Tours

L’Atlantique en pédalo contre le gaspillage alimentaire

C’est le pari d’un tourangeau qui va passer trois mois sur l’eau en mangeant exclusivement des produits périmés.

Baptiste Dubanchet ne supporte pas que l’on jette de la nourriture. Alors quand nos voisins de table n’arrivent pas à terminer leurs petits fours, il accepte volontiers de leur donner un coup de main. Le jeune homme de 28 ans est devenu en quelques années un spécialiste de la lutte contre le gaspillage. On l’avait déjà croisé lors des Disco Soupes, ces rendez-vous festifs destinés à proposer des soupes aux passants à partir de légumes glanés en fin de marché. Et puis, depuis cet été, le café social La Barque de la Rue Colbert de Tours dispose d’un frigo partagé où chacun peut déposer des produits qu’il n’aura pas forcément le temps de manger : ça aussi, c’est une idée de Baptiste.

A partir du 6 janvier, le jeune militant va encore franchir un cap. Il va pédaler, beaucoup pédaler, afin de traverser le monde et porter son message jusqu’à New-York. Un périple de près d’un an, à vélo et… en pédalo. Le départ se fera de Paris, direction le Maroc. Une fois là-bas il prendra donc la mer et traversera l’Atlantique sur son bateau à pédales de 7m50, et ça devrait bien lui prendre 3 mois. Ensuite, il remontera jusqu’à NYC, toujours à vélo, en logeant chez l’habitant : arrivée prévue fin septembre. Et pendant tout ce temps-là, dans son sac, Baptiste prévoit de ne manger que des produits « périmés », ou plutôt dont la date limite d’utilisation optimale est dépassée mais qui, en fait, sont encore bons et pas du tout nocifs pour sa santé.

« Depuis mes études je me pose des questions sur la gaspillage alimentaire, ça a commencé quand je travaillais dans un fast food et que je voyais tout ce que l’on jetait. Ca me dégoûtait. Chez-moi, ça ne se fait pas. Je finis toujours mon assiette, même au restaurant. Et je demande un doggy bag si mes amis ne terminent pas leur plat. J’ai donc voulu chercher pourquoi on tolérait tout ce gaspillage, alors même que dans le monde il y a un milliard de personnes en sous-nutrition. Et plus je me posais des questions, plus je me suis rendu compte que l’on marche sur la tête. En travaillant dans un hôtel de luxe qui proposait des buffets à volonté, j’ai vu que c’était des bennes entières de nourriture qui étaient remplies. En 2014 j’ai donc entrepris de dénoncer le système avec un premier voyage et là je repars car si tout le monde est conscient du problème, personne ne lutte vraiment » nous raconte Baptiste qui est pile dans l’actu car une campagne contre le gaspillage tourne en ce moment sur les écrans.

« Cette fois, je veux proposer des solutions » poursuit le jeune tourangeau qui est soutenu par l’ADEME, une agence publique sensible aux questions environnementales. « Mon projet, c’est de supprimer les dates limite d’utilisation optimale (DLUO) car les gens ne font pas la différence entre la date limite de consommation d’un yaourt ou de la viande et la date limite d’utilisation optimale du riz ou des lentilles qui sont encore bons bien après. Dans les Pyramides d’Egypte on a trouvé des lentilles qui étaient encore bonnes ! Sur le bateau, je vais partir avec environ 60kg de nourriture dont un paquet de riz périmé depuis 2006, mais aussi des fruits lyophilisés. Plutôt que de jeter des fruits et légumes en grande surface, les lyophiliser permettrait de les garder 20 à 30 ans de plus. Il faudrait donc comparer le coût énergétique que ça a de les détruire et le coût de la lyophilisation pour comparer et voir ce qui est le plus rentable. »

On l’a dit, Baptiste Dubanchet s’apprête donc à passer trois mois seul sur l’eau dans l’Atlantique à bord de son pédalo : « je serai attaché en permanence, je l’ai promis à ma grand-mère et le bateau est conçu pour ne pas couler. Une routeuse me préviendra des conditions météo via un téléphone satellite, je serai aussi en contact avec une diététicienne. J’appréhende mais je sais pourquoi je le fais. » Au cours de son parcours terrestre, le jeune homme a d’ailleurs prévu d’aller expliquer son projet à des élèves dans des classes. Il cherche aussi à boucler son budget et a lancé un financement participatif jusqu’au 13 décembre dans l’objectif de collecter 10 000€ afin de financer notamment la location du pédalo.

Olivier COLLET