samedi 10 décembre, 2022
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Un après-midi d’errance à Monconseil

Visite de ce quartier qui cristallise les débats sur l’urbanisme à Tours et rencontre avec ses habitants.

Ce mardi soir, le conseil municipal de Tours s’est enflammé quand l’ordre du jour s’est arrêté sur le quartier de Monconseil. Tandis que l’opposition défendait le concept novateur de ce quartier créé lorsqu’elle était encore aux affaires, la nouvelle municipalité l’a notamment qualifié « d’archaïque » par la voix de Xavier Dateu, élu de Tours Nord. Et ce n’était pas la première fois que la majorité municipale tirait à boulets rouges sur la façon dont « l’écoquartier » est sorti de terre. Au printemps, le maire Serge Babary disait ceci : « il faut remettre de l’ordre, respecter l’harmonie architecturale. C’est parfois n’importe quoi et traumatisant pour les habitants. »

Pour ses critiques, l’équipe Babary se base sur les retours des Tourangeaux. Le maire affirme ainsi que sur un site de questions en ligne, 80% des interrogations qui lui sont transmises portent sur Monconseil. Mais au fait, c’est vraiment si terrible là-bas ? Malgré la pluie fine de ce jeudi après-midi, nous y avons été. C’est pratique, le tram s’arrête en plein milieu, devant la Halle Monconseil où l’UTBM joue notamment au basket. Premier constat : c’est calme, très calme, très très calme… Nous ne sommes que deux à descendre de la rame et il n’y a personne qui attend sur le quai d’en face. On ouvre nos oreilles : silence radio, ou presque. Un murmure de voitures au loin, et le bruit des grues qui continuent à ériger des immeubles dans ce quatier où se concentre l’essentiel des nouvelles constructions tourangelles (avec les Deux-Lions).

On commence à marcher. Sur notre gauche, une friche verte totalement inhospitalière. Sans doute vouée à accueillir des immeubles un jour. Ou un parc ? Ce serait bien un parc dans un écoquartier… A quelques mètres de l’arrêt de tram, un carrefour avec des feux tricolores qui clignotent. Il n’y a que peu de trafic alors pour l’instant ils ne servent à rien. Mieux, l’un d’eux a été installé face au terrain vague, pour le jour où la route sera prolongée. C’est beau de prévoir.

Les rues s’enchaînent. Paisibles. On se croirait presque à la campagne avec les maisons construites avant la folie des immeubles. Quelques voitures passent, c’est la fin de la pause déjeuner. Dans un jardin, une fontaine coule doucement. On remarque une grande maison avec des lions pour décorer les piliers du portail. Instant « sauvage » d’un quartier bien sage à l’architecture souvent grisonnante et complétement désordonnée. Sérieusement, c’est quoi ces maisons qui ressemblent à des préfabriqués ? On a cru un instant passer devant une société de gardes-meubles mais non, c’est bien des habitations.

 

Heureusement, d’autres bâtiments sont un peu plus élégants : la maison de retraite ou certains immeubles avec des pans de bois. Mais souvent, les murs ternes alourdissent l’ensemble et donnent au quartier un look morne à peine réveillé par les fantaisies colorées de certaines constructions voisines. Jouxtant un chantier bruyant, un petit parc avec des jeux pour enfants. Beaucoup d’herbe, pas de petit chemin pour y accéder et une route au goudron récent mais déjà tout défoncé. Ca fait floc-floc.

Alors que l’on passe devant le verger où l’on nous invite à venir cueillir pommes, poires et cerises (c’est l’hiver, il n’y a plus une feuille sur les arbres), on remarque aussi l’effort des entreprises immobilières pour nous convaincre de venir habiter ici :

Après presque 20 minutes sans croiser personne, on trouve enfin le coeur commerçant de Monconseil. Ou plutôt le fleuriste et la boulangerie. Il n’y a que ça, en attendant l’arrivée d’une petite zone commerciale en construction. Présents depuis 3 ans, ils ont plutôt l’air d’avoir trouvé leur place. Après avoir servi deux clients, la fleuriste nous explique : « nous sommes une dizaine d’employés à nous relayer avec les autres magasins de la ville dans le centre et Avenue Maginot. J’aime bien venir ici, c’est calme. On voit les gens du quartier ou les habitués du fleuriste de Maginot qui préfèrent venir ici car c’est plus simple pour se garer. Les gens discutent pas mal : il y a des clients de tous âges. » Quant à savoir si la jeune femme serait prête à habiter ici, bof : « ça manque de commerces et puis le quartier n’est pas très cohérent : les immeubles ne se ressemblent pas. »

Juste en face, à la boulangerie, 3 salariés font vivre le seul commerce de bouche de la zone. Une habitante de St-Pierre-des-Corps s’arrête « par hasard » pour acheter du pain, et la vendeuse nous donne son sentiment : « c’est trop calme ici, il n’y a pas assez de commerces… L’arrivée du centre commercial fera du bien. » L’architecture ? « C’est original… Unique… Je suis assez sceptique sur le sujet. » Heureusement, les gens sont charmants : « Ca a mis du temps, mais maintenant nous avons nos habitués dans le quartier notamment les ouvriers des chantiers. Ce qu’il faudrait aussi c’est organiser des activités. Il y a beaucoup de jeunes avec des enfants mais il ne se passe rien. » D’ailleurs, on n’a même pas vu de décorations de Noël même sur cette « artère commerçante ».

Et alors, les habitants ? Il y a d’abord cette femme qui espère bien finir par trouver quelque chose ailleurs : « ça fait trois ans que je suis locataire ici et ce n’est pas top. L’isolement est mauvais, tant pour le bruit que pour le chauffage. Et puis sans les commerces c’est compliqué pour la vie quotidienne. De plus je ne vois pas trop pourquoi on parle d’écoquartier, il n’y a même pas d’arbres. Vraiment je ne m’attendais pas à ça… » De retour près du tram, on croise une retraitée qui a vendu sa grande maison pour un 63m² tout neuf : « Il faut que je m’habitue… Le salon est dans la même pièce que la cuisine et je n’aime pas trop ça mais c’est très bien isolé. Je n’ai presque pas mis la chaudière en route. Hier mercredi, sans chauffage, il faisait 22° chez-moi. » Pour ses courses, elle préfère aller à Leclerc ou Lidl de Tours Nord et à la boulangerie de Christ Roi car c’est près du tram et elle ne veut pas trop marcher. Mais l’arrivée d’Intermarché lui plait : « ça me rappellera mes vacances en Bretagne ! »

Il y a enfin ce jeune homme qui est triste… d’avoir quitté le quartier (pour raisons professionnelles) ! « C’est un lieu facile à vivre, bien pensé. C’est calme, agréable, joli et il y a tout à proximité. L’ambiance est sympa et surtout j’avais un très bon appartement bien isolé… » Aux détracteurs de Monconseil, juré, ces propos n’ont pas été obtenus sous la torture. Même s’il y a pas mal de mécontents et beaucoup de sceptiscime à Monconseil, on y trouve donc aussi des gens heureux.

Olivier COLLET

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