Tours

Foyer Albert Thomas de Tours : « ce n’est pas un collectif qui fait la loi »

Le maire et le préfet ont voulu mettre les points sur les i. En face, les militants mobilisés ne faiblissent pas.

Ce jeudi, le Comité de Soutien au Foyer Albert Thomas de Tours appelle à une manifestation dès 18h Place Jean Jaurès, et espère du monde pour peser face à la mairie et l’Etat qui ne vont pas du tout dans leur sens. Parmi les membres de ce collectif : Chrétiens Migrants, les syndicats Sud et Solidaires, RESF37, ATTAC 37… Des partis politiques tels qu’EELV ou le PS appellent aussi à participer. Leur objectif : garantir un accueil au foyer Albert Thomas aux 36 personnes qui y étaient hébergées avant la liquidation judiciaire de l’association qui gérait ce centre d’hébergement d’urgence, et ce sans distinction, qu’ils soient SDF ou demandeurs d’asile.

Ce mercredi, le préfet d’Indre-et-Loire et le maire de Tours ont voulu présenter leur version des faits, tout en affichant leur sévérité face au fameux collectif dont ils désapprouvent les méthodes. Tout commence par un rappel historique : « l’association du foyer Albert Thomas avait pour mission d’assurer de l’hébergement d’urgence, et non de l’hébergement. C’est pour cela qu’elle recevait des crédits de l’Etat. Elle le faisait dans des locaux appartenant à la ville de Tours, permettant d’accueillir 36 personnes » a détaillé Louis Le Franc. Oui mais voilà, d’un coup, l’association s’est retrouvée avec d’énormes pertes : « on nous dit 60 000€ mais je crains que ce soit plus » s’inquiète le représentant de l’Etat.

Comment se fait-il que personne n’ait remarqué ces difficultés ou donné l’alerte ? C’est une question à laquelle on n’a pas la réponse. Et c’est quand même un sacré problème. « A quel titre on aurait dû se soucier de la gestion ? » interroge Serge Babary (les comptes avaient été certifiés par un commissaire). Et le préfet d’ajouter : « de toute façon, on aurait pas pu rallonger l’enveloppe financière. » Bref, quoi qu’il en soit, les faits sont là, et la structure a donc été liquidée, entraînant le début d’une procédure de licenciement pour la demi-douzaine de salariés.

Pour remplacer le foyer officiellement fermé le 26 décembre, la mairie de Tours a mis à disposition le gymnase Paul Racault avec accueil de nuit, intimité garantie, douches, repas… Mais seules 2 à 3 personnes y dorment. Les autres sont restées dans les locaux. « Ils n’ont jamais été fermés, ils sont ouverts et ils resteront ouverts » a garanti Serge Babary, assumant sa responsabilité de maire. Il prévient néanmoins : au moindre incident, il engagera une procédure judiciaire en vue d’une expulsion. Mais il affirme ne pas avoir l’intention d’en arriver là, idem pour le préfet : « on veut essayer de traiter cette affaire de façon humaine. » Et même si ça doit prendre du temps.

De la patience, il va d’ailleurs en falloir. A l’heure où l’on écrit ces lignes, on estime que le feuilleton devrait encore durer un bon mois. Voici pourquoi : après la liquidation judiciaire de l’association, la préfecture a promis le maintien des 36 places d’hébergement d’urgence. Pour savoir qui va désormais les gérer, elle va lancer un appel à projets ce jeudi. Le préfet affirme qu’il sera très vigilant sur les candidats : « il faudra qu’ils aient des personnels qualifiés. Il ne faut pas que l’hébergement d’urgence soit assuré par des autodidactes. » Ce qui ressemble à un message envoyé aux salariés du foyer liquidé… « Mais si certains ont les compétences, ils pourront être repris par cette nouvelle structure » ajoute Louis Le Franc. Ce serait vers la mi-février. D’ici cette date, le gymnase Racault restera disponible.

Les représentants des autorités ont été clairs : le bâtiment hébergeant le foyer Albert Thomas est tout à fait apte pour de l’hébergement d’urgence : « chaque année, en tant que propriétaire, la mairie y a fait 20 à 30 000€ de rénovations » assure le maire de Tours. Donc à priori pas de raisons pour que les fameuses 36 places soient redispatchées ailleurs.

En revanche, comme on l’évoquait plus haut, la ville et l’Etat veulent que le site se consacre exclusivement à l’hébergement d’urgence : « il y a des demandeurs d’asile qui peuvent être réorientés vers une solution d’hébergement pérenne en CADA. Et des réfugiés vers les bailleurs sociaux. On voudrait donc qu’ils viennent vers nous » espère le préfet. C’est là que ça coince sérieusement… En face, le collectif craint des expulsions de certains étrangers dont la demande d’asile a été rejetée. Sauf qu’en fait, on ne sait pas du tout qui était réellement hébergé dans ce foyer : « on a bien un listing mais il faut qu’on le vérifie » explique la préfecture qui indique que l’Entr’Aide Ouvrière, censée gérer la répartition des personnes à héberger, « n’avait pas la main » sur le foyer. En clair, que certaines personnes accueillies dans les lieux étaient passées par des moyens détournés pour y dormir.

Ce mercredi après-midi, une représentante de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale a voulu se rendre au foyer pour recenser les résidents. « On lui a fait obstacle » déplore Louis Le Franc, agacé : « on n’est pas là pour maltraiter les gens mais il faut qu’on puisse travailler sereinement. » Et le maire Serge Babary se fait encore plus sévère : « il y a un certain nombre de personnes et collectifs qui ont une attitude irresponsable. Ils utilisent la misère humaine pour de l’agitation et servir leurs propres intérêts. Aujourd’hui ce local dont je suis responsable n’est plus géré, il y a un réel problème de sécurité, des bagarres, des intrusions. Ces gens-là n’ont aucune notion de la gestion d’un groupe de cette nature là. S’il y a le moindre incident je tiendrai le collectif pour responsable. Ce n’est pas eux qui font la loi. » Bref, la demande de rendez-vous formulée par le comité de soutien ne semble pas prête à être honorée. Et on peut encore s’attendre à d’autres passes d’armes. Ce jeudi, alors qu'un groupe fourni de manifestants a défilé sous la pluie, les salariés ont publié un communiqué que l'on peut lire ici, en réponse aux propos des officiels.

Olivier COLLET

A retenir aussi : alors que plusieurs personnes affirment que 80 à 100 personnes dorment à la rue à Tours et ne trouvent pas de solution d’hébergement en appelant le 115, numéro d’urgence pour les SDF, la préfecture assure qu’il n’y a que 12 personnes qui ne peuvent pas être accueillies, et que certains soirs il y a une place pour tout le monde.