Tours

Le Bateau Ivre garde son nom et s’enivre

Les travaux de la salle de concert tourangelle devraient commencer à la rentrée pour une réouverture fin 2018.

Au rythme où vont les choses, il n’est pas impossible que les activités culturelles reprennent au sein du Bateau Ivre avant que les premiers clients des hôtels Hilton ne puissent dormir dans leurs chambres avec vue sur la Loire en haut de la Rue Nationale. Ce jeudi soir à Tours, les sociétaires de la SCIC Ohé qui s’apprête à racheter la salle de concert tourangelle de la Rue Edouard Vaillant étaient conviés à une grande assemblée générale, de quoi y voir plus clair sur l’avenir du site culturel en voie de renaissance. Il y a du nouveau et les voyants sont globalement au vert « malgré quelques difficultés. »

Rappelons les faits : afin de ne pas laisser Le Bateau Ivre à l’abandon depuis sa fermeture ou – pire – qu’il soit rasé en vue de construire autre chose à la place, un collectif s’est battu pour obtenir les fonds nécessaires afin de racheter le bâtiment et le restaurer. Après de nombreuses manifestations, une souscription publique d’une ampleur inédite, quelques polémiques et des rendez-vous institutionnels, le propriétaire (la SEMIVIT) a accepté de revendre moins cher que le prix payé au moment de son acquisition des locaux, soit à 270 000€. « On devrait pouvoir officiellement signer la vente au mois de juillet ou juste après l’été » expliquent désormais Franck Mouget, leader de la mobilisation, et Carole Lebrun, présidente de la société coopérative.

Devant un peu plus de 300 personnes (sur les 1 500 qui ont au moins investi 100€ pour participer au sauvetage du Bateau), ils ont fait le bilan de l’avancée des démarches et explicité les prochaines étapes. La vente en juillet, donc, puis le début des travaux pour se débarrasser de l’amiante qui infeste les murs ou encore mettre en accessibilité la salle de 600 places (dont 165 au balcon). Le chantier en lui-même est estimé à 530 000€ « mais on espère réussir à faire baisser le montant en faisant certaines choses nous-mêmes et en organisant par exemple des chantiers participatifs. » Les opérations pourraient commencer à la rentrée et durer environ 1 an (démolition – reconstruction).

Avec 266 700€ récoltés depuis le début des opérations, la SCIC Ohé qui regroupe des particuliers, des associations, des acteurs culturels mais aussi des collectivités locales (les villes de La Riche, St-Pierre-des-Corps et Chambray-lès-Tours + la région Centre-Val de Loire qui va rajouter 100 000€ au capital), il n’y a pas de quoi tout payer (entre le rachat et les travaux, le montant total dépasse les 850 000€) : « nous avons donc obtenu un prêt de 200 000€ auprès de la Caisse d’Epargne, et puis il est toujours possible de prendre des parts sociales. L’objectif est de doubler le nombre de sociétaires d’ici l’ouverture, de passer à 3 000. »

En parallèle, des actions (baptisées « distilleries ») vont êtres organisées afin de récolter des fonds. L’une d’elles aura lieu au moment de l’officialisation définitive du rachat : « une soixantaine d’artistes ont accepté de faire don d’une œuvre qui sera vendue aux enchères. Nous organiserons cela lors d’une journée pluridisciplinaire avec du théâtre, de la musique, de la gastronomie… » Car l’idée des administrateurs est d’ouvrir le lieu aux Tourangeaux dès que possible, même avant la reprise des spectacles et activités. Par ailleurs, au moment de l’inauguration de la nouvelle Passerelle Fournier (en avril, à priori), une chaîne humaine s’étendra de la porte du Bateau au Sanitas, « pour assumer notre ouverture d’esprit » et au passage faire écho à l’autre chaîne qui avait lancé le mouvement entre la salle et la mairie. 

Dernier point, et non des moindres, quel nom portera cette nouvelle salle ? Fallait-il garder Le Bateau Ivre ou changer pour marquer une nouvelle époque ? Les sociétaires ont été appelés à voter et à 76% ils ont souhaité un statu quo. La Bateau Ivre a vécu et revivra, ce n’est plus qu’une questions de mois.

Olivier COLLET