Tours

Les start-ups tourangelles font affaire au Portugal

10 d’entre elles ont participé au salon Websummit de Lisbonne du 7 au 10 novembre.

Une petite semaine (de travail) au Portugal pour 300€, transport et hôtel compris : « merci Tour(s)Plus et la région Centre-Val de Loire » disent en chœur les jeunes chefs d’entreprises partis à Lisbonne du 7 au 10 novembre dernier. Ce voyage, ils l’ont fait pour participer à la 6ème édition du Websummit, un salon dédié aux nouvelles technologies, un grand événement professionnel européen qui réunit pas moins de 15 000 sociétés mais dont les tarifs sont hors de prix : 40 000€ pour 8m². Inaccessible pour une structure en plein développement. Du coup, la plupart des boîtes ne louent qu’1m² et n’y restent pas plus d’une journée, profitant du reste de l’événement pour aller à la rencontre des participants.

Mais comme Tours affiche l’ambition de voir ses jeunes pousses briller à l’international via ses accélérateurs de start-ups et le label « French Tech Loire Valley », l’agglo tourangelle s’est associée avec la région et l’agglo d’Orléans pour financer un stand (de 8m², donc) afin d’offrir une vitrine au Val de Loire. 14 entreprises, 10 de Tours et 4 d’Orléans, ont donc pu profiter de la subvention prenant en charge 90% du coût du voyage. « Nous avons eu de nombreux contacts avec des start-ups qui voulaient savoir ce que c’était la French Tech Loire Valley et nous avons pris contact avec des sociétés qui souhaitaient par exemple partir de Paris » note Thibault Coulon, élu (LR) tourangeau qui a aussi fait le déplacement en tant que VRP de l’ex usine Mame, devenu Cité du Numérique, un espace où les entreprises peuvent s’installer à loyer modéré pour développer rapidement leur business.

« On a besoin de rendre visible ce que l’on fait ici pour donner envie à d’autres de nous rejoindre depuis l’extérieur. Nous venons par exemple de faire visiter les locaux à une entreprise anglaise qui veut partir suite au Brexit » poursuit Thibault Coulon. De son côté, l’entreprise My Serious Game a pu profiter du salon pour concrétiser sa stratégie de développement à l’international : « les contacts ont été peu nombreux mais très qualifiés » expliquent Aurélie Duclos et Pierre Tostain qui font partie de la quinzaine de salariés de ce nouvel acteur de la formation tourangeau, spécialisé dans la formation digitale via des vidéos depuis deux ans : « nous recrutons une à deux personnes par mois et nous avons des clients comme la SNCF, Bouygues ou Carrefour. Il y a beaucoup de concurrence mais nous faisons partie des leaders du marché. »

Afficher ses réussites pour convaincre de nouveaux clients, c’est aussi le créneau choisi par Julien Dargaisse représentant Interview App (qui permet de faire passer des entretiens vidéo automatisés pour du recrutement ou des évolutions professionnelles) : « en voyant que l’on travaillait avec EDF, son homologue portugais est venu nous voir » explique le jeune homme qui a aussi convaincu LVMH ou Adecco. Pour Many Sinn Thin, ce Websummit portugais était le deuxième. Il s’était déjà rendu à l’édition 2014 (à Dublin) et en a retenu les leçons : « on était parti avec l’impression d’avoir une idée géniale, celle d’une application pour partager son temps libre, et on s’était rendu compte que plein de personnes avaient la même. Ca nous a permis de prendre du recul et montre qu’une idée ce n’est pas grand-chose, c’est la réalisation qui compte. » Cette fois, avec le projet Aintro, il est parti dans l’objectif notamment de rencontrer de jeunes patrons français qui ont réussi, afin de glaner quelques trucs et astuces.

Pour Christelle Dechere (C3D), l’expérience a aussi été concluante : « je ne pensais pas qu’autant de personnes pourraient venir me voir, poser des questions et s’intéressait à ce que je faisais. J’ai par exemple rencontré un architecte qui m’a demandé des projets et je suis revenue avec des idées d’applications. Là-bas, on peut avoir une nouvelle idée tous les 50cm. » « C’est trop tôt pour dire si ces contacts vont se concrétiser en marché mais j’ai notamment rencontré deux potentiels investisseurs étrangers et 5 à 10 personnes avec qui j’ai bon espoir de faire quelque chose ce qui est très positif » résume pour sa part Nicolas Morel de You Trust (une appli qui a moins d’un an d’existence et qui permet de mesure le savoir-être des candidats pour un poste).

L’expérience semble donc avoir été concluante. L’agglo réfléchit déjà à la renouveler l’an prochain mais aussi à envoyer une délégation au CES de Las Vegas (un salon similaire, mais encore plus grand) début 2017, ce qu’elle avait déjà fait en janvier dernier. Tout ça en poursuivant le développement de Mame qui accueille aujourd’hui 35 start-ups et 80 salariés dans les anciens ateliers, « et nous avons une liste d’attente de plusieurs dizaines d’entreprises » nous dit-on.

Bientôt, ce sont les étages de la tour qui vont être occupés, par des boîtes tourangelles en croissance ou – plus sûrement – des acteurs extérieurs qui auront choisi Tours pour se développer (le St Graal si ce rêve se réalise en masse). C’est pour ça que les travaux d’aménagement continuent : bientôt le chauffage fonctionnera. Et il y a aussi un projet de navette Fil Bleu express et électrique qui rejoindrait la gare depuis Mame via la Place Anatole France et la Cité de la Gastronomie afin de ne pas refroidir les sociétés qui trouvent que la Cité du Numérique est trop loin du centre-ville (si même des Tourangeaux le trouvent, imaginez les professionnels de l’extérieur !).

Olivier COLLET