Tours

Canicule à Tours : grâce aux arbres, jusqu’à 8° de moins en centre-ville

Une société mène une expérience inédite sur les différences de températures.

Mardi 23 juillet Météo France a annoncé une température maximum de 39°6 à Tours, à l’ombre et sous abri. Tout simplement un record pour un mois de juillet, et quasiment la même valeur que pendant la canicule exceptionnelle de 2003. Ce jeudi, les valeurs mesurées pourraient encore grimper d’un cran. Par ailleurs, quand on marche dans la rue, même à l’ombre, on peut se voir exposé(e) à une chaleur encore plus intense.

Installée quartier Velpeau, née en 2005, la société Energio mène en ce moment une expérience unique en France. L’entreprise qui emploie 12 personnes a proposé à la mairie d’installer 21 sondes pour mesurer la température dans le centre-ville, sur une surface de 15ha.

Les sondes en question ressemblent à ça...

« L’idée était de détecter les ilots de chaleur » explique Frédéric Miniou, le directeur. Orientés vers le nord, placés à l’ombre ou légèrement exposés au soleil, les appareils sont situés devant le Vinci, sur la place de la gare, près de l’Hôtel de Ville, à l’arrêt de tram Jean Jaurès ou encore sous les arbres du jardin de la préfecture. Depuis le mois de mail, ils enregistrent la température de l’air tous les quarts d’heure et transmettent un rapport toutes les heures. Un processus qui doit se poursuivre jusqu’au mois d’octobre.

De gros écarts de températures, même la nuit

La canicule de fin juin et celle observée depuis le 22 juillet sont d’excellents outils pour la société. Ainsi, mardi à 16h51, la sonde du Jardin de la Préfecture a enregistré 39°6 à l’ombre des arbres. A peine 100m plus loin Rue Bernard Palissy, on était à plus de 46°. « En moyenne on observe des écarts de 3 à 4° entre les espaces végétalisés et ceux qui sont très minéraux, voire jusqu’à 8° »note Frédéric Miniou. « Et ce même la nuit » précise le professionnel. Autre constat : il peut y avoir jusqu’à 3° d’écart entre les mesures sous abri de Météo France et les conditions réelles ressenties par un piéton, par exemple.

Le Vinci, un endroit hyper chaud...

Pour Energio, cette expérience a un but clair : montrer aux villes, chiffres à l’appui, que la végétation peut faire baisser la température, et rendre l’atmosphère moins irrespirable lors des pics de chaleur. « On a eu tendance à minéraliser fortement nos rues, en se disant par exemple que c’était plus facile d’entretien. On en voit aujourd’hui les conséquences » observe Frédéric Miniou qui plaide pour une revégétalisation des espaces publics lors de chaque projet de rénovation urbaine. Ou même l’extension d’actions plus confidentielles mais concrètes comme « A Fleurs de trottoirs », cette opération tourangelle consistant à creuser des petites tranchées sur les trottoirs pour planter quelques fleurs au bord des maisons, « ça peut apporter un peu de fraîcheur » insiste le professionnel.

Des arbres, « espèces protégées »

Si le bilan définitif du test ne sera dévoilé qu’à l’automne, les relevés des dernières semaines semblent déjà montrer nettement l’impact de la végétation en ville.

Les relevés du mardi 23 juillet

Une carte pour l'après-midi du 27 juin. Plus c'est foncé, plus il fait chaud.

Rien de vraiment nouveau sous le soleil ! (Si l’on peut dire). Il est de notoriété publique qu’on est mieux à l’ombre sous un arbre ou au bord de la Loire qu’en plein cagnard Rue Nationale mais avec des données détaillées et des graphiques il y a peut-être de quoi encourager des élus à modifier leur façon de travailler lors d’un projet immobilier ou routier. Frédéric Miniou cite en exemple des villes comme New-York ou Bruxelles qui ont engagé des réflexions d’ampleur sur le sujet, par exemple en peignant des toits en blanc dans la ville américaine. Des études sont aussi engagées pour des revêtements de sol qui absorbent l’eau au lieu de la rejeter.

Quant aux arbres, même s’ils mettent beaucoup de temps à pousser, « ils absorbent tout de suite du CO2 et on en observera les bénéfices dans 10 ans, 20 ans ou 30 ans » argumente Frédéric Miniou avec un slogan : « il faut faire des arbres des espèces protégées. »