dimanche 3 juillet, 2022
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Dialogue de sourds à l’hôpîtal de Tours

Ce jeudi, l’intersyndicale du CHRU de Tours appelait à une grève pour dénoncer « le plan social » mené au sein de l’hôpital. Les manifestants ont été reçus par la directrice dans l’après-midi. Reportage.

« Ils ont barricadé la porte, ils ont peur qu’on saccage les bureaux ! » tonne un syndicaliste devant la direction générale de l’Hôpital Bretonneau de Tours. A 14h30, ils sont une grosse centaine, rassemblés sous les fenêtres des dirigeants du CHRU, en grève ou solidaires de la grève (même des patients sont présents). Tous sont venusdénoncer ce qu’ils qualifient de « plan social », en l’occurence un plan de restructuration de l’hôpital prévoyant une trentaine de fermetures de lits dans les services d’orthopédie, d’ophtalmo et d’ORL ainsi qu’un trentaine de redéploiements de postes.

Au syndicat Sud, Mustapha Ramdane nous raconte le climat de défiance qui s’est instauré entre la base et la direction depuis l’annonce de ces mesures le 15 septembre : « c’est un plan d’austérite. On force certaines personnes à formuler des voeux de mobilité ou à accepter des départs en retraite anticipés ». Selon lui, le CHU a parfaitement la capacité d’absorber son déficit de 0,7% sur un budget de 600 millions d’euros. « 0,7% ça représente moins de 15€ par mois sur un salaire de 1500€ » mais, dans la globalité, c’est tout de même 5 millions d’euros estimés pour l’année 2014, soit 1 million de plus qu’en 2013, « L’hôpital ne doit pas être géré avec des objectifs de comptabilité. On ne dépense jamais assez pour la santé, c’est un choix politique ».

« Du jour au lendemain on peut être réaffectés à Trousseau ou à Luynes »

Pour tenter de comprendre concrètement ce que ce plan de restructuration de l’hôpital pouvait avoir comme conséquences, nous avons discuté avec Marie-Laure (29 ans d’ancienneté), Audrey (salariée depuis 8 ans) et Sophie (en poste depuis 13 ans). Toutes 3 sont au service ORL – opthalmo où 9 lits vont fermer et où plusieurs postes doivent être supprimés pour être redéployés ailleurs.

« Pour le 29 septembre, on a toutes été contraintes de formuler trois voeux d’évolution alors que l’on veut rester dans le service. D’ailleurs, nous n’avons pas demandé d’autre affection » expliquent-t-elles. Opposées à ces fermetures de lits annoncées, les trois femmes reconnaissent néanmoins qu’elles seraient prêtes à les accepter si, en contrepartie, d’autres lits étaient ouverts « dans des services où il en manque, comme les urgences ».

A l’heure d’aujourd’hui, elles affirment être dans l’incertitude pour leur avenir « demain, on peut être mutées à Trousseau ou même à Luynes. On peut nous l’imposer. Tout cela est fait avec autoritarisme, sans aucune concertation. Certains membres du service ont accepté de demander d’autres postes car on nous a fait comprendre que s’il n’y avait pas de volontaires, ils allaient en trouver ».

Discussions houleuses avec la direction

Après une dizaine de minutes de négociations, la direction de l’hôpital qui proposait seulement de recevoir une délégation de manifestants a accepté de parlementer avec tout le groupe dans le hall de ses bureaux, et à l’abri des regards (photos de la presse très curieusement interdites, les caméras ont même été refoulées jusque sur le trottoir du boulevard Tonnelé…). Perchée dans l’escalier, accoudée contre les montants de l’ascenseur, Marie-Noelle Gérain-Breuzard a répondu pendant une bonne heure aux questions des salariés du CHU. Elle a notamment tenu à dénoncer plusieurs idées reçues.

D’après elle, personne n’a été forcé de demander une affectation en dehors de son service et, dans l’ensemble, la totalité des premiers choix formulés ont été acceptés. Les lits fermés ? « c’est parce qu’ils sont non occupés. Un hôpital doit évoluer avec les besoins de la population. D’ailleurs nous ouvrons de nouveaux services et les salariés actuels sont prioritaires pour y accéder ». Des contractuels « licenciés » selon les syndicats ? « Tous les mois, il y a du mouvement de personnel à l’hôpital et donc des départs mais aucun contractuel ne verra son contrat non renouvelé » a-t-elle assuré, appuyée par le DRH du CHU. D’autres projets de restructuration dès 2015 ? « Ce n’est pas à l’ordre du jour » (les syndicats n’en ont pas cru un mot).

Chacun campe sur ses positions

Presque toujours cordial (à part quelques « ne nous prenez pas pour des imbéciles »-, parfois émouvant, régulièrement houleux (« vous mentez madame ! », l’échange entre la direction et l’intersyndicale n’a pas permis d’avancée concrète. En revanche, il a servi de défouloir aux équipes en colère qui ont raconté leur quotidien, leurs contraintes et surtout leur déception de ne pas être informés des projets de leur hiérarchie, de ne pas la voir venir dans les services à cause des inombrables réunions : « il y a un gros problème de communication » a expliqué une femme présente en fin de réunion. Pour tenter d’apaiser la situation, Marie-Noelle Gérain-Breuzard n’a pu que rappeler une mesure décidée en début de semaine : au lieu de débuter la restructuration au 1er novembre, celle-ci est reportée d’un mois et s’étalera sur tout décembre. Les syndicats auraient préféré un nouveau délai d’un mois.

Ultra minoritaire (80 grévistes sur 7 500 salariés selon la DRH – en incluant ceux en repos), le mouvement au CHU Tourangeau organisé ce jeudi n’est peut-être qu’un début. Il semble illustrer en tout cas une exaspération profonde de la part d’équipes stressées, surchargées et qui se sentent incomprises. La faute à quoi ? Au trop plein de travail ? Au manque de dialogue des cadres ? A une organisation pyramidale qui semble bourrée de dysfonctionnements ? Sans doute un peu de tout ça. Récemment arrivée, Marie-Noelle Gérain-Breuzard a du travail pour réussir à ramener de la sérennité au sein du pôle de santé de Tours, et – sauf erreur – ça ne coûte pas grand chose.

Olivier COLLET

  • ESRA

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