Tours

3 ans de Serge Babary à Tours : l’aventure d’un maire

Ambitieux et volontaire, l’élu doit naviguer entre les difficultés financières de sa ville et une population exigeante.

Serge Babary a été élu maire de Tours le 30 mars 2014. 3 ans (et 3 mois…) après, il était grand temps de faire un bilan à mi-mandat, et de l’interroger lui et son équipe sur leur politique passée, présente et future au sein de la ville. Une conférence de presse était donc programmée ce vendredi. Enfin, plutôt un exposé de presse. Après avoir parlé plus de 2h15, le maire et ses adjoints ont laissé les journalistes présents poser 6 questions avant de proposer de poser les autres en plus petit comité puis d’aller déjeuner sur un bateau de Loire.

Cet exercice de synthèse de l’action municipale, Serge Babary l’avait déjà mené en 2015 lors d’une balade en bus dans la ville suivie, là aussi, d’une conférence de presse avec ses adjoints. A son issue, on avait pu récupérer un document reprenant tous ses engagements de campagne avec une petite croix cochée pour ceux estimés réalisés ou lancés. On aurait voulu pouvoir comparer ce document avec sa version réactualisée en 2017… Raté.

On va donc citer les propos du maire : « sur nos 143 projets nous en avons réalisé 113 soit 79%. » Dans le document de 2015, 46% étaient définis comme « terminés ou sur des rails corrects », 22% programmés pour 2015, 24% en cours d’étude pour 2016 et 8% « reportés en 2017, principalement pour des raisons de financement. » L’argent, le nerf de la guerre. C’est le premier sujet que Serge Babary a abordé : « la situation financière a plombé deux années sur trois. Le swap toxique a coûté 28 millions d’euros au total, 16,7 millions d’euros de charges entre 2014 et 2016 (poussant l’équipe d’élus à renier une de ses promesses de campagne en augmentant les impôts de 4,2% en 2015, ndlr). Nous avons fait sauter la dernière année de charges de 8 millions d’euros mais nous devons encore déblayer l’horizon financier à cause du mur de dettes qui nous met dans une situation impossible à l’horizon 2023-2024. »

« Vu nos charges, les banques sont réticentes à ajouter d’autres prêts or nous avons besoin d’investir » résume Serge Babary. Investir pour « revenir dans le peloton des 15 grandes villes de France. » « 15 à 18… » a-t-il ajouté 30 secondes après. Besoin d’investir aussi pour faire au moins aussi bien que le voisin Orléans : « notre investissement était moitié moins élevé. C’est anormal pour une ville comparable. Or quand on veut se mesurer à un concurrent il faut avoir les mêmes moyens. » On note donc qu’Orléans est tantôt partenaire (pour les projets numériques), tantôt concurrente. C’est le cas pour le tourisme, Tours voulant devenir « la capitale du Val de Loire » (on suppose que dans cette affirmation, la ville de Nantes n’est pas considérée comme étant dans le Val de Loire. A moins que ?).

Serge Babary veut donc que l’on compare Tours à Montpellier et Grenoble. « On est ambitieux » lâche le maire qui peut changer de couleur si on ose lui dire qu’il ne fait rien ou qu’il n’a pas de projets. Objectivement, des dossiers ont été lancés par cette majorité (et tout n’était pas dans le programme). Il y a ainsi des sujets majeurs comme le réaménagement des Halles, l’ouverture d’une école aux Deux-Lions, la construction d’un nouveau Centre Chorégraphique National dans le futur quartier des Casernes, la création d’une Arena et d’une nouvelle patinoire, la rénovation de la cuisine centrale, la redynamisation des bords de Loire… Certains sont terminés ou presque comme Tours sur Plage, la transformation de la Place Châteauneuf, l’élargissement de trottoirs aux Halles, l’installation d’un parc conséquent de caméras de surveillance ou la création d’un jardin et d’une résidence d’artistes aux Granges Collières, dans le quartier des Deux-Lions.

Cependant, beaucoup de sujets majeurs semblent traîner. Selon l’élu, c’est nous qui sommes impatients : « une école, c’est trois ans. » Les études, les choix de cabinets d’architectes, la construction… C’est vrai, tout ça prend du temps. Mais il y a vraiment des dossiers qui lambinent comme le Haut de la Rue Nationale avec la construction des hôtels, commerces et logements qui frôle l’année de retard (c’est pour 2019 maintenant), même si le maire affirme avoir « débloqué » ce chantier en obtenant notamment sa déclaration d’utilité publique auprès du préfet. On devrait en savoir plus d’ici peu…

Les constructions justement… Serge Babary espère bien que l’histoire retiendra qu’il a réussi à mettre au pas les promoteurs immobiliers qui veulent construire des bâtiments qui n’ont rien à voir avec « l’harmonie architecturale » de Tours (les fameux « cubes beiges » comme il les appelait à l’époque en référence à un bâtiment du quartier de la Belle-Fille).

« C’est une bataille rude, on s’est fait beaucoup d’ennemis chez les professionnels. » Mais il ne veut rien lâcher, pour préserver le coteau verdoyant de la Loire, notamment : « je ne connais pas d’autre métropole qui a su conserver un espace végétalisé de cette qualité en bordure de fleuve. Il y a une pression constante pour bétonner. » D’où la révision du Plan Local d’Urbanisme censé être actée d’ici septembre 2018 mais déjà formalisée dans une charte qui n’a rien d’obligatoire mais qui tente de cadrer les choses. Et selon Serge Babary, ça ne freine pas les ardeurs des constructeurs : « on m’a proposé 3 200 projets de logements alors que notre objectif est d’en construire seulement 650 par an. »

Que le milieu du BTP se rassure d’ailleurs, il va y avoir des immeubles à faire sortir de terre. Au niveau des ex casernes militaires Beaumont-Chauveau à l’ouest de Tours Centre déjà mais aussi dans la zone du Menneton actuellement industrielle mais que Serge Babary veut voir devenir un nouveau quartier. On parle aussi d’un « projet immobilier » en haut de la Tranchée au niveau de l’ex mairie de St Symphorien. Et puis il y aura l’Ilot Vinci. On ne sait pas avec quel type de construction, quel projet (bureaux, logements, commerces…) mais on nous promet du nouveau bientôt.

Serge Babary veut redonner de l’air aux serpents de mer. Il lui reste 3 ans pour cela, si tant est qu’il conserve son fauteuil car on le dit tenté par une candidature pour devenir sénateur en septembre. Il ne confirme toujours pas, ne dément pas non plus : « on verra où chacun en est et où en sera la ville. » Une ville qui se cherche une unité, une direction, qui veut marquer durablement son identité. Une ville qui voudrait s’affirmer plus mais qui semble peiner à trouver les bonnes recettes pour sortir durablement du lot. Ou alors c’est comme construire des écoles : c’est long.