Tours

A Tours, le zéro déchet ça marche aussi avec les produits locaux

Une nouvelle épicerie va bientôt ouvrir Place de la Victoire.

Il y a quelques mois, nous avions relaté l’ouverture de la première épicerie en vrac de Tours : un commerce en franchise installé tout près des Halles. On vous raconte les coulisses : il s’agit d’un des articles les plus lus de toute l’année 2016 sur notre site, preuve que cette « nouvelle » tendance de consommation consistant à faire ses courses sans emballage intéresse le public. Deuxième preuve aujourd’hui avec le projet d’Anne-Gwénolée Tu. 3 mois avant d’ouvrir un commerce similaire Place de la Victoire, la jeune femme de 33 ans a réussi à récolter 4 800€ via un financement participatif, dans le but d’équiper sa future boutique

Originaire de la région parisienne, ancienne libraire spécialisée dans le livre ancien, elle tombe amoureuse de la Touraine au fil de ses visites dans la région et finit par s’installer à Tours à l’automne 2016. « Avec mon compagnon on a rencontré des gens ultra sympas et on s’est dit que c’est là qu’on devait vivre. » Anne-Gwénolée quitte donc son travail : « à force d’étudier ce qui s’était fait dans le passé je me suis dit que ce serait aussi bien de faire des choses dans le futur quand on voit par exemple la sur-utilisation des voitures ou les Etats-Unis se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Avec une amie, depuis 2012, on avait déjà commencé à mettre en place un petit marché de producteurs locaux. Me lever à 7h du mat’ pour distribuer des patates et des poireaux, j’ai adoré ! Cela a un vrai impact sur la vie quotidienne des gens. »

En 2015, la future épicière commence donc à mûrir son projet en coulisses avant de se lancer définitivement dans l’aventure ces derniers mois. Elle a vite choisi son quartier : celui de la Victoire, coûte que coûte. « En arrivant j’ai eu l’impression que les commerçants (le fleuriste, le bar Le Court-Circuit, le caviste…) avaient un vrai savoir-faire et des envies qui s’accordaient parfaitement à mon projet. On a l’ambition d’en faire le premier quartier bio et locavore de Tours en faisant encore venir d’autres commerçants. »

De fait, depuis plusieurs mois, la Place de la Victoire et ses abords reprennent progressivement vie avec des animations et des commerces de mieux en mieux installés. En octobre, Sur la Branche s’ajoutera donc à la liste. Située juste à côté d’une coiffeuse qu’Anne-Gwénolée apprécie également énormément, la boutique de 80m² devrait proposer 350 références de produits allant des fruits et légumes aux yaourts en passant par les biscuits, le savon, les jus de fruits ou les pâtes. L’idée : vendre tout ça en vrac, sans emballage. C’est-à-dire que l’on vient avec ses boîtes, ses bouteilles ou ses sacs. Et si certains produits (comme des plats cuisinés et poires tapées) sont vendus emballés, c’est de préférence dans des bocaux en verre réutilisables.

Cette partie-là du concept, on la connaissait déjà. Même certaines grandes surfaces s’y mettent. Anne-Gwénolée Tu veut aller plus loin en sélectionnant rigoureusement ses produits : « il y aura 90% de bio » annonce-t-elle. Sa priorité : se fournir en local, autrement dit en Indre-et-Loire (pour les produits frais, les pâtes, le savon…). Si elle ne trouve pas en Touraine, elle fait au mieux : le riz viendra de Camargue, par exemple. Elle proposera aussi des olives françaises, des pruneaux du Sud, des produits d’hygiène (comme la lessive en vrac) fabriqués près de Reims, « je cherche même des bonbons dans le coin. Ce sera une épicerie du quotidien, il faut que les clients puissent pouvoir y faire toutes les courses pour créer une vraie alternative au supermarché. »

En ce moment, la commerçante tourangelle peaufine son réseau de producteurs, invités à la livrer eux-aussi sans déchets : « ils sont globalement sensibles à cette démarche car ce sont de petits artisans. » Elle voudrait aussi parvenir à mettre en place un système de consigne pour les emballages dont on ne peut se passer. Il y aura par ailleurs la possibilité, pour les visiteurs ayant des contenants en trop, de les laisser à la disposition des étourdis venus les mains vides.

« Je veux que cette épicerie soit un lieu de vie et d’échange. Que les personnes qui n’ont pas forcément de démarche zéro déchet se disent qu’en fait ce n’est pas si compliqué. Le discours moralisateur ne convainc pas. Je suis une adepte de la méthode douce » poursuit Anne-Gwénolée avec son grand sourire tout en promettant des prix compétitifs avec la grande distribution, voire moins chers que le rayon vrac d’une grande enseigne de centre-ville : « on ne favorise pas les produits locaux en surtaxant. » Pour la soutenir, sa collecte participative est encore active quelques jours. Le montant récolté lui permet déjà d’avoir le budget pour acquérir une caisse spécifique permettant de ne payer que le contenu d’une boîte ou d’un bocal en faisant abstraction du poids de l’emballage.

Olivier COLLET