Tours

Macron à la présidentielle : "c'est le candidat des outsiders"

Après la déclaration de l'ancien ministre, réaction de son référent en Touraine.

Médecin à Tours, Philippe Chalumeau n'a pas pu se libérer pour aller trinquer avec Emmanuel Macron à 13h à Paris ce mercredi. Mais le référent tourangeau du mouvement En Marche lancé par l'ancien ministre de l'économie de François Hollande a trouvé le temps de le regarder à la télé dans la matinée. A environ 11h, les mots qu'il attendait ont été prononcés : "je suis candidat à l'élection présidentielle."

Une officialisation, mais pas une surprise : "je savais que le calendrier s'accélérait. Les délégués du mouvement ont été présentés il y a 15 jours, ses soutiens parlementaires le poussaient à se déclarer et il a dit que de toute façon ça se ferait avant Noël, une fois qu'il aurait terminé son livre qui va d'ailleurs bientôt sortir" nous dit l'ancien dirigeant socialiste tourangeau qui a quitté ses fonctions il y a peu.

"Une nouvelle séquence démarre" se réjouit encore Philippe Chalumeau : "manifestement il est prêt. Je l'ai trouvé très précis, sobre, lucide. Il est déterminé et visionnaire." Pour son discours de 20 minutes, Emmanuel Macron a choisi la Seine-St-Denis et Bobigny, dans un centre de formation. Evidemment, il n'y a pas de hasard : "il était déjà venu remettre des médailles à des apprentis et a sympathisé avec le président de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat. Il a voulu donner le signe qu'il allait travailler à l'accès pour tous à l'emploi, à l'éducation, au développement."

Macron sera donc candidat à l'élection présidentielle du printemps prochain. A la présidentielle, direct. Pas à la primaire de la gauche. Un bulletin de plus, donc. Et une voix supplémentaire après Mélenchon, Jadot (EELV) et le candidat socialiste qui sera peut-être son ancien patron, François Hollande : "le sujet n'est pas de combattre le président mais de rassembler les Français, de tenter la refondation démocratique, de relance l'Europe" tente Philippe Chalumeau. Ok si l'ex locataire de Bercy ne sombre pas dans la logique des petites phrases de politique politicienne et se concentre sur la défense des idées. Bon courage...

Alors bon, depuis qu'il a quitté le gouvernement, Emmanuel Macron est assez sage. En revanche, autour de lui, on a bouffé de l'élément de langage et on ne fait pas dans l'original. Ainsi, pour le Tourangeau Philippe Chalumeau, c'est "un candidat nouveau, du renouveau" (tiens, on a déjà entendu ça à droite chez Bruno Le Maire). Il ose même dire qu'il est en dehors du fameux système dont plus personne ne veut se réclamer de Sarkozy à Mélenchon en passant par Le Pen : "il apporte une offre politique nouvelle, il est bienveillant. Et puis il veut pousser la logique du non-cumul des mandats et n'est pas dans la logique droite-gauche, son défi va être de transformer la colère des gens en mobilisation, de démontrer qu'on peut agir. Sa méthode c'est de poser des diagnostics, avoir une vision pour résoudre des problèmes sur le fond." Là encore, si il évite les propos du genre "le meilleur moyen de se payer un costard c'est de travailler", ça peut faire mouche.

Trouver une autre manière d'exister dans l'agenda politico-médiatique en contournant le jeu des punchlines et des règlements de comptes : c'est la seule chance pour Emmanuel Macron de s'élever au-dessus du débat et de montrer qu'il apporte quelque chose de différent. Parce qu'on voit venir d'ici tout ce qu'on va lui sortir pendant six mois : déjà le fait qu'il a quand même bien participé au bilan de François Hollande ou encore qu'll n'a jamais été élu. "Non il n'est pas plombé par son passage au gouvernement" affirme Philippe Chalumeau d'En Marche 37 qui défend par exemple bec et ongles la libéralisation du transport par bus : "c'est l'accès à la mobilité pour les jeunes, il a vu un problème, il a proposé une solution simple, rapide, efficace et peu coûteuse pour les exclus du système. C'est le candidat des outsiders."

Bon, alors admettons que Macron finisse à l'Elysée. Il lui faut aussi une majorité pour gouverner : "les législatives, on y pense..." commente sobrement Philippe Chalumeau qui renvoie le sujet à plus tard : "pour l'instant, c'est la candidature." Donc on ne sait pas s'il y aura par exemple des candidats dans toutes les circonscriptions du pays, ce qui serait un minimum pour espérer peser réellement dans le débat politique.

D'autant qu'en dehors de quelques figures comme le maire de Lyon, le mouvement n'a pas encore de têtes connues et va donc devoir batailler pour les imposer. Même si elle est utile et moderne, la campagne sur les réseaux sociaux ne suffira pas. Il faudra occuper le terrain, aller chercher les électeurs qui se mobilisent beaucoup : les personnes âgées, sans qui il est impossible de gagner le moindre scrutin. "On a déjà rassemblé 3 millions d'euros via les dons, il en faut 9 pour le 1er tour" explique Philippe Chalumeau persuadé que "ça ne va faire que s'amplifier, on est 700 adhérents en Touraine, 1 000 avec les sympathisants. Il y a des réunions tous les soirs et on en prépare une à l'échelle départementale le 29 novembre à Villandry." En attendant la visite de Mr Macron : "il va venir..." nous promet-on.

Olivier COLLET