Tours

« On est surtout là pour dire aux gens de voter »

La caravane de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon s’est arrêtée au Beffroi ce mardi, à dix jours du premier tour de la présidentielle.

Du soleil, une quiche au tofu, même du Coca et de l’Oasis (et tant pis si ce sont des entreprises capitalistes) : avec sa caravane posée au bas du Beffroi de Tours Nord ce mardi, l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon avait tous les ingrédients nécessaires pour passer une bonne journée à la rencontre des électeurs potentiels : « on a volontairement choisi de s’installer dans un quartier populaire, en particulier pour s’adresser à ceux qui ne votent pas ou plus » explique Stéphane Renaud candidat (suppléant) aux législatives pour le mouvement sur le Nord-Ouest de l’Indre-et-Loire, une circonscription qui intègre ce quartier tourangeau.

Depuis quelques semaines maintenant, le candidat Mélenchon est sur une bonne dynamique en vue du premier tour de la présidentielle le 23 avril. Il faut dire les choses comme elles sont : sa présence au second tour n’est plus seulement une utopie, il devient une cible, on reparle de son populisme... « Il y a encore quelques mois, on se battait surtout pour la diffusion de ses idées » reconnaissent les militants présents. Aujourd’hui, ils donnent tout pour que la dynamique ne retombe pas, pour transformer l’essai et accrocher la 3ème place dans ce scrutin (devant François Fillon et Benoit Hamon)… voire mieux. « La marche du 18 mars à Paris puis le premier débat télévisé ont permis d’enclencher le processus, bien plus que l’affaire Fillon. »

Mais au-delà du contexte politique, le parcours de cette caravane est un symbole, un acte assez fort de démocratie participative. A l’inverse de celle de Benoit Hamon passée en coup de vent vendredi dernier en centre-ville, la petite camionnette décorée des affiches de la France Insoumise stationne en face de la station de tram et de la médiathèque pendant plus de 8h consécutives. Le temps de discuter concrètement : « j’ai passé un quart d’heure avec un homme prêt à voter pour le Front National. Je ne l’ai peut-être pas convaincu, mais je l’ai fait réfléchir » se satisfait Stéphane Renaud : « si je vois quelqu’un repartir avec un tract FN dans une main et celui de Jean-Luc Mélenchon dans l’autre, c’est déjà une victoire. Il faut qu’ils aillent voter, au-delà du programme. »

Car ce que cherchent à faire les militants locaux et nationaux qui se rejoignent pour l’occasion est avant tout de susciter le débat, tenter de faire comprendre que même une voix cela peut avoir son importance même s’ils croisent beaucoup de gens dépités de la politique en général et des politiques en particulier, des électeurs résignés qui estiment que plus rien ne peut changer… « On voit un électorat très déçu par dix ans de politique Hollande et Sarkozy. » « On veut leur montrer que la gauche de Mélenchon c’est une autre gauche » nous dit-on.

Alors le petit groupe souriant et patient s’applique, rappelle que les idées sont nées d’une collaboration avec un millier de personnes et les passants s’approchent d’eux-mêmes. Par hasard ou parce qu’ils ont vu passer l’info. Des jeunes, ou pas. Ils veulent en savoir plus sur le programme, approfondir ce qu’ils ont entendu à la télévision. Demander des explications sur des idées potentiellement clivantes du discours mélenchoniste sur l’Europe, la relation avec la Russie, l’emploi ou l’évolution de nos institutions…

« Quand je vois que certains hésitent entre Mélenchon et Macron, ça me donne des sueurs froides » commente pour sa part Constance Ascar, candidate (titulaire) de la France Insoumise aux législatives sur la circonscription Touraine Nord-Ouest. Bien au fait du programme de son candidat, elle l’explique point par point, pour insister sur les différences de vision de la société entre l’ancien ministre de Jospin et l’ex ministre de Hollande : « voter Emmanuel Macron, c’est voter pour le traiter de libre échange avec le Canada mais aussi pour une retraite à points qui sera défavorable aux femmes. » A la base plutôt militante d’Europe Ecologie Les Verts, elle est déçue du ralliement du candidat écolo Yannick Jadot au profit de Benoit Hamon du PS « alors que Jean-Luc Mélenchon incarne plus les valeurs d’écologie. Il est dans l’action, pas dans la discussion. Et il est temps d’agir. »

Mélenchon potentiellement président, la question reste tout de même de savoir si ce dernier aurait les mains suffisamment libres pour gouverner, mettre en œuvre son programme. Les militants tourangeaux et ceux de la caravane reconnaissent bien qu’aujourd’hui le public ne se représente pas trop avec qui le candidat gouvernerait vraiment, de quels types de personnalités se composerait son équipe. Ou encore, s’il aura la capacité à se dégager une majorité suffisamment nette à l’Assemblée Nationale.

Dans la tête de nombre de ses soutiens, le porte-drapeau de la France Insoumise reste un vecteur d’espoir, un relais de la colère, un porte-voix… Que pourrait-il vraiment faire au sommet de l’Etat ? Aurait-il vraiment les moyens matériels de mettre en place les mesures autoritaires qu’il défend vis-à-vis de l’Europe et du capital quand on connait la complexité des arcanes administratives ? Sur ces questions, le discours tâtonne encore mais le message passe, petit à petit. Et pour certains c’est tout ce qui importe. En gros, la suite, on avisera ultérieurement en fonction des événements. De toute façon, vu que tout le monde s’accorde à dire que cette campagne est imprévisible, qui sait ce qu’il peut encore arriver ?

Olivier COLLET