Tours

Après Berlin, une sécurité plus visible et des questions en Indre-et-Loire

Le marché de Noël de Tours sera plus surveillé… en attendant d’être déplacé ?

« On renforce le dispositif, on revient au procédé mis en place l’an dernier après les attentats du 13 novembre. Jusqu’à samedi des agents de sécurité seront là pour inviter les visiteurs à ouvrir leurs sacs et leurs manteaux aux entrées du marché. On va donc rajouter des personnels, ils seront au moins 3 sur 6 entrées et on va en condamner deux autres, celles situées sur les côtés du Boulevard Heurteuloup, face au Grand Passage. » Voilà ce à quoi il faut vous attendre dès ce mercredi si vous allez au marché de Noël de Tours.

Ces propos sont ceux de l’adjoint au maire de Tours en charge de la sécurité Olivier Lebreton. Il a vite dû réagir suite au drame survenu lundi soir à Berlin (12 morts et une cinquantaine de blessés à cause d’un camion qui a foncé dans la foule sur le marché de Noël). Il n’a pas eu le choix, même si le scénario exposé ci-dessus occasionne un coût supplémentaire pour la ville (qui a déjà sorti 40 000€ pour la sécurité des festivités de fin d’année, par exemple en finançant des plots en béton pour éviter les intrusions). Dès mardi matin, l’élu était convoqué en préfecture aux côtés des services de renseignements, du Conseil Départemental, de la police ou de la gendarmerie… et ce avec une obligation de résultat. Cette nouvelle attaque sur le sol européen, qui a tous les airs d’un attentat et rappelle le scénario du 14 juillet à Nice, réveille les douleurs et les craintes des Français. Alors à quelques jours des fêtes de fin d’année, et deux ans jour pour jour après l’attaque du commissariat de Joué-lès-Tours que certains voient comme un acte terroriste, il faut rassurer.

Rassurer, ça veut donc dire doubler ou tripler les effectifs d’agents de sécurité, montrer des uniformes sur le terrain. Mais tout le monde le sait : « c’est une présence dissuasive » précise Olivier Lebreton. Les vigiles sont seulement habilités à regarder les sacs. Ils ne peuvent pas complètement fouiller pour déceler une éventuelle arme dissimulée. En cas de problème, il faudra donc compter sur la police municipale, « armée ! », insiste le préfet d’Indre-et-Loire Louis Le Franc. Les agents patrouilleront en permanence sur les 3 ilots du marché, de la gare à la mairie. La police nationale sera là aussi, « à l’intérieur et à l’extérieur, avec des armes automatiques. » Parmi ses missions : surveiller les files d’attente qui se formeront aux entrées lors des contrôles des sacs… Elles risquent d’être longues (surtout samedi), donc vulnérables. Il faudra alors s’assurer qu’elles se déroulent dans le calme, d’autant que les abords du boulevard sont très fréquentés par les voitures et les bus, donc que les risques d’accidents sont nombreux.

Bref, en quelques heures, les autorités ont monté un plan avec les moyens du bord pour assurer le bon déroulement du commerce et des événements festifs en cette période clé : pas question d’annuler les derniers jours du marché de Noël ou de restreindre la circulation automobile sur le Boulevard comme cela avait été fait pendant le congrès des pompiers en septembre. Et comme les militaires sont concentrés sur Paris, il faut aussi faire avec les effectifs locaux des forces de l’ordre. Elles seront également mobilisées ce mercredi pour le marché de Noël du Domaine de Candé à Monts ou encore samedi soir pour les messes de Noël à la Basilique St Martin de Tours puis à la Cathédrale. Un filtrage particulier des fidèles sera ainsi mis en place et des interdictions de stationner imposées aux alentours.

Limiter les risques sans entraver la bonne marche des événements et des festivités. Voilà donc la mission des services de l’Etat. Ca vaut pour 2016… et pour l’avenir. La préfecture souhaite donc que la ville de Tours réfléchisse sérieusement à l’emplacement de son marché de Noël : « ce n’est pas idéal à cet endroit, éclaté sur 3 ilots. On n’arrive pas à le sécuriser correctement sur une période aussi longue » dit Louis Le Franc qui se préoccupe aussi de la Rue Nationale, première artère commerçante de la ville, piétonne mais qui compte 12 points d’entrées ou des véhicules pourraient foncer dans la foule, par exemple. « Il y a un sujet. Il faut trouver des moyens pérennes de sécurisation des lieux d’affluence » pointe le préfet qui a bien conscience que renforcer la sécurité aurait de grosses conséquences : la ville serait obligée de revoir tout son plan de circulation et les commerçants risqueraient d’être impactés. Il souhaite tout de même une réflexion.

« Il n’y a pas de solution miracle » conclut le représentant de l’Etat qui en appelle à la « vigilance » des Tourangeaux. Ainsi, même si « l’Indre-et-Loire n’est pas l’épicentre du terrorisme » comme il le répète encore et toujours, environ 100 personnes sont fichées pour radicalisation en Touraine, dont une dizaine surveillées de manière très attentive, sur Tours et Joué-lès-Tours. « Et on sait bien aussi que ceux qui commettent des attentats ne sont pas toujours les plus surveillés. »

Olivier COLLET