Tours

LEGISLATIVES : C’est mal parti pour l’union à gauche

Les écologistes tentent de discuter avec les socialistes et la France Insoumise, mais ça bloque.

Les éliminés du 1er tour de la présidentielle observent avec intérêt mais à distance le duel du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron prévu dimanche. Eux sont déjà dans le coup d’après : la bataille des élections législatives des 11 et 18 juin. A Tours, les choses s’accélèrent avec Céline Ballesteros (alliance droite-centre) qui lance sa campagne ce jeudi soir alors que son rival socialiste, le sortant Jean-Patrick Gille, vient aussi de réactiver ses réseaux.

Et puis il y a le reste de la gauche, cette gauche qui a compris que les deux grands partis historiques sont en difficulté après leur défaite dans la course à l’Elysée et qui se voit donc bien reprendre du poil de la bête pour construire une alternative. C’est en particulier le cas des supporters de Jean-Luc Mélenchon portés par Claude Bourdin à Tours. Le candidat de la France Insoumise a fait 23,8% dans la ville, son représentant local se sent donc poussé des ailes mais il n’est pas seul : le Parti Communiste a aussi son candidat (Léonard Lema) et les Verts ont le leur (Christophe Dupin).Tout cela ajouté au PS, ça fait du monde.

Cet éparpillement, s’il reste tel quel, a de grandes chances de condamner la gauche. A Tours, mais aussi sur le reste du département où la situation est semblable. Alors, en coulisses, on essaie de discuter pour un rapprochement. Des échanges ont ainsi eu lieu entre le PCF et la France Insoumise, et une réunion incluant EELV et le NPA (le mouvement de Philippe Poutou) a eu lieu jeudi dernier. « On a proposé un rassemblement pour que nos idées soient au second tour » explique Claude Bourdin qui a conscience de l’enjeu : « si on n’y arrive pas, ce sera plus compliqué. » Et même si des négociations ne se font pas en deux jours, force est de constater que ça n’avance pas, ça bloque sur la question des personnes.

Dans un communiqué publié ce lundi, les Verts ont mis sur la place publique une proposition qu’ils définissent comme très démocratique : un tirage au sort du candidat dans les circonscriptions où une alliance serait acquise mais aucun accord trouvé sur les candidats. Et ils pensent bien sûr au cas de Tours… « Il faut tenir compte de la dynamique du moment plutôt du côté de la France Insoumise. Avec 23,8% à Tours on est au-dessus de la moyenne nationale et on a toute notre légitimité à présenter un candidat » rétorque fermement Claude Bourdin qui laisse néanmoins une porte ouverte : « tout n’est pas finalisé, ce n’est pas sûr qu’il y ait des candidats Mélenchonistes sur les 5 circonscriptions. » Il est néanmoins agacé par l’attitude d’EELV qui discute en parallèle avec le PS pour réussir en local ce qui a échoué à l’échelle de la France : faire une union des écologistes à Mélenchon via les socialistes pro-Hamon.

Oui mais voilà, pas question pour la France Insoumise de marcher avec le parti à la rose, même avec sa frange gauche : « surtout pas, ce serait n’importe quoi ! » s’étrangle presque Claude Bourdin qui se demande si les écolos ne jouent pas double-jeu : « ils iront là où ce sera le plus favorable… » En face, Philippe Geiger assure que c’est la seule solution : « sinon on enclenche la machine à perdre. »

On le sent ainsi déçu de l’attitude de la France Insoumise qui semblait ouverte aux discussions avant de brutalement fermer la porte : « ils ne veulent plus d’alliance, on aurait juste le droit de soutenir leurs candidats. Les instances nationales ont dû beaucoup peser » s’avance Philippe Geiger estimant que « FI prend la responsabilité de laisser gagner la droite. Ils vivent sur une autre planète, sont dans un aveuglement total. Tout le monde sait que leurs 24% ce n’est pas uniquement un vote d’adhésion. Rien que dans nos adhérents, la moitié ont voté Mélenchon mais ne voteront pas pour son candidat aux législatives. » Leur proposition incluant le tirage au sort reste donc sur la table « malgré nos désaccords, car on avait réussi à faire alliance pour les départementales de 2015. »

Les écologistes envisagent donc de présenter 5 candidats sur les 5 territoires tourangeaux, quitte à les retirer. Ils ont d’ailleurs trouvé un nouveau porte-étendard sur le chinonais après le retrait de Clara Breteau : il s’agit d’un ancien enseignant jocondien, Michel Gendron-Bulot. Et in fine tant pis si cette division entraîne des défaites en cascade. L’enjeu serait alors simplement de sauver les meubles. Car le scrutin législatif est lourd d’enjeux financiers : 1 voix = un peu plus d’un euro de financements publics. Voilà aussi pourquoi ces échanges sont si complexes…  

Olivier COLLET / Photo : Claude Bourdin par Claire VINSON