Tours

Au Sanitas, une rénovation qui interroge et inquiète

Une pétition a été lancée pour moins de logements privés et plus de concertations.

Il y a un peu d’un an sur Info-Tours.fr, nous évoquions les projets de l’agglomération de Tours pour la rénovation de ses quartiers prioritaires. L’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) va financer une partie des chantiers (au moins 28 millions d’euros dans la région Centre-Val de Loire) avec notamment des démolitions d’immeubles en vue de reconstruire de nouveaux bâtiments pour changer la physionomie de ces quartiers et les rendre plus attractifs, plus mixtes socialement, aussi. Le Sanitas de Tours est notamment concerné, avec ses 8 200 habitants. L’idée : aller vite, même si pour l’instant les travaux ne sont pas encore précisément programmés.

Les choses s’accélèrent néanmoins avec des réunions (dont une prévue ce jeudi 11 mai à 18h30 salle Danton du Palais des Sports de Tours) et des inquiétudes de la part d’habitants, ou d’élus. Depuis vendredi dernier, une pétition tourne même sur Internet et sur le grand marché hebdomadaire de la Place St Paul afin de protester contre 450 destructions de logements et surtout le déroulement du processus de préparation des travaux. Plusieurs associations se mobilisent dont la Confédération Nationale du Logement et l’INDECOSA-CGT.

Selon Patricia Tarraso, ce programme de rénovation pourrait « éloigner du quartier les locataires qui ont de faibles revenus. On cherche à les faire partir du centre-ville. Ce projet ne se fait pas en concertation avec les locataires ni dans leur intérêt. » Le syndicat CGT ne plaide ainsi pas pour une démolition des immeubles mais pour une réhabilitation des logements et bâtiments existants « pour que l’on valorise le quartier. »

Ce qui coince en fait, c’est que des constructions de logements privés sont imaginées à la place des actuels HLM afin de créer cette fameuse mixité sociale. Ces appartements viendraient se substituer aux logements sociaux d’aujourd’hui qui seraient alors « délocalisés » dans d’autres quartiers, voire dans d’autres communes comme on nous l’indiquait l’an dernier, avec l’objectif de parvenir partout dans l’agglo à 20% de logements sociaux (le minimum légal) : « on est d’accord pour la mixité mais pas au détriment du logement social. Nous privilégions plutôt une réhabilitation des logements, des espaces verts, un renfort de moyens pour l’éducation publique ou une police de proximité » argumente Patricia Tarraso : « il ne faut pas favoriser le logement privé uniquement. Regardez par exemple ce que ça a donné aux Fontaines où il n’y a pas de mixité du tout. Les gens sont dans leur coin. »

Un sentiment confirmé par une mère de famille du qurtier et soutien du collectif : « depuis qu’il y a la nouvelle Passerelle Fournier ça devient plus joli et on a l’impression de faire un peu tâche, qu’on cherche à se débarrasser de nous. Moi je vis depuis 5 ans ici et je veux rester : il y a tout, le tram, le sport, des activités, des sorties… On ne veut pas aller ailleurs. Ici c’est pratique, tout le monde s’entend bien. On espère juste une rénovation des appartements avec le double vitrage et l’électricité aux normes comme ça a été fait aux abords du tram. Quitte à payer un loyer un peu plus cher. Pourquoi détruire ? En plus on ne sait pas où on va aller, et si ce sera dans nos moyens. »

Parmi les inquiétudes également avancées : une éventuelle menace sur l’école Marie-Curie (l’an dernier, Tours Métropole évoquait plutôt une mise en valeur de l’établissement après les destructions) ou la disparition de commerces. Mais surtout, globalement, c’est l’impression de ne pas être associé aux décisions qui irrite au Sanitas : « depuis 2004 on ne peut pas dire que les habitants ont été consultés sur les différents projets. Ce qu’on nous présente a été établi et pensé ailleurs, mais certainement pas avec les locataires. On veut une véritable concertation » conclut Patricia Tarraso. Charge donc aux représentants du projet de convaincre du contraire et du bien-fondé de leurs ambitions dans les prochains jours et les prochains mois. Leurs arguments sont attendus. Celui de l’emploi avec l’installation de nouvelles entreprises (à la place de l’ancienne chaufferie) devrait notamment en être un.

Olivier COLLET