Tours

Tours veut protéger l’architecture de ses quartiers

Le Plan d’Aménagement et de Développement Durable était en débat lundi soir au conseil municipal.

Plus de 3h de débat pour confronter les visions sur l’urbanisme à Tours… Les élus du conseil municipal de Tours n’ont pas fait dans la demi-mesure lundi soir quand il s’agissait d’évoquer le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la ville, quitte à tourner sérieusement en rond… On va essayer de simplifier tout ça : le PADD c’est un document qui explique ce que l’on peut faire ou pas en matière d’immobilier à Tours, dans le cadre du PLU, le Plan Local d’Urbanisme. Par exemple, peut-on construire une tour de 20 étages à 50m de la Place Plumereau ? Non, justement car des règles ont été écrites afin d’éviter une rupture architecturale (c’est d’ailleurs un peu pour ça aussi que le projet d’aile moderne au Musée des Beaux-Arts a été abandonné).

Il y a quelques mois déjà, la mairie a signé une charte avec les promoteurs immobiliers pour les responsabiliser : « mais ça ne suffit pas » s’est plaint le maire Serge Babary qui explique qu’il fait souvent modifier les plans qui lui sont transmis. « Il faut pouvoir maîtriser les projets car il y a une pression forte des entreprises. » L’élu veut ainsi préserver « les éléments d’identité » de la ville dans des quartiers définis : le centre-ville en secteur sauvegardé, les coteaux de la Loire (qu’il se félicite de voir encore arborés alors que c’est rarement le cas dans les autres villes), les Prébendes et les maisons du XIXème, le quartier Velpeau ou celui des Douets… Dans ses priorités également : qu’une part grandissante des 650 logements construits chaque année à Tours soit de grands appartements pour les familles (4 et 5 pièces) alors que les experts de l’immobilier préfèrent les T1 et T2, plus rentables. Une règle qui figure déjà dans l’actuel PADD de la ville a rappelé l’opposition qui n’est pas favorable à une remise à plat complète des choses et aurait préféré une simple modification.

« Il faut conforter le côté résidentiel de Tours », affirme encore Serge Babary ajoutant « que le renouvellement urbain ne pourra pas bouleverser le modèle qui fait reconnaître notre ville comme harmonieuse. » Mais ça ne veut pas dire que l’on va arrêter de construire, au contraire. « Il faut simplement éviter des différenciations choquantes dans des séries d’immeubles », ces fameux « cubes beiges » que le maire a tant raillés, devenus « des blocs vert pâle ou orange » au conseil municipal ce 19 décembre (ce qui revient à peu près au même). « Cette attitude peut paraître vieillotte mais je l’assume » ajoute-t-il en réponse au socialiste Nicolas Gautreau qui trouvait ses propos « flous et contradictoires. »

Ce PADD n’est pas encore définitif, il ne sera adopté qu’en 2018 après des réunions publiques ou des ateliers avec les habitants, mais plusieurs élus d’opposition y ont relevé des manques importants à leurs yeux. « La construction et la densification se poursuivent » a pointé l’écologiste David Chollet regrettant aussi une stratégie qui ne privilégie pas le développement des transports en commun, néglige la lutte contre le bruit, les améliorations sur l’éclairage public ou la prise en compte de la biodiversité (les chauve-souris, par exemple).

« Il y a un manque d’ambition sur les circulations douces » a estimé Cécile Jonathan (PS), rejointe par Emmanuel Denis (EELV) qui évoque « un retour au passé avec le tout voiture ». Réponse cinglante de Serge Babary : « on ne peut pas barrer les routes, la vie continue. Ces gens-là ne vont pas venir en bicyclette pour déposer leurs enfants à l’école. Derrière la voiture il y a des automobilistes qui ont des obligations, et vous ne les ferez pas forcément venir à vélo même si c’est rigolo. » Dans le public, un spectateur s’agace : « ce n’est pas que rigolo le vélo ! »

D’autres débats vont encore devoir être tranchés dans les deux ans qui viennent : quelles règles par exemple pour l’Ilot Vinci près de la gare (avant on imaginait une tour, ce n’est plus d’actualité, peut-être des commerces ?), ou pour le secteur de la Place de la Tranchée ? Comment urbaniser aussi la zone du Menetton où la ville envisage de construire, sur les bords du Boulevard Louis XI (là encore mal desservi par les transports) ? Comment aussi soutenir l’activité artisanale dans les quartiers comme le veut le maire, alors même que des services publics comme La Poste s’enfuient ? Les coûts de l’immobilier ont enfin été évoqués, l’élu UDE Pierre Commandeur estimant qu’il fallait faire baisser les prix pour permettre à plus de personnes d’acheter (pas sûr que les actuels propriétaires apprécient en revanche de voir la valeur de leurs biens diminuer…). Le débat a déjà été long, et il ne fait que commencer…

Olivier COLLET

A noter aussi : le projet de PADD prévoit une TVA réduite élargie autour des 7 quartiers prioritaires de la ville (Sanitas…). Jusqu’à 500m afin d’y favoriser les constructions. Le document pointe également l’importance de conforter la liaison entre les gares de Tours et St-Pierre-des-Corps (même si on en est loin dans les faits). Comme évoqué plus haut, il veut enfin « mettre la Loire au cœur de la ville » avec peu de nouvelles constructions mais pas non plus « un espace totalement figé. » Un concours international d’idées doit permettre de faire émerger des projets tandis que l’Île Aucard doit devenir « un grand parc de Loire dans le prolongement de Ste Radegonde. » Une enquête web sur l’urbanisme à Tours est par ailleurs ouverte sur le site de la ville, 1 000 Tourangeaux y ont déjà participé.