Tours

A Tours, Eric Woerth sort les crocs pour soutenir François Fillon

L’ancien ministre est venu assurer le SAV du candidat Les Républicains à la présidentielle. Non sans être chahuté.

En ce moment, dans le camp de la droite, ça ne va pas fort. François Fillon est au cœur d’une polémique sur l’emploi réel ou fictif de sa femme en tant qu’attachée parlementaire ce qui le met en mauvaise posture pour le 1er tour de la présidentielle du 23 avril dont il était jusqu’ici un favori. Lui, le candidat qui déclarait « Qui imagine le Général de Gaulle mis en examen ? » se voit obligé de s’excuser d’avoir cédé à des pratiques que les Français ont du mal à accepter. Depuis, il estime que c’est bon, qu’il a payé sa dette, il a perdu de sa hauteur et de son orgueil en prononçant ces mots donc maintenant il peut reprendre le cours de sa campagne et qu’on lui lâche les baskets.

Sauf que beaucoup d’électeurs ne l’entendent pas de cette oreille. Ses opposants, qui l’accueillent à Compiègne en tapant sur des casseroles, et même ses partisans, qui posent des questions gênantes devant tout le monde en meeting comme ce fut le cas ce mardi soir à Tours. En face, ce n’était pas François Fillon mais Eric Woerth. Mais si, vous vous souvenez ? Il a été ministre sous Sarkozy. Et, c’est amusant, devant la salle des mariages de l’Hôtel de Ville il a présenté comme un atout le fait d’avoir lui aussi été mis en cause dans une (enfin, des) affaire(s), sur le mode je-m’en-suis-relevé-regardez-je-suis-toujours-là-on-me-fait-encore-confiance-pour-aider-mon-camp-à-gagner. Comme si c’était une fierté d’avoir été porté à la Une et scruté de près par la justice pour prouver sa force politique (il a été relaxé par exemple dans l'affaire Bettencourt).

Du coup, devant les militants Les Républicains (« plus de 500 ! » s’enthousiasme le responsable du parti Fabrice Boigard, en vrai moins de 400), il est venu lister les éléments de langage : « on ne va pas nous voler notre campagne ! » a-t-il notamment répété plusieurs fois. Quand on entend ça, on se dit qu’il va du coup faire l’essentiel de son discours sur les idées de François Fillon, son projet. Pour que ce soit le message qui reste dans la tête en quittant la salle. Eh non ! Sur 45 minutes de discours, il en a d’abord passé 5 à parler de l’affaire Fillon, en enchaînant les slogans et faisant de la calinothérapie à des militants invités à huer ou applaudir en fonction des bons mots : « on est en train de réussir la mobilisation. François Fillon montre une sacrée force, il est combatif, déterminé, les coups ne portent plus. On ne lâchera pas (on dirait un slogan de la CGT, ndlr). »

Sans trop la nommer directement au départ, il a évoqué la presse parlant « d’une avalanche d’insultes », d’un « engrenage infernal », d’une « machine à salir » : « On utilise tous les moyens même les plus sordides mais c’est important de ne pas se laisser intimider. » Puis, plus tard, il raille clairement les chaînes d’info en continu qui diffusent en boucle les fameuses images du concert de casseroles avant le meeting. Ca ne loupe pas : la salle fait wouhou.

Et sinon, le projet ? Ah, non, d’abord Eric Woerth veut parler des autres candidats. 7 minutes sur Mélenchon, Le Pen, Hamon… Puis autant sur Emmanuel Macron. Ca donne une idée de la hiérarchie des adversaires du camp LR (au fait, on n’a pas vu les ténors centristes tourangeaux au meeting jeudi soir). Alors, Macron c’est « la gauche des banalités », « immature », « une supercherie. » Celle qui veut « s’assurer les voix des banlieues » ajoute l’ancien ministre en faisant référence à la phrase forte du candidat d’En Marche évoquant « un crime contre l’humanité » lors d’une réponse à une question sur la colonisation française en Algérie. En introduction de la soirée, le maire de Tours Serge Babary a lui estimé que la France était un « pays d’histoire » ce qui englobait « le travail fait en Algérie pendant la colonisation. » Un tout autre point de vue permettant de s’assurer les applaudissements d’une salle à la moyenne d’âge très élevée...

Après 20 minutes de piques, voici venu le temps de parler programme. Le cap est fixé : « faire 100 milliards d’économies sur les 1 200 milliards » dépensés chaque année. L’idée étant que l’Etat ne dépense pas plus de 50% du total de la richesse nationale produite par la France. Une ambition déjà fixée par Nicolas Sarkozy, rappelle justement Etic Woerth (qui a été en charge du budget au gouvernement) mais qui lui trouve dans la foulée une excuse pour ne pas avoir réussi : « la plus grave crise du siècle » (en même temps, le siècle en question vient de débuter…).

Que faut-il faire d’autre pendant le prochain quinquennat ? « Baisser les impôts des entreprises de 40 milliards d’euros, plus 10 milliards pour les ménages. Supprimer l’ISF. Mettre en place une universalité du quotient familial. Supprimer le verrou des 35h dans les entreprises en négociant le temps de travail… » Après avoir énuméré ces quelques mesures, Eric Woerth nous sort cette phrase surprenante : « bref, je pourrais détailler mais ce n’est pas le lieu. » Ah bon ? Mais si ce n’est pas en meeting qu’on explique le programme, on le fait quand alors ?

Bon, à sa décharge, le public présent avait surtout besoin d’explications sur l’affaire Fillon. C’est un conseiller municipal (le p’tit nouveau, Patrick Bonhomme) qui a ouvert les hostilités pendant la séance de questions-réponses proposant que le candidat rembourse les sommes perçues sous forme de dons à des associations (il s’est fait huer). Puis un autre demande : « comment peut-on encore gagner avec cette image ? » pendant que la salle lui dit « chuuuut ». Chez Les Républicains, la façon officielle de gérer un souci se résume quand même pas mal au fait de glisser la poussière sous le tapis et chercher un bouc-émissaire…

O.C.

Sinon, alors qu’une femme dans la salle demande à Eric Woerth sa position sur le centre de déradicalisation de Pontourny et sur la manière de lutter contre la radicalisation en général, on a été privé de réponse. L’élu du chinonais Hervé Novelli (qui espère redevenir député) a préféré prendre la parole pour donner son avis sur l’échec du centre. On aurait pu attendre du représentant national du jour un début de programme pour savoir ce que François Fillon pourrait faire, mais non. Il faudra donc (pour l’instant) se contenter de la proposition sécuritaire de tête de gondole ressortie du chapeau cette semaine : l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans.