Tours

Un café au goût du Soleil du Guatemala

Depuis le printemps 2016, El Cafecito réchauffe et régale les habitués du Vieux-Tours. Rencontre avec Karla, sa passionnante fondatrice.

Il fait gris et froid dehors dans les rues du Vieux-Tours, mais beau et chaud à l’intérieur d’El Cafecito. D’ailleurs un des murs est jaune comme le Soleil, agrémenté d’une porte bleue comme le ciel. Sont accrochées là des photos qui font voyager… C’est un peu comme si l’on avait traversé l’Atlantique en mettant le cap vers l’Amérique centrale. Et il n’y a pas de hasard : c’est de là que vient Karla, pétillante femme de 33 ans à la tête de ce coffee shop ouvert en mai dernier et pensé comme un petit bout de Guatemala en France.

Du Guatemala, soyons francs, on ne connait pas grand-chose, si ce n’est – justement – que c’est un pays reconnu pour ses cafés. Karla y est née, en parle toujours avec amour aujourd’hui, mais a quitté ses racines suite à sa passion inconditionnelle pour Paris puis la France : « depuis toute petite j’en rêvais. Paris est belle et romantique. Alors en 2011, pour mon anniversaire, je me suis offert le voyage, toute seule. Je suis restée deux semaines et je n’ai pas été déçue : c’était extraordinaire et magique. »

Déjà expatriée au Panama dans le cadre de son travail pour une grande multinationale, cette spécialiste du marketing décide de franchir le cap et de prendre une année sabbatique direction l’Hexagone. Nous sommes à l’été 2012, Karla passe 20h par semaine à galérer pour apprendre le français, vit avec deux collocs… Et finit par tomber amoureuse d’un journaliste Tourangeau, « mon prince charmant », au cours d’une fête d’anniversaire à Château-la-Vallière. « J’ai tellement profité que je ne voulais plus rentrer » se souvient-elle aujourd’hui. Problème : pas facile de trouver un emploi dans le marketing à Tours. Elle finit par se faire embaucher par Coca Cola à Paris mais les 4h de transport quotidiennes l’épuisent : « j’étais hyper passionnée par mon métier et je le suis toujours mais il fallait faire un choix, Paris ou Tours. »

Mariée à l’été 2015, Karla envisage donc de créer son propre emploi et de faire honneur à ses origines. Elle commence à préparer le business plan pour ouvrir son propre coffee shop, en s’inspirant des 4 boutiques créées par son frère resté au Guatemala. « J’ai trouvé ça chouette et je me suis dit ‘pourquoi ne pas le faire ?’ » Elle se met en quête d’un local avec une idée bien précise : « je voulais dans le Vieux-Tours mais pas trop près des circuits touristiques pour me créer une clientèle de Tourangeaux fidèles. » Une banque accepte de la suivre début 2016, l’affaire est lancée.

Avant d’ouvrir les portes d’El Cefacito, Karla a repris l’avion et s’est formée quelques semaines avec son frère : « j’ai commencé tard avec le café. Au Guatemala, la tradition c’est de le boire à la maison, les coffee shop sont arrivés plus tard, pour suivre la mode américaine. » D’ailleurs là bas, on risque de vous regarder bizarrement si vous commandez un expresso : « on a l’habitude de boire de grands cafés noirs ou des cappuccinos. » Accompagnée par un grand barista guatémaltèque, la jeune trentenaire fait ses armes et retient vite les leçons : « ce n’est pas si évident de sortir un bon café, c’est un art qui n’a rien de scientifique. Ce qu’on dit c’est qu’il faut trois choses : une bonne machine, un bon café de spécialité et un bon barista. »

De retour en Touraine accompagnée de sa mère, Karla se lance donc dans l’aventure d’El Cafecito Rue du Grand Marché, à deux pas de la Place de la Victoire. En affichant tout de suite la couleur : ici, le Guatemala est la vedette. Tous les cafés viennent de son pays d’origine, via un partenariat noué avec la Caféothèque de Paris qui lui permet de faire venir de petites quantités à un coût raisonnable et de faire varier sa carte tous les mois en fonction des crus des 8 grandes régions où l’on produit du café au Guatemala. Ce n’est pas la seule chose qui est importée : « les photos ont été réalisées par un ami photographe, j’ai aussi ramené des tissus… » et la musique est espagnole, évidemment.

Chaleureux, simple et qualitatif, El Cafecito a vite trouvé sa clientèle : « l’après-midi c’est toujours plein, surtout le samedi » assure Karla qui ouvre désormais 7 jours sur 7 de 11h à 19h grâce à ses deux employés, Juan et Pauline. Elle propose aussi une formule chaque midi pour 10€ avec fajitas ou nachos, cookie et – évidemment – café. Pour le goûter, les pâtisseries sont maison avec cheescake au citron, gâteau au chocolat mais aussi deus spécialités inspirées de l’Amérique : le pastel del elote (gâteau au maïs) et un gâteau à la banane. Dans l’idéal, la jeune femme espère un jour importer elle-même ses produits par bateau pour ajouter, par exemple, du chocolat guatémaltèque à sa carte.

Olivier COLLET