Tours

Les Tourangelles se battent pour leurs droits et leur avenir

En cette journée des droits des femmes, elles prennent avec brio une parole que l’on n’entend pas assez souvent alors que les statistiques démontrent des inégalités tenaces de partout.

« Vous êtes la première à me dire cela aussi clairement » : ces mots sont sortis de la bouche du préfet d’Indre-et-Loire, et adressés à une habitante du Sanitas qui venait de lui expliquer les dangers de la destruction programmée de 400 logements sociaux dans le quartier, ce qui pourrait – selon cette bénévole – condamner des écoles de proximité. S’il a été clair sur le fait qu’il était apparemment trop tard pour reculer, Louis Le Franc a semblé sincèrement préoccupé par la question soulevée. Et pourtant cette femme est déjà investie depuis longtemps dans le conseil citoyen qui suit ce projet de rénovation urbaine au cœur de Tours. Mais manifestement ses craintes n’étaient pas remontées aussi haut auparavant. Dommage…

De quoi illustrer à merveille l’objectif et l’enjeu de la réunion organisée ce mercredi 8 mars dans les salons de la préfecture : le représentant de l’Etat en Touraine a rassemblé une petite dizaine de femmes issues des quartiers prioritaires pour découvrir leur parcours, écouter leurs difficultés, prendre connaissance de leurs forces, mais aussi des obstacles auxquels elles peuvent encore être confrontées. Ces femmes (une avocate, une enseignante du CFA de Joué-lès-Tours, une Tourangelle en recherche d’emploi vivant au RSA ou encore une dirigeante d’entreprise), ont souvent fait état de leur vie professionnelle réussie, menée en tandem avec une vie de famille (et non pas « malgré » leur vie de famille, c’est toute la nuance). Des témoignages enrichissants, mais aussi le sentiment que des rencontres comme ça organisées plus fréquemment pourraient permettre d’enrichir la démocratie.

Au même moment, à quelques centaines de mètres de là Place Jean Jaurès, d’autres Tourangelles avaient aussi beaucoup de choses à dire. Des syndicalistes, des militantes féministes, des anonymes : pas invitées sous les ors de la République mais pleines de revendications. Le meilleur exemple étant l’horaire de leur rendez-vous : 15h40, l’heure symbolique à partir de laquelle, chaque jour, les salariées travaillent « bénévolement » du fait de l’écart moyen des rémunérations entre hommes et femmes. « Ca représente presque deux mois dans l’année » explique la déléguée départementale aux droits des femmes, Nadine Lorin.

Selon l’INSEE, en Centre-Val de Loire, pour un travail en équivalent temps plein, une femme touche en moyenne 18,3% de moins qu’un homme (chiffres pour 2014, soit une somme conséquente atteignant presque 5 000€ sur 12 mois), c’est même -20,9% pour les cadres. Et comme de nombreuses femmes sont à temps partiel, au final, leur revenu moyen est inférieur de 22,6% à celui de leurs homologues masculins. Notre région n’est pas la pire dans ce domaine (c’est plus de 20% d’écart dans le Grand-Est ou en PACA), mais par rapport à La Réunion où la différence n’est « que » de 8%, on se rend bien compte du fossé. On peut tout de même noter que la situation a tendance à s’améliorer : les chiffres publiés il y a un an évoquaient un écart de 18,6% pour le salaire moyen à temps plein, et même 21,7% pour les cadres.

Et les inégalités ne s’arrêtent pas là. Par exemple, dans notre région, plus de 90% des filles ont le bac contre 85% des garçons. Et même si elles sont plus nombreuses à être diplômées, leur taux d’emploi est encore inférieur de 13% à celui des hommes (en 2013, contre 19% en 1999). « Dans les quartiers prioritaires, ce sont même 47% des femmes qui n’ont pas de travail » a-t-on entendu lors de la réunion de la préfecture. Le taux de chômage des femmes en Centre-Val de Loire était de 11,3% en 2013 contre 9,9% pour les hommes. Ces messieurs sont 4,5% à travailler à temps partiel dans nos 6 départements contre 24,8% des femmes ! Enfin, le plus marquant : en 2014 d’après l’INSEE, 85% des cadres dirigeants travaillant en Centre-Val de Loire étaient des hommes, contre 15% de femmes.

On conclura avec cette réflexion d’une manifestante de la Place Jean Jaurès : « je suis Américaine. Je suis venue ici à cause de ce qu’il se passe chez-nous avec Donald Trump mais en France aussi je m’inquiète fortement sur ces questions » nous disait-elle en référence au climat de la campagne présidentielle.  Si la loi interdisant le port du pantalon aux femmes a (enfin !) été supprimée des ouvrages législatifs, il y a encore de grands enjeux politiques et sociétaux à réaliser. Et c’est bien plus qu’un symbole.

Olivier COLLET