette petite maison de ville, aux murs « bleu-gris comme le ciel », abandonnée par les touristes, chaque soir c’est la même chose : des bruits sourds, des explosions. Au loin, ou proches : « c’est le rideau du magasin d’à côté », « c’est une fête »… tente de se convaincre la petite famille de Solène qui habite là. « C’est l’orage » dit le père qui se lance dans la création de paratonnerres pour protéger la ville. Sûr de son coup malgré le scepticisme ambiant, il ira jusqu’à tourner une publicité avec la complicité de sa fille. Se barricader ou fuir, chacun imagine sa solution, mais l’angoisse d’une séparation familiale et l’enchaînement des événements retardent sans cesse chaque projet.

Écrit il y a trois ans à Beyrouth, ce spectacle signé Marc-Antoine Cyr a été élaboré de concert avec les quatre acteurs présents sur scène. C’est un texte fort, émouvant, drôle, et percutant. Très littéraire, pas toujours aisé à suivre mais extrêmement riche, rempli de métaphores, et profondément humaniste. Il faut ajouter à cela la mise en scène lumineuse de Didier Girauldon, qui s’accommode aisément du huis-clos de cette petite maison. On s’y croirait au Liban. Tout est là : les souvenirs en vidéo-projection, la vue sur la ville, l’obscurité ou la lumière d’un rayon de Soleil matinal, les bruits angoissants… mais aussi l’espoir. Enfin, et comme souvent au théâtre, romantisme et tragédie font également la paire, et là on a eu droit à un modèle du genre.

 

Photos : François Berthon / Et notre portrait de la Cie Jabberwock ici.