jeudi 23 septembre, 2021
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Inondations : pourquoi vous devez vous intéresser à la révision du PPRI

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Ce document au nom barbare et très technique a pourtant une sacrée importance. Explications (simples).

PPRI, 4 lettres qui ne veulent peut-être rien dire pour vous, alors déjà détaillons : Plan de Prévention des Risques d’Inondations, en clair un document imaginé pour éviter que Tours ne subisse trop de dommages le jour où la Loire et le Cher décideront de sortir de leur lit. Élaboré par la préfecture d’Indre-et-Loire, le PPRI du Val de Tours et de Luynes, qui concerne donc la plus grande ville du département, regroupe au total 18 communes (St Avertin, St-Pierre-des-Corps, Joué, Rochecorbon, St-Cyr-sur-Loire, Savonnières, La Riche, Ballan-Miré, Berthenay…) et il doit être achevé d’ici le début de l’été. A l’intérieur, on trouve des règles qui détaillent notamment les zones inondables ainsi que ce que l’on a le droit d’y construire, et dans quelles conditions.

En fait un PPRI, c’est une sorte de bouclier législatif. Pour qu’on ne fasse pas n’importe quoi comme construire une maison qui se retrouvera sous l’eau à la première crue venue, mettant en danger ses habitants. Une question de sécurité, d’assurance et de responsabilité. Mais en a-t-on vraiment besoin alors que la ville de Tours n’a pas connu de véritable inondation depuis 150 ans (en 1866) ? « Ici plus personne ne sait ce que c’est qu’une inondation pourtant chaque année il y a 1,09% de chances pour qu’une très forte crue se produise » explique Jacques Chevtchenko, premier adjoint de la ville de Tours qui suit ce dossier. Ca peut paraître peu, mais c’est toujours plus que la probabilité de gagner un million au loto. Il faut donc être préparés si jamais l’eau se met à monter car on dans ce cas-là, « on a que 72h pour réagir » complète l’élu.

On va creuser des trous dans les digues pour qu’elles ne cèdent pas

La plus grosse hantise à Tours, c’est la rupture des digues. En 1856, quand elles avaient bien craqué avec une brèche de 400m, il y a eu jusqu’à 3m80 d’eau en plein centre-ville (aujourd’hui, les commerces de la Rue Nationale seraient noyés). La Loire était alors à 7m56 (à l’heure où nous écrivons ces lignes, elle est à 3m, et à 3m40 on interdit aux voitures de se garer sur les quais). Pour éviter que ça ne recommence, depuis quelques mois déjà, un plan de renforcement des digues a été entrepris, notamment de Montlouis-sur-Loire a St-Pierre-des-Corps (parce qu’avec le temps elles se fragilisent, par exemple à cause des castors et ragondins qui creusent dedans). Sauf que cela ne suffit pas, et qu’il faut par exemple trouver une solution pour la digue située au niveau de l’A10. Si elle cède, c’est un carnage : les quartiers Velpeau et Beaujardin seraient noyés. La solution envisagée est donc de créer des espaces dans l’ouvrage afin que le trop-plein d’eau s’écoule et soit contrôlé, plutôt que de subir une grosse vague dévastatrice. Des études sont en train d’être menées pour savoir où creuser et quelle doit être la largeur des trous. « On regarde quand la digue peut rompre et pour quelles raisons » détaille Jacques Chevtchenko : « il ne faut pas croire qu’une digue de 4m protège Tours si l’eau monte à 3m80. »

Concernant la ville elle-même, il s’agit de remettre les normes de construction au goût du jour parce que dans ce domaine on n’a rien fait ces 15 dernières années. Et depuis 2001 « il y a eu les inondations en Europe de l’Est suite auxquelles on s’est rendu compte que l’on ne prenait pas en compte tous les éléments » ajoute Jacques Chevtchenko. Ces règles d’urbanisme, elles sont établies par rapport à la plus haute inondation connue (donc 3m80 dans le cœur de ville), en espérant que ce ne sera pas pire si jamais il se passe un truc. Grâce à des logiciels informatiques, des projections ont été faites : « si la digue du canal rompt, en 12h, on est inondés » lâche Jacques Chevtchenko.

Des règles de construction drastiques

Pour limiter les dégâts, la solution consiste à créer des couloirs dans lesquels l’eau s’engouffrera. Au lieu de rester statique entre les habitations, elle s’écoulera et mécaniquement son niveau sera moins élevé. Ces « zones d’écoulement préférentielles » c’est les boulevards Heurteuloup et Béranger, la Rue Edouard Vaillant ou encore la Rue Blaise Pascal, des zones où il vaut mieux ne pas construire. Le problème, c’est que la mairie de Tours à des projets dans ces coins-là, notamment la rénovation du quartier du Sanitas. Or, aujourd’hui, le projet de PPRI de la préfecture durcit drastiquement les règles de construction.

Dans ces zones d’écoulement préférentielles, on ne peut pas construire des bâtiments dont la surface est supérieure à un certain nombre de m² et il faut aussi respecter tout un cahier des charges quand on veut faire des travaux (prévoir par exemple des pièces « refuge » à 3m80 au-dessus du sol avec des issues de secours). « Cela risque d’empêcher des projets de rénovation alors que certaines habitations sont anciennes » déplore Jacques Chevtchenko qui, pour éviter un statu-quoi et un blocage des chantiers, essaie d’obtenir des services de l’Etat une modification du projet, histoire que les normes soient moins sévères. Pas pour faire l’impasse sur la sécurité, jure-t-il, mais pour éviter que des maisons ou immeubles ne puissent bénéficier de travaux nécessaires pour leur remise en état, et par exemple éviter leur démolition. En disant cela, il prend pour exemple des bâtisses de la fin du XIXème siècle.

La mairie tourangelle a aussi des désaccords avec la carte de la préfecture qui détermine les zones inondables, et donc où l’on a le droit de construire, ou pas. Elle demande ainsi le déclassement d’une petite partie des Deux-Lions vers l’Avenue Pont-Cher ou encore à proximité de l’Avenue Jacques Duclos (vers Ikea), « nous pensons qu’il y a eu des erreurs de topographie » justifie Jacques Chevtchenko. Les discussions vont encore se poursuivre jusqu’en avril, puis il y aura une enquête publique pendant le printemps avant l’adoption définitive du PPRI en juillet, et là, il faudra bien faire avec.

Olivier COLLET

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