lundi 6 février, 2023

A10 : Peut-on vraiment faire baisser la pollution ?

Alors que Tour(s)Plus lance un concours pour que l’on trouve de nouvelles solutions pour relier Tours à St-Pierre-des-Corps, analyse du « problème de l’A10 » : un axe indispensable mais très nocif.

« Et si l’autoroute A10 ouvrait le(s) passage(s) urbain(s) » : voici le nom en forme de sujet du bac philo que l’agglo Tour(s)Plus donne à un grand concours destiné à repenser les modes de déplacement entre Tours et St-Pierre-des-Corps. Le challenge, qui se veut international, doit permettre de faire émerger des idées innovantes d’ici le mois de juin et de préférence des projets réalisables à court terme. « C’est une proposition précise d’aménagement sur le secteur situé au croisement de l’A10 et des voies ferrées qui est attendue, mais qui doit également amorcer une meilleure insertion urbaine de l’autoroute à l’échelle de l’agglomération à plus long terme » précise le communiqué de lancement du concours qui pose donc les bases : il faut faire vite et bien car il y a urgence vu l’état du trafic dans le secteur et le manque de bonnes volontés pour remettre en place une navette SNCF entre Tours et St-Pierre-des-Corps.

Faire de l’A10 et de ses environs un point fort de l’agglo plutôt qu’une verrue, voilà donc l’objectif affiché. Car aujourd’hui l’autoroute est pratique mais mal aimée. Elle agace les riverains, à cause du bruit et de la pollution, elle énerve les écolos (pour les mêmes raisons) et elle rend fous les automobilistes régulièrement coincés dans ses bouchons. Mais peut-on vraiment faire quelque chose ? Par exemple, l’ouverture de la ligne TGV Tours-Bordeaux ne fera pas vraiment baisser le trafic national sur cet axe, il faut être réaliste. Ce sera tout au plus quelques milliers de voitures en moins à l’année, et les camions resteront là. Le projet de détournement de l’autoroute à l’est de l’agglo ? Quand on voit que l’on a déjà à peine de quoi finir le périphérique on n’ose même plus y penser. De plus, cela ne ferait que déplacer le problème et rallonger les distances. Quand au chantier d’élargissement à 2×3 voies qui va débuter à Chambray, il va seulement fluidifier un peu les choses mais en accélérant la vitesse moyenne. Du confort, et basta.

Une pollution en baisse continue aux abords de l’A10

Basée à St-Pierre-des-Corps où elle compte deux élus au conseil municipal, l’association ARIAL fait partie des plus actives quand il s’agit de prendre position sur l’autoroute et ses nuisances. Elle participe notamment à des réunions à la préfecture d’Indre-et-Loire. « Contre la pollution, il n’y a pas d’autre solution que de diminuer le trafic » et en particulier celui des camions : « certaines communes voisines de Tours pourraient par exemple accueillir des entreprises » propose l’association qui milite aussi pour un renforcement du train : « il faudrait aussi remettre en place une gare de fret à St-Pierre-des-Corps. On fait une ligne TGV mais on ne pense pas au ferroutage… »

ARIAL en a conscience : « il n’y a pas de vraie solution à court terme et pas cher » (pas sûr donc que les lauréats du concours trouvent le remède miracle…). Tout ce qu’on peut essayer c’est à la rigueur de baisser la vitesse : aujourd’hui, celle-ci est limitée à 90km/h dans le secteur de Tours Centre et il est question d’élargir cette zone au Nord de Tours. La différence est ainsi très nette avec Orléans où la ville se traverse à 110 ou 130. Et il y a un impact sur la pollution : « A Orléans, on compte 5 000 véhicules de moins qu’à Tours chaque jour mais 15% de camions contre 11% à Tours. Avoir mis en place une réduction de vitesse a été intéressant en terme d’émissions, mais il faut que cela soit fait à long terme » explique Patrice Colin, le président de l’association LIg’Air qui s’occupe de la qualité de l’air en Centre-Val de Loire.

Pour ses analyses, la structure se base notamment sur les données fournies par un capteur de pollution situé sur le Boulevard Heurteuloup de Tours, au niveau de la sortie Tours Centre de l’A10. Mis en place en 2009, il a depuis toujours fait état d’une pollution moyenne au dessus de la norme qui est de 40mg de dioxyde d’azote par m3 : 45mg en 2010, 56 en 2011, 43 en 2012, 41 en 2013. Mais, pour la première fois, ce chiffre était de 39mg en 2014. Comme on vient de le dire, c’est une moyenne. La pollution a donc régulièrement dépassé la norme l’an dernier. Alors comment expliquer cette baisse ? « Les travaux du tram de Tours ont notamment fait augmenter le trafic automobile, d’où le pic de 2011 » explique Patrice Colin. Autre facteur : l’âge des véhicules. Les voitures et camions récents et moins polluants sont en augmentation donc les émissions baissent. En revanche il y a un facteur que l’on ne maîtrise pas et qui joue beaucoup : la météo. Un hiver froid et sec = plus de pollution, notamment à cause du chauffage. Le fait que le temps soit plus ou moins perturbé a aussi un impact.

« Ce n’est pas facile de gérer l’ensemble des problématiques » concède le président de Lig’Air qui commente par exemple l’idée de recouvrir l’A10 à Tours pour faire diminuer la pollution comme le propose par exemple ARIAL avec le budget de 60 millions prévu pour les travaux de Chambray. La pollution étant surtout ressentie à 1km à la ronde, « cela aurait un effet pour les riverains mais il faudrait alors gérer le problème de la concentration de la pollution dans l’habitacle des véhicules » riposte Patrice Colin. Encore une fois, on ne ferait donc que déplacer le problème. Alors actuellement, les différents acteurs concernés travaillent sur des projections à l’horizon 2020 afin de prendre leur temps pour des décisions efficaces. « Un plan avec zéro objectifs » déplore ARIAL. En conclusion : à moins d’un miracle, pour l’instant, on ne trouve rien de mieux que la diminution de la vitesse. Ce n’est pas un concours mais une mission impossible que Tour(s)Plus vient d’initier. Dans ce dossier, est-on condamné à ne pas plaire à tout le monde ?

Olivier COLLET

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