Tours

NKM dans la bagarre

La seule femme candidate à la primaire de la droite et du centre était à Tours vendredi.

Pantalon noir, pull rouge : ça change du costume (même celui porté sans cravate à la façon Bruno Le Maire). Ce vendredi à Tours, et comme dans toute sa campagne, Nathalie Kosciusko-Morizet fait le pari de s’affirmer comme la candidate de la primaire de la droite et du centre qui est la plus proche des priorités quotidiennes des électeurs qui devront faire un choix les 20 et 27 novembre. Dans son (court) discours à l’Hôtel de Ville de Tours, pas un mot sur l’immigration, pas de longue liste de petites phrases (elle a quand même glissé que François Hollande était « un cauchemar » et souligné qu’elle était ingénieur quand nombre de ses concurrents sortaient de l’ENA). Dans son propos, il n’y avait pas non plus de catalogue de propositions, plutôt un axe : la redéfinition de la notion française du travail.

« Je n’en peux plus que l’on parle du burkini, de Bayrou, des Gaulois… J’ai des enfants. La question que je me pose est plutôt : est-ce qu’ils sont en sécurité ? Qu’est-ce qu’ils vont apprendre à l’école ? C’est la réalité de la vie, et j’ai l’impression que les politiques restent à l’écart de la transformation de la société comme s’ils étaient figés dans une éternité sublime » énonce l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy devant une centaine de personnes (dont des élus de la ville qui la soutiennent comme Christophe Bouchet, Julien Alet, Jacques Chevtchenko, Barbara Darnet-Malaquin…).

Un peu plus tôt en conférence de presse, elle râle : « j’ai bataillé pour imposer des thématiques lors du débat télévisé de jeudi soir. J’aurais voulu parler de l’Europe, de l’écologie, de l’éducation. Finalement, on a seulement parlé un peu d’éducation. On aurait pu évoquer la santé dont on ne parle pas du tout dans cette campagne. » Loin d’être la favorite des sondages, NKM a donc son combat : recentrer la discussion en imposant « l’agenda de la société, des Français. On a des débats d’un autre âge. Aujourd’hui, la première chose dont parle un maire rural c’est de la fibre optique, car il a peur de ne pas être relié aux nouveaux services d’e-santé ou de l’administration. La question maintenant c’est comment on transforme la modernité en opportunités ? Moi je veux que le télétravail fasse vivre nos communes. »

Reprochant à ses concurrents de « courir à travers ce que l’on aurait dû faire et ce que l’on a pas fait », Nathalie Kosciusko-Morizet tranche : « certaines idées évoquées dans cette primaire, ça fait 20 ans qu’on en parle. Si elles n’ont pas été mises en place, c’est qu’il y a une raison. Quand le monde change ça fait peur mais ça ne sert à rien de ne pas le regarder en face. » Alors que propose-t-elle ? D’abord un statut du travailleur indépendant : « son émergence est un fait majeur. Est-ce que c’est une chance ou pas ? Ca ne sert à rien de discuter trop longtemps. En Grande Bretagne 1 million d’emplois ont été créés. Est-ce qu’on veut passer à côté ? » Dans son schéma, NKM plaide par exemple pour laisser le choix aux indépendants entre une protection sociale par le régime général ou le privé.

La candidate parle aussi de la retraite : « c’est indispensable de repousser l’âge de départ à 65 ans. Mais ce qu’il faut c’est réformer tout le système, créer une retraite à points qui sera plus juste, où chacun pourra faire ses choix » pour en finir par exemple avec les régimes spéciaux ou ceux qui partent à 50 ans avec des retraites à taux plein, résume l’élue parisienne qui propose aussi de ne plus avoir une réglementation unique sur la durée du travail en France mais des négociations par entreprise (on est proche de l’esprit de la dernière loi Travail…). Poussée à évoquer la question de l’immigration par une question du public, NKM aimerait enfin que les demandeurs d’asile puissent travailler mais seulement « dans les métiers en tension. » Des propositions moins radicales que certains de ses concurrents, amenées avec un esprit plus consensuel. On a là une candidate qui n’est pas issue de la droite dure, mais qui n’est pas forcément aussi centriste qu’elle en a l’air…

Olivier COLLET