mercredi 7 décembre, 2022
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Moqueries, agressions… Des Tourangelles dénoncent le sexisme en politique

La fin de l’année 2021 a été marquée par l’affaire Nicolas Hulot : un ancien ministre d’Emmanuel Macron accusé d’agressions sexuelles par plusieurs femmes. Une manifestation visant à dénoncer ses actes présumés l’avait d’ailleurs empêché de terminer une conférence lors des Assises du Journalisme de Tours cet automne. L’ancien animateur télé désormais retiré de la vie publique n’est pas le premier à être ainsi pointé du doigt. Et en Touraine, comment ça se passe ? Nous avons cherché à le savoir en interrogeant une douzaine de femmes.

La première à parler s’appelle Peggy Plou, élue à Semblançay. Elle raconte cette fois où le maire a posé une main sur sa cuisse au cours d’une réunion. « Quand ça nous arrive, je pense qu’on a la même réaction : cela parait tellement gros, aberrant, déplacé, que l’on n’arrive pas à réagir sur le coup » ajoute celle qui a décidé de monter un rassemblement des femmes élues du département pour faire entendre leurs voix.

Plusieurs femmes interrogées ont assuré ne jamais avoir eu de problèmes du genre. Elles ont insisté alors il est très important de le noter pour ne pas faire de généralités. Néanmoins, la plupart de ces femmes ont aussi leurs anecdotes douloureuses. Et d’autres nous font part d’écueils… alors qu’elles viennent à peine de s’engager. C’est le cas d’Elise Pereira-Nunes, membre de la majorité du maire de Tours Emmanuel Denis (elle est adjointe déléguée aux relations internationales et ambassadrice de la lutte contre les discriminations) :

« Entre elles, les femmes se demandent souvent quelles anecdotes elles vont raconter. Moi j’ai eu une discussion tendue avec un homme de 50-60 ans. Quand il a vu qu’il n’arriverait pas à la dominer il a conclu par ‘La prochaine fois, ça se règlera par une fessée !’ Imaginez mon désarroi, j’ai juste dit : ‘Eh bien alors on ne va pas être d’accord.’ »

Plus insidieux, il y a aussi l’attention qu’on vous apporte selon ce que vous avez comme vêtements. Ça, Zélie Geneix s’en est bien rendue compte. Militante écologiste, l’étudiante de 20 ans était suppléante de Didier Vallée pour la campagne des législatives partielles de juin 2021 dans le Lochois et s’est aussi engagée avec Charles Fournier pour les élections régionales. Si elle dit ne rien avoir à reprocher à son équipe de campagne, largement féminine et au fait de ces questions, elle a vécu plusieurs moments sérieusement malaisants :

« Je sens que l’image compte tout le temps. Dans une réunion on m’écoute plus ou moins selon ma tenue. Avec un tailleur rouge chic et une chemise les gens se taisent, quand tu arrives juste en tenue classique jean / t-shirt ce n’est pas la même crédibilité. Moi, on m’a beaucoup dit que les gens allaient voter pour moi parce que je suis mignonne. On me l’a beaucoup fait remarquer sur les marchés. »

Ancienne première adjointe LR de la ville de Tours aujourd’hui dans l’opposition, candidate pour la première fois en 2001, Marion Nicolay-Cabanne a fait les frais de comportements similaires, citant cet élu qui usurpait son titre auprès des citoyens. « Au début de ma carrière j’ai subi des remarques du genre ‘D’où elle sort celle-là ?’ » relève pour sa part la communiste Josette Blanchet, ex-élue de Tours.

Aujourd’hui en marge de la vie politique, l’ancienne conseillère départementale de Tours-Ouest Céline Ballesteros, également ex-adjointe au commerce de la ville, garde également quelques souvenirs circonspects de sa campagne pour les élections législatives de 2017 : « J’étais entourée de personnalités pas toujours bienveillantes, qui ne pensent qu’à leur propre poste, à leur égo, à vous dézinguer pour prendre votre place. Parfois, on préfère aussi placer des pions qui auront moins de réflexion », dit-elle, n’attribuant pas forcément cela à du sexisme car « c’est la même chose pour certains hommes. » Elle précise quand même : « J’aurais aimé qu’on s’attaque plus à mes idées qu’à moi… »

Olivier Collet

Rendez-vous sur 37 degrés pour lire l’intégralité de cette enquête.

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