Tours

Camille Esteban : la chanson au rebond

La Blésoise, étudiante à Tours, brille dans la nouvelle saison de l’émission The Voice. On l’a rencontrée.

Camille Esteban a le voyage dans le sang. Née à Blois, résidente des Montils, elle est originaire d’Espagne, et on sent bien qu’elle pourrait nous parler des heures de ses séjours en Amérique latine et de son rêve d’y enseigner le français. « Si la musique pouvait me faire voyager » lâche-t-elle, songeuse… La première partie de son vœu est déjà exaucée. Depuis fin 2016, la jeune femme qui a fêté ses 20 ans mi-novembre enchaîne les allers-retours entre le Val de Loire et la capitale. C’est la fierté de la région cette année dans l’émission The Voice de TF1 : le 25 février, sa reprise de Diam’s a sonné juste dans les oreilles de Florent Pagny qui a voulu la voir poursuivre l’aventure de ce programme destiné à découvrir de nouveaux talents.

Dans le Loir-et-Cher, Camille a déjà une certaine notoriété : depuis quelques années maintenant, elle enchaîne les bœufs et les scènes, court les festivals. La musique est au cœur de sa vie mais cela n’a pas toujours été le cas : « j’ai fait beaucoup de basket pendant 15 ans et j’ai arrêté pour la musique il y a 4 ans même si ça a été dur. » Que s’est-il passé ? « Un jour j’ai trouvé une guitare à la maison, j’ai eu envie d’essayer. J’ai pris 2-3 cours à Blois mais ça ne m’a pas plu. On ne m’apprenait pas ce que je voulais. Donc j’ai continué seule, juste pour m’accompagner quand je chantais. » Une envie de pousser sa voix qui est aussi venue sur le tard : « ce sont mes copains qui m’ont dit que je chantais juste. »

Pendant ses années lycée, l’élève Camille fait une découverte : « juste à côté il y avait La Fabrique, un espace pour les jeunes. Je m’y suis inscrite pour avoir accès à la salle de musique. C’est là que les rencontres ont commencé : j’y allais tous les midis juste après les cours et le soir pendant 2h. Je m’entraînais à fond sur les chansons que j’aimais bien. » Au bout d’un an, ça devient encore un peu plus sérieux : « on m’a proposé une scène ouverte à Blois, dans un bar. Je suis super sociable mais pour moi c’était impensable de jouer devant quelqu’un. » Il faut croire qu’elle s’en est bien sortie puisqu’elle recommence, et plutôt dix fois qu’une : « à la fin de ma Terminale, on a commencé à me proposer des premières parties comme celle de Guillaume Grand et j’ai publié mes premières vidéos. »

C’est vraiment à ce moment-là que la musique prend le pas sur le reste : fini le basket, « même si j’en fais encore un peu à la fac à Tours. » Bac ST2S en poche, elle enchaîne les scènes et tente une prépa scientifique en vue d’intégrer l’école de médecine tourangelle. Echec. Ce sera finalement les études littéraires, spécialité espagnol, aux Tanneurs. Les études avant tout, quitte à refuser des opportunités qui ne se présentent en théorie qu’une fois dans une vie. Comme par exemple dire non à un mail des casteurs de The Voice qui l’avaient repérée : « j’ai eu un gros stress, je n’étais pas prête. Je me suis dit, ‘Cam’, pose toi un peu.’ Je préférais bosser mon projet à côté parce que je vis ça comme une passion. »

Sur ce coup-là, Camille Esteban le reconnait, elle a manqué d’impulsion : « depuis trois ans je dis à mon papa que j’ai laissé passer une chance en or. » Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : « un jour, il y a un an, je reçois un appel à la maison, sur le téléphone fixe… » C’était l’équipe de l’émission qui voulait voir de quoi elle était capable suite à une démarche engagée par son père. Le début d’un véritable marathon de castings : « le premier c’était au Mans. On était 300 et j’ai fait partie des 2 qui ont été repérés. » Les auditions continuent jusqu’en septembre, où on lui demande de choisir un titre qu’elle pourrait présenter devant les coachs, sur le plateau. « Je me suis d’abord demandé en quelle langue chanter. Et j’ai choisi le français. Je voulais qu’on se rappelle de moi, même si aucun d’eux ne se retournait. »

Après réflexion, elle opte pour un texte de Diam’s : « je l’écoutais pas mal, ce qu’elle fait me parle. C’est une rappeuse de ma génération. Elle est un peu aux oubliettes aujourd’hui, mais les jeunes ne l’ont pas oubliée. » Pas suffisant pour convaincre les équipes de TF1, alors elle y met tout ce qu’elle a. « Dans le noir (le titre qu’elle a finalement chanté, ndlr), c’est une chanson qui parle aux jeunes. Elle me fait penser à moi, dans l’ombre de la musique. Là, je serai dans la lumière. C’est une chanson aux paroles engagées, qui critique vraiment la société. » Ca finit par passer, et Camille prend le micro un soir de novembre, devant les fauteuils retournés d’M Pokora, Zazie, Mika et Florent Pagny + le millier de spectateurs dans le public.

Florent Pagny est le seul à être suffisamment séduit pour se retourner, ce qu’il fait d’ailleurs assez rapidement : « à ce moment-là je ne pensais plus aux paroles. Je souriais alors qu’elles sont tristes. Je me posais plein de questions, je me disais que j’allais louper des cours à la fac… En plus Florent Pagny c’était vraiment le coach que je voulais. Son goût pour l’Amérique latine m’intéresse, et vocalement il est impressionnant : c’est l’une des meilleures voix de France. »

Sur son nuage, la Ligérienne retourne aux Tanneurs dès le lendemain, sans pouvoir parler de ce qui vient de se passer. Elle finit tout de même par le lâcher à quelques profs et à l’encadrement, pour des raisons d’organisation de son emploi du temps, « et ils ont tout de suite été derrière moi. » La machine de l’émission se met en branle : shootings, interviews, répétitions en vue de la prochaine émission à tourner : une battle où Camille sera opposée à un autre candidat de l’équipe de Florent Pagny avec qui elle chantera la même chanson. Seul l’un des deux pourra alors poursuivre l’aventure. En parallèle, l’étudiante valide son semestre : « ouf ! ».

En attendant de voir si elle passera la deuxième épreuve de The Voice, Camille Esteban garde donc les pieds sur terre et poursuit son chemin avec ses projets locaux, et son groupe d’amis en guise de musiciens : « je commence à bosser mes chansons, j’écris tout : les paroles et la musique. J’enregistre chez-moi, et j’envoie aux musiciens pour qu’ils bossent de leur côté. Actuellement j’ai une dizaine de chansons de prêtes. J’aimerais bien pouvoir sortir un EP cette année, c’est mon objectif. » Le son d’Outkast retentit en sourdine dans le café, mais ça ne lui échappe pas : « ça, j’aime beaucoup ! » Tout comme Selah Sue, Amy Winehouse, Lauryn Hill, Mickael Jackson (« j’ai tous ses albums ») mais aussi le rap d’Oxmo Puccino, Georgio, NTM, IAM (« j’ai écouté les vieux albums rock de mon papa »), « et en ce moment j’écoute beaucoup de reggae. »

Toutes ces influences entre voix puissantes et chanteurs engagés forment l’identité musicale de Camille, une pétillante chanteuse à la voix solide et attachante qui ne quitte par ailleurs jamais un élégant et volumineux chignon qu’elle portait déjà sur les terrains de basket. De quoi symboliquement l’aider à sauter toujours plus haut pour marquer des points.

Olivier COLLET