Tours

Fillon-Juppé : le match des petites phrases en Indre-et-Loire

Les soutiens des deux candidats ont fait valoir leurs arguments ce mercredi. Et Philippe Briand est sorti du bois.

Une conférence de presse pour les uns, une réunion publique pour les autres. Chacun sa méthode à quelques jours du second tour de la primaire de la droite et du centre, le scrutin qui déterminera qui représente le parti Les Républicains (et l’UDI) à la présidentielle l’an prochain. 105 bureaux de vote seront ouverts de 8h à 19h en Indre-et-Loire et deux candidats s’affronteront : François Fillon (favori avec ses 44% au 1er tour, plus de 48% en Touraine) et Alain Juppé.

Le premier est le candidat de la droite « traditionnelle », le second est plutôt celui des centristes, « celui le plus à même de rassembler les Français pour gagner la présidentielle » expliquent Sophie Auconie et Pierre Louault, élus UDI (l’une à Tours, l’autre au Conseil Départemental et à Chédigny). Clairement pour eux, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy est trop à droite. Mais promis, ils le soutiendront s’il gagne : « n’en faîtes pas notre ennemi, là c’est une confrontation de projets », « une discussion familiale. Ca peut être vif, mais à la fin tout le monde s’embrasse » résume le maire centriste de St Avertin Alain Guillemin (même si la famille s’engueule sacrément fort sur la question de l’avortement, notamment).

« Alain Juppé est plus rassembleur dans ses intentions et dans son comportement » poursuit Pierre Louault qui a pris la direction de son comité de soutien en Indre-et-Loire, avec beaucoup d’UDI et quelques (rares) élus Les Républicains (Judicaël Osmond de Joué-lès-Tours ou le président du Conseil Départemental Jean-Gérard Paumier, par exemple).

« Pour gagner, je ne suis pas sûr que les Français aient envie d’une droite dure. C’est un problème de méthode. Selon certains spécialistes, le programme [d’Alain Juppé] se fera plus en douceur et portera plus ses fruits sur la durée [que celui de François Fillon] qui veut casser la croissance sur deux ans pour la relancer ensuite, mais avec un résultat globalement moins positif. Nous, notre méthode laisse du temps. Et puis Alain Juppé a dit qu’il ne ferait qu’un mandat, alors que la plupart des présidents passent plus de temps à préparer les batailles électorales futures qu’à s’impliquer dans celles du présent. » Et si Jamais François Fillon l’emporte, les soutiens d’Alain Juppé – et notamment les centristes tourangeaux – espèrent qu’il mettra un peu d’eau dans son vin et allègera son programme pour montrer qu’il veut rassembler toute la famille : « il ne pourra pas ignorer le centre » nous dit-on. Autrement dit : il ne pourra pas gagner sans lui.

Si les Juppéistes ne donnaient pas l’impression d’avoir la grosse banane, les Fillonistes, eux, sont en pleine forme (ils ont encore reçu le soutien de Jérome Tebaldi, partisan de Bruno Le Maire). Ce mercredi soir ils ont rempli une salle de la mairie annexe du Beffroi de Tours (bon, c’était facile, elle est petite). Alors qu’un portrait de François Hollande traîne tout en haut d’un mur au-dessus des affiches de Fillon, les discours commencent : « notre candidat a été sous estimé » explique Jean-Christophe Turot, engagé derrière lui depuis le début et insistant sur le fait que beaucoup de ses soutiens, « la moitié », ne venaient pas d’un parti (une attaque déguisée contre Juppé-le-rassembleur-au-delà-de-la-droite). « Il a fait confiance aux Français pour écrire son projet » note de son côté la Tourangelle Françoise Amiot.

Pour la députée Claude Greff, ex-ministre du gouvernement Fillon mais soutien de Nicolas Sarkozy, encore une histoire de famille : « je suis fidèle à ma famille. François Fillon a gagné, il ne faut pas se diviser, rester unis. Je le soutient sans aucun état d’âme. » A l’entendre, on croirait presque qu’il n’y aura pas de deuxième tour. Et puis un autre ancien ministre de Fillon surenchérit. Hervé Novelli (Richelieu) : « il a un projet réaliste, fort, puissant. Un projet de redressement radical, il y aura des sacrifices, mais le pays est ruiné, son endettement est insupportable. Donc il ne faut pas d’un projet tiède et… progressif. »

Selon l’élu qui veut être député l’an prochain, les débats télévisés d’avant le 1er tour ont permis de voir en François Fillon « un homme d’Etat. On peut critiquer son projet mais pas le caricaturer. Il ne faut pas que cette campagne soit un projet contre un procès en sorcellerie. Je comprends la déception (d’Alain Juppé, donné favori puis deuxième et très distance, ndlr) mais ça n’excuse pas les attaques. Le candidat du rassemblement est devenu celui du ressentiment. »

Surprise du chef ! Les récentes attaques de Juppé ont même poussé… Philippe Briand à sortir du bois. Le député-maire de St-Cyr-sur-Loire voulait rester neutre « affaire Bygmalion oblige » (il est mis en examen), mais il a changé d’avis et s’engage devant les militants : « François Fillon c’est la parfaite synthèse entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Le candidat posé et réformiste. Si j’avais été dans le staff de Juppé, je l’aurais invité à ne pas aller au second tour. La dictature de ceux qui veulent un poste ministériel pousse à prendre un ton désastreux qui n’est pas le bon. Le programme de François Fillon n’est pas catastrophique, n’ayez pas peur. Ce n’est ni plus ni moins que ce que le socialiste Schröder a fait en Allemagne. Il veut supprimer 500 000 fonctionnaires et il a raison. Il est temps de revenir à nos fondamentaux. Il faut se mobiliser. »

Olivier COLLET