Tours

A Tours, Bruno Le Maire séduit la droite

Soutenu par plusieurs élus locaux, le candidat à la primaire Les Républicains était en meeting à la mairie.

Il y a deux ans lors de la campagne qu’il menait pour prendre la tête de feu l’UMP, Bruno Le Maire était passé par la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Tours. Faute d’avoir été élu (c’est Nicolas Sarkozy qui a pris le job), l’ancien ministre de l’agriculture repart au charbon pour la primaire de la droite et du centre des Républicains en vue du scrutin suprême de 2017, et forcément il revient à Tours. Il sait qu’ici il est toujours bien accueilli, le maire Serge Babary ne cessant de rappeler que c’est grâce à son meeting lors des municipales de 2014 qu’il a récupéré le bureau de Jean Germain. Aujourd’hui, « BLM » se compare à « Serge », espérant être « celui qu’on ne voit pas venir. Il arrive que David gagne contre Goliath. Voire contre 2 Goliaths » (référence à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé).

C’est donc dans une salle comble, posté sur un sticker à son nom collé au centre du parquet, que Bruno Le Maire a lancé son opération séduction. Son staff de campagne est au taquet, distribuant le merchandising coloré. La sécurité est aussi aux aguets, extirpant un opposant en 5 secondes chrono lorsqu’il veut prendre la parole, lui laissant à peine le temps de prononcer plus d’une phrase. Sans veste ni cravate (contrairement à 2014), Bruno Le Maire se met en scène, répète encore et encore qu’il est le candidat du « renouveau » : « il est temps que vous choisissiez des hommes et des femmes du XXIème siècle » dit-il, mais ses recettes qui se veulent progressistes manquent parfois d’esprit de vivre-ensemble.

Ainsi, Bruno Le Maire le martèle haut et fort et se fait applaudir vigoureusement : « supprimons tous les régimes spéciaux de retraite.  (…) Tolérance zéro pour la petite délinquance, faisons en sorte que ceux qui sont condamnés à des peines de prison fassent de la prison. (…) Il faut incarcérer les terroristes de manière préventive. (…) Privatisons Pôle Emploi. (…) Rendons facultative l’élection d’un représentant du personnel dans les entreprises qui comptent plus de 10 salariés car c’est pour ça que beaucoup de patrons hésitent à embaucher une 11ème personne. (…) Il faut supprimer le collège unique. » Autant de propositions choc, issues selon lui de ses entretiens menés pendant 4 ans sur le terrain avec les Français.

Le Normand va même jusqu’à remettre en cause le SMIC pour remettre au travail les bénéficiaires du RSA. Il propose ainsi que des entreprises puissent, « pendant un temps donné » embaucher à temps partiel en dessous du salaire minimum, sachant que le salarié continuerait à recevoir un complément d’aide sociale. Un système qu’il veut d’ailleurs réformer en proposant une aide unique équivalente à 60% du SMIC. Quant aux jours de carence, il en veut pour tout le monde, y compris dans la fonction publique.

Dans son discours tourangeau, le candidat qui pourrait faire belle figure au premier tour de la primaire des Républicains le 20 novembre prochain a aussi évoqué plusieurs idées que l’on qualifiera de « populaires » ou « dans l’air du temps » : baisse de la CSG pour augmenter les salaires, promesse de ne pas augmenter les impôts ni de créer de nouvelle taxe pendant 5 ans s’il accède à l’Elysée, retour aux effectifs de police et de gendarmerie de 2007 et augmentation du budget de l’armée pour qu’il atteigne 2% de la richesse nationale. Des mesures qui coûtent à l’Etat. En revanche, Bruno Le Maire n’a jamais dit comment il comptait faire des économies pour les financer.

Au final, sur l’échiquier politique de la droite, Bruno Le Maire apparait bien plus proche d’un Nicolas Sarkozy que d’un Alain Juppé, notamment lorsqu’il propose de rétablir la double-peine pour les étrangers, à savoir condamnation + expulsion du territoire. Idem lorsqu’il propose un nouveau référendum sur le projet européen… Il se montre enfin totalement fermé à l’idée de l’ouverture politique aux gens de gauche. Un candidat qui dit avoir beaucoup écouté pendant 4 ans mais qui marche aujourd’hui droit dans ses bottes. Il en est parfois devenu clivant.

Olivier COLLET