Situé à Cravant-les-Côteaux, au sud de Tours, le domaine de la Semellerie est une maison familiale depuis 1969. « Mon grand-père vient toujours donner un coup de main » explique Kevin Delalande qui dirige l’exploitation de 50ha avec son père Fabrice, 2 salariés à plein temps, une secrétaire… et depuis peu une commerciale dont l’objectif est de redynamiser les ventes de l’entreprise.
« La conjoncture est compliquée, la consommation baisse un peu partout et le marché de la bière prend de plus en plus de place » explique le vigneron qui cherche des solutions pour écouler une production annuelle moyenne de 2 000 hectolitres de vin, en grande partie issus du cépage cabernet-franc (avec aussi un peu de chenin pour du blanc, et bientôt syrah, encore en élevage et qui sera prêt pour 2027).
Ne souhaitant pas rester passif face aux difficultés, Kevin Delalande a entrepris une réaction : préparer un spritz chinonais à partir du cabernet franc qu’il travaille en méthode traditionnelle. « J’ai vu que la consommation de spritz augmentait, mais tout ça ne vient pas de France alors il fallait qu’on innove pour en faire ». Et après presque 2 mois de tests, il a trouvé une recette composée à 84% de vin, du concentré d’orange et quelques ingrédients qui restent mystérieux.
« Au lieu d’acheter 3 bouteilles, on en a une seule. Le spritz est prêt à servir » argumente le vigneron qui la vend 9€50 les 75cl contre environ 6€80 pour sa méthode traditionnelle, « mais on y passe beaucoup plus de temps » note-t-il pour expliquer cette différence.
Dans un premier temps, 2 000 bouteilles ont été produites et 1 200 autres seront remplies au mois d’août à destination de la cave du domaine, de supermarchés de Fondettes et Chinon mais aussi de petits restaurants « qui n’ont pas beaucoup de personnel et qui n’ont pas le temps de préparer du spritz ». Si l’essai est transformé, Kevin Delalande prévoit déjà de confectionner 20 000 bouteilles en 2027.
« Quand on goûte, ça se rapproche très fortement du spritz traditionnel, c’est juste un peu moins sucré » souligne l’entrepreneur qui a fait plusieurs tests avant d’aboutir au produit fini. Et même s’il dévie un peu de son métier originel, il insiste : « On reste dans l’éthique du vigneron. On ne fait plus ce métier comme il y a 50 ans où le vin se vendait automatiquement, il faut s’adapter à ce que cherche la clientèle. »
D’ailleurs, Kevin Delalande envisage déjà d’adapter la recette pour en faire baisser le taux d’alcool, actuellement à 12,5%. Là-encore en réponse à une tendance à davantage de modération sur sa consommation.
Olivier Collet


