Tours

« Divines » : une bande de filles qui brille

Le film, en partie financé par la région Centre-Val de Loire et primé à Cannes, sortira le 31 août.

On avait vu Tout ce qui brille, et on avait apprécié cette comédie racontant l’histoire de deux jeunes femmes de banlieue parisienne rêvant de strass et de paillettes… On avait vu Bande de Filles, et on avait adoré ce conte moderne et tellement naturel de Céline Sciamma. Et puis il y a eu Divines. Avant même de le voir, on savait qu’on avait de grandes chances d’apprécier ce premier long métrage d’Houda Benyamina, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et reparti du festival avec la Caméra d’Or et une punchline culte sur la scène du Palais des Festivals : « ce film a du clito ! »

En partie financé lors de la réécriture de son scénario par Ciclic, le programme de soutien du cinéma piloté par la région Centre-Val de Loire (50 projets accompagnés chaque année en 20 ans, dont 3 primés sur la croisette cette année, un cru exceptionnel), Divines raconte l’histoire de deux amies unies pour la vie. Elles vivent en banlieue, l’une d’elles habite même dans un camp de roms. Au début on les voit tenter une formation d’hôtesse d’accueil mais tout s’arrête très vite. Dounia et Maimounia rêvent de grandeur, d’argent, de reconnaissance. Alors quand la malicieuse Dounia trouve le moyen de taper dans l’œil d’une dealeuse de drogues reconnue, crainte et respectée, elle voit venir l’espoir, celui de réaliser tous ses rêves.

Débrouillarde, culottée, énergique, la jeune Dounia gravit les échelons et réussit à se relever après chaque échec, après chaque coup essuyé (au sens propre comme au figuré), et notamment grâce à l’amitié. L’argent l’aide, mais le bonheur ne suit pas. Sa vie de famille lui fait honte et l’amour qu’elle porte à un danseur se vit cachée dans les coulisses d’une salle de spectacle, à plusieurs mètres de haut. Atteindre le sommet sans pour autant réussir à profiter de la vue : telle est la vie de Dounia et Maimounia, attirées comme un aimant pour en obtenir toujours plus sans forcément mesurer les connaissances et au risque de se brûler les ailes.

Diabolique mais réaliste, Divines est un film profondément humain, qui sait nous faire passer par tous les sentiments en 1h45, nous prend aux tripes, questionne notre morale, triture notre cœur. Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena portent magistralement cette œuvre du haut de leur jeunesse, de leur naturel, de leur caractère et de leur innocence. On a jamais vraiment vu de film réussissant à rendre enviable un baiser dans un rayon de supermarché plongé dans le noir, et pourtant celui-ci y parvient.

"On a lâché une bombe"

On a pu rencontrer les deux actrices principales ce mercredi soir à Tours dans le cadre d’une avant-première organisée aux Studio. Elles ont raconté leur parcours, le long processus qui a mené à ce film encore en mixage (sa sortie est prévue le 31 août). Oulaya avait déjà quelques tournages sur des courts métrages à son actif, Déborah s’est retrouvée là « par un coup du destin » en répondant à une annonce et elles se sont embarquées dans une aventure à tous points de vue, rien que le casting a duré 9 mois : « on pouvait être bonnes ou mauvaises mais pas médiocres. Houda ne l’acceptait pas » confient-elles.

Les deux jeunes femmes évoquent un tournage « très dur », Oulaya se souvenant par exemple que la réalisatrice lui a demandé de dormir dans un camp de roms pour s’identifier à son personnage. Elle explique aujourd’hui avoir énormément mûri, « j’ai pris 10 à 20 ans », plaisante-t-elle-même : « j’ai appris la boxe, à faire du scooter, des cascades... Houda voulait connaître nos limites. On est des guerrières. C’est un film qui a la rage. » Un film féministe, aussi. Et ce qui est agréable, c’est que le trait n’est pas forcé. La chef de gang, les dealeuses… Tout est naturel à l’écran, et c’est là la meilleure façon d’intégrer dans la tête des gens que les mentalités évoluent : « c’est des inversions de codes auxquels le cinéma n’est pas habitué mais il va falloir faire avec » glisse Déborah, fière de sa remarque.

« C’est un film qui montre une France sans voile, qu’au XXIème siècle y’a encore des camps de roms, des gens qui vivent dans la misère… Mais c’est aussi une comédie, un mélange. C’est une bombe qu’on a lâché » explique Oulaya, et son amie complète : « le thème c’est aussi l’humain face à ses contradictions, que l’humain peut être son propre ennemi. Ca se passe en banlieue mais ça aurait pu être n’importe où : dans le XVIème, en Turquie… On est face à des dilemmes… et on en paie les conséquences, ou non. Ce qui est dépeint c’est la réalité : pour la plupart des personnes l’argent est présenté comme un but ultime à atteindre alors que ce n’est pas essentiel. Ce film parle de personnes qui se trompent d’objectif. »