Tours

A La Table de Jeanne-Marie : des repas solidaires, « et en plus c’est bon ! »

Le restaurant sert le déjeuner gratuitement aux plus démunis chaque midi. Reportage.

Même sans savoir précisément où se situe La Table de Jeanne-Marie, on peut facilement trouver l’endroit en flânant dans le quartier Velpeau de Tours : il suffit de s’orienter à l’odeur vers le 43 de la Rue des Abeilles. Dès la fin de matinée, l’air commence à sentir bon en fonction de ce que les bénévoles préparent dans la cuisine aménagée dans un ancien garage. Avant, ici, il y avait une entreprise. Aujourd’hui, c’est un restaurant solidaire ouvert 365 jours par an, (et même 366 jours en cette année 2016 bisextile), et qui s’apprête à fêter son 1er anniversaire. C’est l’histoire d’un pari de bénévoles pas gagné d’avance mais particulièrement réussi, une initiative qui permet à chacun d’avoir l’assurance d’un bon repas chaud et équilibré quelle que soit ses moyens ou la saison.

Patrick Bourbon fait partie des fondateurs de l’association : « on donne à manger à 50-60 personnes par jour, gratuitement. A Tours de nombreuses personnes n’avaient pas de quoi manger ni de lieu où se restaurer. Il y avait donc un besoin réel. Au départ on pensait en servir 30-40 mais c’est plutôt une cinquantaine à chaque fois et un samedi midi on a eu jusqu’à 90 convives. C’est fermé à personne. Au départ on pensait surtout accueillir des migrants mais maintenant il y a aussi des Français, jeunes ou vieux, un peu désinsérés socialement, et qui viennent manger à La Table de Jeanne-Marie. »

Dans la cuisine, les choses sont bien organisées : salade, cervelas, viande en sauce dans la cuisinière… Le menu est préparé à partir de 10h30 chaque matin, et les premières personnes arrivent à ce moment-là pour se mettre au chaud. Certaines resteront jusqu’à 15h30, heure de fermeture du local et à la fin du service, les plus motivés ne manqueront pas de passer de l’autre côté pour faire la vaisselle, souvent avec bonne volonté. Ici ce n’est pas un lieu d’hébergement où l’on peut passer la nuit, simplement une respiration dans le quotidien, un accueil chaleureux : « certains jours, on a eu des danses et des chants avec des djumbes. C’était très sympa » se souvient Patrick Bourbon. Au fait, pourquoi La Table de Jeanne-Marie ? « C’est une référence à Brassens avec La Table de Jeanne, un peu libertaire, et à Jeanne-Marie, une noble qui avait distribué sa fortune aux pauvres au pied du tombeau de St Martin. »

Les denrées alimentaires viennent des épiceries sociales, de boulangers ou des grandes surfaces. Les bénévoles sont de tous horizons, souvent retraités. Ils sont presque une quarantaine et se sont organisés avec un grand planning affiché dans la cuisine. Même le jour de Noël ou le 1er janvier il y aura du monde aux fourneaux. Et les réserves sont pleines : les armoires sont pleines de pain, de légumes… Bref, on mange équilibré, et il y a de quoi satisfaire tous les régimes alimentaires : « au début il n’y avait pas grand monde pour prendre de la salade, et maintenant ils en redemandent » racontent les cuisiniers avec le sourire. Certains peuvent aussi repartir avec les restes, pour ne rien gaspiller.

« A La Table de Jeanne-Marie, ensemble, les gens créent des liens » se félicite encore Patrick Bourbon. Des liens qui se créent aussi avec l’extérieur. Souhaitant changer de locaux pour s’agrandir vu l’affluence, l’association a lancé une campagne de financement participatif. Plus de 16 000€ ont déjà été récoltés sur un objectif de 30 000€, et vous avez jusqu’à début janvier pour participer : « on voudrait acheter ou louer et on est très optimiste » explique le cofondateur avec le sourire : « personne ne pensait qu’on allait réussir à avoir autant de bénévoles et nourrir autant de monde sans aucun problème même si on est un peu victime de notre succès. La solidarité ça marche, et même très bien. On fait vraiment des rencontres ici. C’est une occasion de s’enrichir mutuellement. »

Olivier COLLET