samedi 28 janvier, 2023

A vendre aux maires : demi fibre optique et banc en briques… de soupe

Reportage dans le salon du 69ème congrès des maires d’Indre-et-Loire où un entrepreneur a essaye de convaincre le maire de Tours d’acheter des bancs et des poubelles recyclés.

Quand Mme ou Mr le Maire vient au congrès annuel des 1ers magistrats de Touraine, il ne se balade pas avec son chéquier mais il est courtisé. Sur son agenda : discours, débats, déjeuner, réseautage avec les autres maires et petit tour sur le « marché » dédié aux collectivités locales. On y trouve de tout : panneau Stop, bancs publics, feuilles mortes (des vraies !), des banques, La Poste, une coupette de pétillant, d’étranges véhicules ou des câbles pour ramener le haut débit à tous ses habitants. Donc oui, le congrès des maires c’est un événement politique mais c’est aussi un rendez-vous commercial. Démonstration en deux points.

« Aujourd’hui, la priorité d’une commune ce n’est plus l’école mais le haut débit Internet »

Vous avez lu la phrase en gras ? Ca vous étonne ? Pourtant les dirigeants de la société sarthoise R’Lan nous assurent que c’est ce que pensent aujourd’hui tous les élus. « La première question que les gens posent avant de s’installer dans une commune c’est s’il y a du haut débit Internet. Surtout en zone rurale. Et après ils demandent s’il y a une école ». L’entreprise créée en 2002 propose aux villes et villages d’installer un réseau web offrant un débit de 50 Mega aux particuliers et 100 Mega aux pros « pour 10 fois moins cher que la fibre optique », la technologie la plus poussée pour avoir un Internet ultra rapide (mais qui nécessite des investissements colossaux sur des dizaines d’années).

« Avoir la fibre optique, c’est une réflexion qui se fait sur 30, 40 ou 50 ans. Nous, nous proposons une solution alternative en attendant le raccordement à la fibre et nous avons déjà plus de 1000 clients dans 8 départements dont la Touraine. Et le bouche-à-oreille entre les maires fonctionne très bien ». D’autant que l’entreprise propose une installation rapide : 2 mois pour les autorisations, quelques jours pour la mise en place de ce système temporaire valant tout de même plusieurs milliers d’euros mais capable de rendre une commune geek’compatible, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises qui souhaitent y poser le pied. Et pour ça, on sait que c’est la « guerre » : plus d’habitants ou d’entreprises signifiant notamment plus d’impôts qui rentrent.

Asseyez-vous sur des briques de soupes et de jus de fruits reconstituées

On y pense pas forcément naturellement quand on va au parc avec les enfants ou quand on jette son papier de chewing gum. Mais les poubelles, les bancs publics, les panneaux routiers ou les tables de pique-nique ne poussent pas tous seuls. « Quand un panneau stop est hors-service, il faut obligatoirement le remplacer, on n’a pas le choix ». Ca l’arrange bien de dire ça Jean-Christophe Aracil. Entre deux conciliabules avec des maires sur son stand, il nous a parlé de sa société et du diplôme dont il est tout fier : finaliste du Prix de l’Innovation (parmi 15 candidats dans sa catégorie). Pourquoi ? Parce qu’il fait du mobilier urbain avec des briques de soupes et de jus de fruits.

Remettons-nous en mode « argumentaire commercial » : « Le PolyAl qui compose nos produits représente 27% de la composition d’une brique Tetrapack dont on retire le carton. C’est un mélange de polyéthylène et d’aluminium (4%). Et on en fait du mobilier urbain. C’est imputrescible, ça résiste à l’eau ou au feu. Ca ne demande pas d’entretien contrairement à un banc en bois qu’il faudrait par exemple lasurer ». Et combien ça coûte ? « 600€ pour un banc ou une poubelle ». Au cas où vous en voudriez un pour votre jardin perso…

Signal Concept – c’est le nom de la boîte de Mr Aracil – existe depuis 1998, et elle est basée à Notre-Dame-d’Oé. Sa première spécialité c’est le panneau routier. Mais le monde évolue, les maires ont moins de sous, les commandes se contractent dont il faut inventer de nouvelles choses. D’où ce concept écolo pour plaire aux élus désireux d’acheter durable, « c’est du concret » nous dit le patron qui a par exemple vendu ses bibliothèques extérieures à St-Cyr-sur-Loire ou Notre-Dame-d’Oé et rêve de voir ses produits dans le jardin botanique de Tours. Il a vu Serge Babary ce jeudi matin, il ne lui reste plus qu’à le convaincre définitivement.

Olivier COLLET

 

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