Tours

Pourquoi autant de migrants soudanais accueillis en Touraine ?

Islamisme et guerre civile sont installés une région instable depuis des dizaines d'années.

Ces dernières semaines, 112 hommes venus de la jungle de Calais ou de la région parisienne sont arrivés en Indre-et-Loire pour y être hébergés, dans le cadre de leurs démarches de demande d’asile. Il s’agit en majorité de ressortissants soudanais d’après les informations communiquées par la préfecture. Suite aux articles que nous avons publié pour évoquer leurs arrivées à St-Pierre-des-Corps, Chinon et Tours, nous avons lu quelques commentaires assez nauséabonds sur les réseaux sociaux, allant jusqu'à les assimiler à des terroristes…

Pour ces personnes, et plus généralement pour toutes celles et ceux qui s’intéressent au sujet, penchons-nous un peu sur le Soudan. Parce que pour bien juger d’une situation, c’est mieux d’avoir un maximum d’éléments… L'article est enrichi de nombreux liens pour aller plus loin...

 

Le Soudan s’invite rarement dans vos JT ou à la Une des journaux, la Syrie et l’Irak monopolisant l’attention des journalistes en ce moment. Pourtant il y a régulièrement des articles qui sont publiés pour évoquer l’actualité de ce pays d’Afrique de l’Est, situé au Sud de l’Egypte et de la Libye, entre le Tchad et l’Ethiopie, bordé par le Mer Rouge et situé en face des côtes de l’Arabie Saoudite. Dans une région globalement instable, la situation est tendue depuis très longtemps, le Soudan étant une base historique des islamistes. Deux exemples à 20 ans d’intervalle : Oussama Ben Laden était là-bas de 1992 à 1996… et cette semaine l’Italie a annoncé qu’un djihadiste commandant du groupe Etat Islamique avait été arrêté. Ayant combattu en Syrie et présent en Libye depuis 2014, il est accusé d’être impliqué dans l’attentat du musée du Bardo à Tunis en 2015 (22 morts).

C’est donc une situation qui dure. Résultat : récemment, les Etats-Unis ont prolongé leurs sanctions commerciales en vigueur depuis 1997 car la présidence soudanaise est accusée de soutenir des groupes islamistes violents. « Les actions et la politique du gouvernement du Soudan continuent de poser une menace extraordinaire à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis » a dit Barack Obama qui a refusé un visa au président soudanais l’an dernier lorsqu’il voulait venir à l’ONU, notamment parce que ce dernier est sous mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale.

Car en plus d’être un bastion islamiste, le Soudan subit des conflits internes, et c’est là son principal problème. Depuis 2003, il y a d’intenses violences à l’Ouest du pays, dans la région du Darfour, et le pouvoir du président Omar Al-Bachir est accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. On parle de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003. Autre conflit : celui autour du Soudan du Sud, indépendant depuis 5 ans et sous tension permanente. Il est entré à l’ONU ou à la Banque Mondiale mais il reste ravagé par la guerre civile, de nouvelles violences ayant notamment éclaté au mois de juillet. Le conflit entre partisans du pouvoir et rebelles a fait plus de 50 000 morts en deux ans et demi et 2 millions de déplacés ce qui inquiète sévèrement l'ONU ou les associations. Des travailleurs humanitaires ont encore été enlevés il y a quelques jours.

Voilà donc pourquoi les Soudanais sont amenés à fuir leur pays. Mais avant de conclure, quelques données importantes : l’immense majorité de ces réfugiés ne gagnent pas l’Europe. Même s’il date un peu, un bon article du site d’Arte résume la situation : la plupart des déplacés vont dans un pays frontalier du leur (souvent dans des camps), 86% sont accueillis dans des pays en développement, donc qui subissent des difficultés économiques bien plus importantes que la France. Il serait bon de s’en souvenir…

O.C.