Tours

Le feu d’artifice du 14 juillet de Tours en sursis ?

Sa sécurisation pose en tout cas de sérieux problèmes.

C’est un rendez-vous incontournable de la fête nationale après le défilé militaire en centre-ville de Tours : le feu d’artifice tiré depuis les bords de Loire. Observé de la guinguette, du Pont Wilson, de la Place Anatole France ou de la rive nord du fleuve il peut attirer jusqu’à 40 000 personnes. Oui mais voilà, l’an dernier, à Nice, la soirée a été terriblement endeuillée par l’attentat de la Promenade des Anglais. Depuis ce jour, tous les grands événements sont soumis à des règles de sécurité plus sévères et la préfecture contrôle tout.

Le représentant de l’Etat dans le département, Louis Le Franc, a rappelé les règles ce jeudi : « à partir du moment où un événement reçoit plus de 2 000 personnes en instantané il doit faire l’objet d’un dispositif particulier. Le maire et l’organisateur doivent venir nous présenter un plan que l’on valide ou pas. » Et si les dispositions ne sont pas suffisantes, la manifestation peut être annulée.

Naturellement, vu la foule attendue au 14 juillet à Tours, le feu d’artifice et les événements annexes (défilé militaire, bal…) sont concernés : « l’an dernier il n’y avait aucune mesure, juste une gestion des flux », s’alarme le préfet, « et on ne peut pas laisser 40 000 personnes sans un minimum en cas d’action d’un groupe isolé ou si un véhicule fonce sur la foule. » Et c’est là qu’il y a un gros souci : les bords de Loire et le Pont Wilson c’est très compliqué à sécuriser quand c’est noir de monde. « On ne peut pas tout contrôler » reconnait le chef de la police tourangelle, Stéphane D’Hayer qui mobilisera une vingtaine d’hommes armés de fusils d’assaut ce soir-là, plus des équipes de surveillance.

La hantise des autorités : un mouvement de panique sur le pont avec le risque que des personnes tombent dans la Loire. Idem d’ailleurs sur les quais à hauteur de la guinguette (craintes renforcées après la mort récente d’un trentenaire dans le fleuve). Et ce mouvement de panique, il peut être déclenché suite à un acte de violence mais aussi après l’éclatement d’un simple pétard. Le préfet rappelle ainsi ce qui s’est passé il y a un an Place Plumereau pendant un match de foot de l’Euro : un pétard, des rumeurs d’attentat, des clients de bar qui se mettent à s’enfuir ou à se réfugier là où ils peuvent et quelques blessés légers.

Pour éviter ce scénario en pire face au faible nombre d’issues du site actuel du feu d’artifice, la préfecture d’Indre-et-Loire demande donc des mesures drastiques à la ville pour maintenir sa soirée en l’état. Une première réunion a eu lieu il y a quelques jours et une autre doit être organisée la semaine prochaine. Les services tourangeaux sont eux aussi en brainstorming.

Clairement, il n’y a pas 36 solutions : soit la municipalité parvient à sécuriser la zone, soit elle change de lieu. Soit tout est annulé, ce que tout le monde espère évidemment éviter. Mais Louis Le Franc a bien fait comprendre que ce n’était pas impossible d’autant qu’à cette date Tours ne bénéficiera pas de renforts militaires de l’opération Sentinelle. La trentaine d’hommes dédiée à la sécurisation de l’Indre-et-Loire ne sera présente qu’à partir du lendemain et pour 15 jours après une première mission en juin. Le dispositif a été allégé par rapport à l’an dernier où toute une compagnie était en place dans le département.

Adjoint à la sécurité à Tours, Olivier Lebreton reconnait que "ça parait difficile de maintenir l'événement sur les bords de Loire. On cherche des mesures compensatoires mais c'est compliqué." Officiellement, il ne renonce pas encore mais la difficulté de sécuriser le Pont Wilson et les quais au niveau de la guinguette complique vraiment la tâche. La ville travaille donc à un report sur la Gloriette, "mais cela pose d'autres difficultés pour l'éclairage ou le parking. Là on parle de 15-20 000 voire 30-40 000 personnes, pas 2 000 comme Aucard de Tours" souligne l'élu qui s'attend tout de même à une fréquentation moindre si le feu est tiré d'un autre lieu que les bords de Loire. Mais la mairie espère le maintenir "car depuis le début de l'état d'urgence nous n'avons rien annulé contrairement à d'autres villes comme Lille qui n'avait pas pu faire sa braderie l'an dernier. Mais maintenant, c'est de plus en plus difficile..."

A noter que, globalement, tous les feux d'artifice prévus en Touraine cet été doivent revoir la sécurité des lieux d'où ils sont tirés. A Joué-lès-Tours, où il a lieu le 13 juillet au soir, le Lac des Bretonnières avec ses nombreuses issues ne semble lui pas poser de problème particulier.