Indre-et-Loire

Emmanuel Macron, ce président séduisant mais déroutant

Analyse du second tour de la présidentielle qui rend l’avenir politique très incertain. Macron réussira-t-il à inverser la courbe du vote FN ?

Emmanuel Macron élu président de la République c’était plus que prévisible vu l’ambiance de la campagne ces deux dernières semaines, les nombreux ralliements envers le candidat d’En Marche ou encore l’analyse des résultats du 1er tour. Le nouveau locataire de l’Elysée, qui va entamer un mandat de 5 ans le dimanche 14 mai prochain après la passation de pouvoir avec François Hollande, est néanmoins un président en sursis, qui sera peut-être encore plus attendu au tournant que ne l’ont été Hollande et Sarkozy, dont on se méfiera bien plus que de Jacques Chirac plébiscité en 2002 contre Jean-Marie Le Pen (plus de 80% des voix, le FN n’avait presque pas progressé entre le 1er et le second tour, alors que cette année il a presque doublé ses suffrages dépassant le seuil des 11 millions de bulletins en sa faveur).

La victoire d’Emmanuel Macron est nette et sans bavure : 69,23% selon les résultats définitifs en Indre-et-Loire, département où sa moyenne est supérieure à celle de la France et où il réalise des scores excellent à Tours (78,8%), à St-Cyr-sur-Loire (plus de 80%) et dans toute la métropole (souvent plus de 75%) ainsi que dans les grandes villes du département (70% et plus, en général). Mais ces résultats en cachent d’autres. Déjà toutes ces petites communes rurales de quelques centaines d’habitants où Marine Le Pen a été, certes d’une courte de tête, préférée à l’ancien ministre de l’économie (Rillé, Marigny-Marmande, Continvoir…). Avec 89 435 voix, la candidate frontiste réalise un score inédit à l’échelle du département et n’a pas seulement rallié à sa cause les soutiens de Nicolas Dupont-Aignan (seul candidat parmi les 9 éliminés du 1er tour à la soutenir).

Par ailleurs, autre épine dans le pied d’Emmanuel Macron, cette abstention conséquente : 22,97% à l’échelle de la Touraine (un peu plus mobilisée que la moyenne nationale). Pour la première fois, il y a eu moins d’électeurs au 2ème tour qu’au 1er tour et c’est très net : 4 points d’écart (18,56% d’abstention le 23 avril). De plus, alors qu’il n’y avait qu’1,78% de bulletins blancs il y a 15 jours, cette fois on en dénombre 8,99% sur toute la Touraine, soit 29 683 électeurs qui n’arrivent pas à faire leur choix. C’est tout simplement du jamais vu. Au total, près de 130 000 Tourangeaux inscrits sur les listes électorales ont refusé de trancher (+10 000 bulletins nuls). C’est presque une personne sur 3. Certains regardent ainsi le score d’Emmanuel Macron par rapport au nombre d’inscrits, et il tombe à 46,92% (20,86% pour Le Pen). Oui, il n’est pas majoritaire.

Donc ce dimanche soir, la France a élu le 8ème président de la Vème République, un président au profil jeune et novateur, mais un président qui n’inspire pas de grande confiance, qui intrigue, inquiète, révulse. A l’issue d’une campagne désastreuse, mettant en avant les scandales et la forme plus que le fond, voilà le pays avec un chef d’Etat dont on se demande bien comment il va réussir à mener sa barque. Lui-même ne le sait peut-être pas, d’ailleurs. Depuis le château, il va devoir manœuvrer pour obtenir un maximum de députés lors des élections législatives des 11 et 18 juin et avoir un gros groupe à l’Assemblée Nationale, à défaut d’une majorité absolue qui semble difficilement atteignable.

La France est fracturée électoralement. Pas forcément déboussolée car beaucoup sont sûrs de leurs convictions, mais éclatée. Emmanuel Macron va devoir faire en sorte de lui trouver un maximum de points communs, de faire la synthèse. Mais c’est peut-être finalement ce que l’on attend d’un président : qu’il sache donner un cap, une voie, qu’il soit au-dessus de la mêlée quand Nicolas Sarkozy dirigeait sa majorité et que François Hollande tentait de ne pas perdre la sienne.

Là, si le candidat d’En Marche n’a pas les mains libres avec le parlement (ce qui encore une fois est très probable), il sera obligé de créer des consensus pour réussir à faire des réformes. La France a du mal avec ce genre de démarche, dans notre pays où les débats peuvent vite durer des mois voire des années. Mais si les Français veulent vraiment du changement politique et que leurs futurs parlementaires savent se bouger pour être à la hauteur de l’enjeu, peut-être que l’on peut assister à une vraie recomposition ?

La tâche parait ardue, les vieux partis et les grandes gueules politiques (soutiens de Mélenchon et Le Pen), feront sans doute beaucoup de bruit pour tenter de parasiter officiellement ou officieusement ce type d’ambition. On sera sûrement encore et encore en campagne permanente, les yeux tournés vers 2022. Mais on peut aussi choisir de mettre sa fierté de côté et de penser à faire avancer les choses une bonne fois pour toute. Que l’on soit ou non derrière Macron. Dans son discours au Louvre Emmanuel Macron a dit qu’il voulait donner aux électeurs de Marine Le Pen de bonnes raisons de ne plus voter en faveur de l’extrême droite. Hollande voulait inverser la courbe du chômage, Macron celle du FN. Pas sûr que cette entreprise soit moins facile.

Olivier COLLET