Tours

Désir Désirs : une programmation qui fait plaisir

Le festival tourangeau revient dès le 1er février pour sa 24ème édition.

Les 6 bénévoles qui planchent sur l’organisation du festival Désir Désirs de Tours ont plus de boulot que d’habitude : depuis juin, ils préparent à la fois la 24ème édition de leur événement avancée cette année au mois de février (du 1er au 7, en majorité aux cinémas Studio) tout en réfléchissant très sérieusement à ce qu’ils vont proposer en 2018, pour leur 25ème année. « C’est un festival avec une thématique assez unique en France, surtout avec cette longévité et cette transdisciplinarité » explique Mickael Achard, qui fait partie de l’équipe. De fait, en plus du cinéma, Désir Désirs propose des expos, du théâtre, des lectures…

Comme son nom le suggère, Désir Désirs porte une attention toute particulière aux questions de genre, de désir et de sexualité, « mais ce n’est pas un festival LGBT » insiste Mickael Achard, bien que plusieurs films abordent cette question. On pourrait plus justement parler d’un festival de société, qui met l'accent des sujets d’actualité, questionne sur des débats de fond en apportant un nouvel éclairage sur des questions essentielles via l’art et la subtilité. Pour 2017, une thématique a été choisie, le monde arabe : « on y réfléchissait depuis deux ans après avoir évoqué le monde hispanique. L’actualité fait qu’il y a de nombreuses questions qui se posent autour des révolutions arabes, de la place de la femme dans ces pays-là, de la façon dont ils abordent la sexualité et le désir ».

« Nous avons déjà des tensions dans nos sociétés occidentales autour de ces sujets, mais il y a d’autres questionnements et tensions encore plus violents dans les pays arabes » poursuit Mickael Achard qui cite les exemples « des homosexuels jetés des toits par Daesh » ou ces ados marocaines « arrêtées parce qu’elles se seraient embrassées. » Pour débattre, comprendre, analyser et militer, 11 invités seront amenés à rencontrer un public toujours plus nombreux (environ 3 000 spectateurs en 2016, dont 1 200 pour les films). Parmi eux, des figures comme Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016 pour Chanson douce, « elle est franco-marocaine et on l’a invitée suite à ses prises de positions après l’affaire des deux ados au Maroc. Elle a dit oui tout de suite. »

« On donne à voir et à regarder des visions, on se questionne » précise encore Mickael Achard pour définir la programmation variée et enrichissante de Désirs Désirs. On citera donc le passage à Tours de Rita el Khayat, auteur marocaine spécialisée sur les rapports homme/femme ou les questions de désir. Dans un édito pour le festival, elle s’alarme : « Alors que l’hétéronormativité s’impose au Maghreb, quelle place donner à l’homosexualité ? L’hétérosexualité demeure en effet la seule forme de sexualité permise religieusement. Tout le reste est tabou et férocement combattu. L’instauration d’un système démocratique représente donc une des clés à l’émancipation des femmes et des minorités, ce que les pays arabes et islamiques ne veulent pas ou ne peuvent pas appliquer. » Il sera possible de la rencontrer le samedi 4 février à 16h, à la bibliothèque des Studio.

Concernant la programmation justement, on citera des pépites comme le film d’ouverture, Moonlight, le 1er à 19h45 : le long métrage, sélectionné aux Gloden Globes, évoque l’histoire de Chrion, un jeune homme noir et homosexuel qui cherche à se forger une identité dans l’Amérique d’aujourd’hui. En préambule, Espace – documentaire d’Elénor Gilbert, prix du public du festival l’an dernier – évoquera la question de la domination masculine dans l’espace à travers le témoignage glaçant d’une petite fille, et ce en présence de la réalisatrice.

Coup de cœur possible aussi pour L’amour en banlieue programmé le 2 à 20h, racontant en 30 minutes l’amour de deux hommes dans un monde où les démonstrations d’affection sont pour le moins inhabituelles. Il sera suivi de Vers la tendresse qui aborde la même thématique. A suivre aussi de près : la projection de Much Loved, autour de la question de la prostitution à Marrakech. « Un film dur, polémique, interdit au Maroc où il est considéré comme pornographique, rythmé par de superbes moments de complicité entre ces femmes rêvant d’ailleurs… » décrit l’équipe du festival. Séance le 3 à 19h45, suivi de la rencontre avec Leïla Slimani, Rita el Khayat et Abdellah Taïa, écrivain et réalisateur marocain.

« Nous avons cherché des films porteurs mais aussi des petites perles, comme le 1er film gay libanais » explique encore Mickael Achard. « Nous avons sélectionné de jeunes réalisateurs et faisons en sorte de les faire venir. » La question du terrorisme sera elle évoquée en filigrane au théâtre, sur la scène de l’Olympia entre le 25 et le 28 janvier avec une pièce qui s’annonce forte : Je crois en un seul Dieu, où trois femmes (une Américaine, une Israélienne et une Palestinienne) sont jouées par la même actrice – Rachida Brakni – et finissent par se retrouver sur le lieu d’un même attentat. S’ajoutent encore à cela deux expositions mais aussi une projection à Blois, « et nous espérons encore engager d’autres partenariats pour intervenir dans le monde rural par exemple » conclue Mickael Achard.

Olivier COLLET

La programmation complète est sur www.festival-desirdesirs.com et dans le teaser ci-dessous…

Désir désirs 2017 - teaser from ideal crash on Vimeo.