Les critiques sur la gestion du personnel au CHU de Tours sont régulières. Celles-ci viennent généralement des syndicats de l’hôpital. Mais en ce mois de mai 2026, la fronde vient d’un acteur plus inattendu : le Diocèse de Tours, autrement dit les représentants locaux de l’église catholique qui dénoncent la décision unilatérale de la direction de « supprimer les 4 postes d’aumôniers » du complexe hospitalier.
Les aumôniers ce sont des personnes spécialement formées pour rendre visite aux malades. Pour de simples moments de discussion, des échanges spirituels, voire des baptêmes ou des sacrements. Leur laisser ces accès est d’ailleurs imposé par la loi, les citoyens devant avoir possibilité d’accès aux cultes dans les lieux où ils ne sont pas libres de leurs mouvements (cela vaut aussi pour les prisons). « On nous dit souvent ‘Ah, voilà l’équipe qui fait du bien’ » explique Catherine, qui a occupé ce rôle.
« Il n’est pas rare que l’on intervienne auprès de bébés qui vont mourir ou de personnes en fin de vie » note Dominique Buzoni-Gatel, responsable de la Pastorale et de la santé du Diocèse. Elle dénombre 8 000 contacts par an sur les différents sites de l’hôpital, et 40 000 dans toute l’Indre-et-Loire (des aumôniers sont aussi présents à Loches, Chinon, Amboise ou dans les cliniques de Chambray-lès-Tours et St-Cyr-sur-Loire). « Ce sont plutôt des chiffres en augmentation » ajoute-t-elle, avec 80% de visites et 20% d’interventions cultuelles.
« Nous assurons une présence 24h/24 et 7 jours sur 7 » met encore en avant Dominique Buzoni-Gatel. C’est-à-dire qu’un planning d’astreintes est fourni à l’hôpital afin de savoir qui appeler peu importe l’heure, peu importe le besoin ou la confession. « Nous intervenons régulièrement auprès de personnes musulmanes » pointe la responsable des instances religieuses.

Ces 4 postes représentent 2,5 emplois en équivalent temps plein. Le recrutement incombe au Diocèse, de même que la formation (un DU obligatoire pour exercer). Cela représente « une enveloppe de 10 000€ par an » nous dit-on, incluant aussi les remboursements de frais kilométriques. En revanche les salaires sont historiquement pris en charge par le CHU, ce qui représente environ 80 000€ par an (pour 2,5 SMIC avec les charges). Mais, désormais, les départs en retraite et fin de contrats cesseront d’être renouvelés : le premier dès le 1er juin, un autre le 1er juillet, un 3e au 31 décembre et le 4e fin 2027.
« On comprend que la décision puisse être budgétaire mais elle se fait sans concertation et au détriment des patients » s’agace Dominique Buzoni-Gatel qui regrette de ne pas avoir eu de véritable échange avec les instances hospitalières. Elle dit ainsi avoir imaginé un plan B pour garder au moins un équivalent temps plein.

Sans ça, « notre mission perdrait du sens, on ne pourrait plus gérer les urgences. Cela revient à nous couper la tête » peste le Diocèse de Tours qui aurait des candidats pour prendre la suite des personnes en poste, mais pas assez de bénévoles pour assurer toutes les missions : « Il nous en faudrait au moins 60 » estime Dominique Buzoni-Gatel qui demande donc un geste du CHU, même s’il n’est pas légalement tenu de financer ce dispositif. « On sentait le vent venir, mais la méthode est cavalière ».
Contacté, l’hôpital n’a pas répondu à Info Tours. Il a néanmoins réagi auprès de France 3, assumant son incapacité financière à prolonger l’accord actuel mais se disant prêt à échanger pour chercher des solutions.



