On croit voir un cube mais ce n’est pas un cube.
Pas du tout même.
On a beau le savoir, l’œil n’arrive pas à se défaire à l’idée que c’est un cube. En plus l’œuvre se nomme La Terre. Une Terre qui ressemble à un cube.
Rien ne semble aller mais ce n’est pas si perturbant.
Cette planète bleue carrée qui tourne sur elle-même est l’une des œuvres de la nouvelle exposition du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré de Tours, visible jusqu’au mois de janvier dans la galerie noire.
Une dizaine d’artistes sont réunis dans cet espace sombre, au rez-de-chaussée du bâtiment. Des créateurs et créatrices venant des Etats-Unis, de Hongrie, de Lituanie… Leur point commun : avoir travaillé en résidence à l’Atelier Calder de Saché, au sud de Tours. Un lieu d’accueil artistique imaginé par le peintre et sculpteur américain Alexander Calder dont on commémore cette année le 50e anniversaire de la disparition. Dès le mois d’octobre, tout un cycle d’événements est programmé pour lui rendre hommage.
Avec l’exposition L’idée des corps célestes – en référence à une citation de Calder de 1943 – le centre d’art du haut de la Rue Nationale de Tours interroge notre rapport au temps, à l’espace, à la lumière où à la gravité. De manière surprenante, on se laisse hypnotiser par les différentes pièces présentées comme cette bande magnétique en lévitation sous un ventilateur (une œuvre bien de saison en pleine canicule).

Il y a aussi cette vidéo d’une heure en plan fixe où l’on découvre un horloger en train de reconstituer une montre. Ou ses cubes en néon qui s’illuminent tour à tour dans une symphonie régulière et addictive.

Et puis la pièce maîtresse c’est une œuvre de 2012 signée de l’architecte expérimental Marc Fornes, à découvrir dans la grande nef. Une structure en aluminium à l’aspect champignonesque dans laquelle on peut pénétrer. Conçue à l’aide d’un logiciel, assemblée avec minutie en réunissant de petites plaques perforées, elle n’a été que peu présentée au grand public, essentiellement conservée dans les collections du FRAC Centre-Val de Loire (quasiment tout le contenu de l’exposition vient de fonds publics, notamment du Centre Pompidou de Paris).
Stockée en 17 parties à refixer ensemble tel un puzzle, DAW / Double Agent White se transporte dans une petite caisse d’1m3 et se déploie à Tours jusqu’au 13 septembre seulement. Un module majestueux pour les néophytes, mais un petit format pour l’’Alsacien désormais établi à New York, habitué à concevoir des installations pour les parcs, ou à imaginer des porches et halls de bâtiments.



Ici, il multiplie les clins d’œil aux mathématiques et à la géométrie, quand – en écho – la galerie noire se joue de la gravité ou du rapport au temps. C’est subtil, grâcieux. Et un conseil : venez plutôt le matin. Pas tant pour la fraîcheur, que pour profiter d’un meilleur éclairage dans la nef. On nous garantit que le jeu d’ombres est assez sublime…
Olivier Collet




