mercredi 30 novembre, 2022

Grève des médecins : il n’y a pas que le problème du tiers payant

Une manifestation du monde médical est prévue ce jeudi matin à 10h devant l’ancienne permanence de Marisol Touraine à Montbazon.

Ca fait deux mois que ça dure : les médecins s’opposent au projet de loi santé de Marisol Touraine et les jours de grève avec nombreuses fermetures de cabinets se sont multipliés. Ce jeudi a ainsi été décrétée journée « santé morte » par l’intersyndicale des généralistes de la région Centre-Val de Loire alliée aux internes. Deux manifestations sont prévues : 10h à Montbazon puis 15h devant l’Agence Régionale de Santé en attendant un grand rassemblement parisien le 15 mars.

Alice Perrain est la présidente du syndicat de médecins MG37 en Indre-et-Loire et elle est « désolée » que le gouvernement n’ait toujours pas compris pourquoi il y avait cette mobilisation : « ils ont cru que c’était un caprice des médecins, que l’on voulait plus d’argent. Ils n’ont pas compris qu’il y avait une réelle inquiétude vis-à-vis de notre système de santé. Pour que les médecins ferment leurs cabinets en pleine période de grippe, c’est qu’ils sont vraiment désespérés ». Selon elle, le fait que le débat médiatique ait surtout tourné autour de la généralisation du tiers payant a joué : « mais le tiers payant, on le pratique déjà de façon massive. On y est pas opposés, on veut juste ne pas passer plein de temps à aller chercher de l’argent ». A propos d’argent, une autre revendication a été beaucoup évoquée : la consultation à 25€ au lieu de 23. « Certes c’est une des moins chères d’Europe mais ce n’est pas le fond du problème » avance Alice Perrain.

Les vaccins en pharmacie ? « trop compliqué »

Ce que veut dire la syndicaliste d’MG37 c’est qu’il y a une absence de prise en compte des propositions des médecins pour faire changer les choses : « On a notre avis à donner sur l’évolution des soins. Des initiatives marchent, on a des idées mais au moment de réformer le ministère pond une loi déconnectée de la réalité ». Un exemple : demander aux pharmaciens de faire les vaccinations dans leurs commerces. « Ca part d’un bon constat, celui que les médecins n’ont pas assez de temps pour voir tout le monde. Mais au final ça va compliquer les choses car nous allons toujours devoir vérifier les mises à jour des vaccins sans les prescrire ni les faire. Ce sera difficile de récupérer les informations. De plus, les pharmaciens n’ont pas de pièce isolée pour le proposer. Ils ne vont pas faire ça en plein milieu de leurs officines ! ».

Des jeunes pas motivés par la médecine en libéral

Un autre sujet problématique selon Alice Perrain : le manque de médecins et notamment de jeunes. « La région Centre est la deuxième région la plus sinistrée en terme de démographie médicale. Et malgré la Fac de médecine, l’Indre-et-Loire n’est pas épargnée. C’est compliqué de trouver des médecins, les jeunes ont tendance à préférer le confort du salariat ». La commune de St-Pierre-des-Corps est particulièrement concernée : « d’ici 2-3 ans on sera dans une situation très très critique suite au départ à la retraite de certains praticiens. La mairie ne veut pas s’en occuper, elle a refusé que les médecins achètent un terrain pour construire un cabinet neuf alors que ceux de la commune ne sont pas accessibles pour les personnes handicapées. Ce serait pourtant un argument pour attirer des jeunes ! Il faut que les médecins et les élus se mettent autour de la table pour voir ce qu’il est possible de faire car quand il n’y aura plus personne, ce sera à la population de se débrouiller ».

Les médecins veulent embaucher

La dernière doléance dont nous a fait part Alice Perrain du MG37 est sa demande d’une aide de l’Etat pour que les médecins puissent recruter du personnel administratif, ce qu’elle appelle un « forfait structure » : « 50% des cabinets n’ont pas de secrétaire, 50% n’ont pas de femme de ménage. Imagine-t-on un hôpital où les médecins devraient faire le ménage ? Ca parait dingue. Si on veut pouvoir rapidement dégager du temps aux médecins pour voir des patients il faut qu’ils puissent s’épargner des tâches administratives. Mais en zone rurale où ils sont seuls ou deux c’est difficile. Organiser des secrétariats mutualisés une sorte de support logistique, serait intéressant. »

Olivier COLLET

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