Tours

Jabberwock, la compagnie tourangelle qui voyage

Québec, Angleterre, Tchéquie, Liban… Didier Girauldon conçoit et emmène ses projets de théâtre partout dans le monde, en multipliant les collaborations.

Il aurait pu virer vers la médecine ou le journalisme, mais le théâtre l’a happé avant. Didier Girauldon est Tourangeau depuis sa naissance en 1980 mais il passe désormais moins de temps sur les bords de Loire, emporté par ses projets scéniques avec sa compagnie, Jabberwock. Quand on le rencontre, il arrive du Québec et se prépare à repartir pour Londres, ce qui ne l’empêche pas de rester très attaché à la Touraine et d’y mener de nombreuses actions, notamment liées à l’éducation dans les lycées Descartes et Grandmont de Tours ou Jean Monnet à Joué-lès-Tours.

Le lycée, justement. C’est là que Didier a découvert le théâtre « à 16 ans, par hasard. J’étais en 1ère S et je me suis réorienté en L. » Puis c’est la fac, la maîtrise de langues, mais la scène toujours au premier plan : « j’ai été embauché en tant que comédien au bout d’un an alors que je n’aurais jamais pensé en vivre. Je suis parti en Angleterre : 1 an au Royal Holloway de Londres mais aussi à Edinburg. Et aujourd’hui encore je mène des projets an anglais. L’Angleterre m’a ouvert les yeux sur la façon de faire. »

Celui qui ne voit pas du tout l’enseignement comme une fin de carrière pour les professionnels du théâtre s’est également très vite essayé à l’exercice : au conservatoire de Tours ou encore au département Théâtre de l’école de musique d’Amboise, à partir de 2005. Parallèlement, Didier Girauldon tourne avec les Gueuribands pendant une dizaine d’années (ce qui les amènera notamment à jouer à la Tour Eiffel). Depuis chacun vole de ses propres ailes (notamment au sein de la Lazy Company) « mais on travaille toujours ensemble sur certains projets » précise l’acteur et metteur en scène.

En 2011, alors qu’il débute à la direction du théâtre universitaire tourangeau, Didier fonde la compagnie Jabberwock et poursuit sur sa lancée, c’est-à-dire les yeux tournés vers le monde en s’entourant de talents différents : « j’ai toujours été intéressé par le travail des artistes internationaux. » Alors il collabore avec des Londoniens, un metteur en scène québécois, une auteure roumaine, voyage en Tchéquie, au Danemark, en Suède, en Italie… Récemment, il a exporté à Montréal sa création Fratrie présentée en 2014 au Théâtre Olympia et jouée à 17 reprises de l’autre côté de l’Atlantique. Une sacrée logistique puisqu’il a notamment fallu transporter l’imposant décor du spectacle par bateau. Sur place, le travail du Tourangeau semble avoir marqué les esprits puisqu’un nouveau projet pourrait naître avec le Québec d’ici deux ans.

Ce qui anime également Didier Girauldon en ce moment c’est La fonction de l’orgasme. Cette conférence-spectacle créée avec Constance Larrieu sera à découvrir sur la scène de La Pleïade à La Riche le 20 mai prochain : « c’est un texte d’un élève de Freud et l’on y parle sérieusement d’un sujet essentiel » explique le metteur en scène qui ne comprend pas vraiment qu’il y ait dans cette définition de quoi susciter des réticences, jusqu’à se voir déprogrammer ailleurs : « l’orgasme, on en parle partout mais c’est encore tabou », allez comprendre...

Le dialogue, l’échange entre les hommes : voilà ce qui anime Didier au quotidien. C’est ainsi qu’il a travaillé trois ans avec des femmes rescapées de l’ouragan Katrina à La Nouvelle Orléans de 2005 à 2008 : « ça m’a permis de me forger une méthode de travail. » Aujourd’hui, il arrive au bout d’un long projet entamé il y a 4 ans avec Marc-Antoine Cyr : Paratonnères, qui a notamment pris forme lors d’une résidence de 3 mois au Liban afin de tenter de répondre à des questions existentielles mais capitales, « qui l’on est, d’où l’on vient, où on va ? » Son idée : aller sur le terrain, rencontrer des gens au Liban pour évoquer le conflit en Israël et en Palestine puis construire une pièce qui pourrait avoir du sens dans tous les pays, dans une époque où les relations humaines sont tendues de toutes parts : « ce n’est pas partisan, il y a une volonté de transcender les clivages. » A découvrir à l’automne à l’Olympia de Tours, et peut-être un jour devant un public libanais.

Olivier COLLET